POILTIQUE-ZIMBABWE: Un calme gênant fait suite à l'élection présidentielledisputée

HARARE, 18 mars (IPS) – Un calme gênant s'est emparé du Zimbabwe comme les travailleurs des villes envisagent une action collective pour protester contre les irrégularités qui auraient entaché les élections présidentielles des 9 et 10 mars, gagnées par le président au pouvoir, Robert Mugabe.

Pour le moment, les travailleurs dont la plupart ont voté pour le parti d'opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), ont peu bénéficié du soutien de leurs collègues qui ont estimé qu'une grève serait inefficace.

A leur grande joie, la mission d'observateurs du Commonwealth a fermement condamné le scrutin.

La mission du Commonwealth, représentant principalement 54 anciennes colonies britanniques, a affirmé jeudi dernier que "les conditions au Zimbabwe n'ont pas suffisamment permis une libre expression de la volonté des électeurs".

Leur conclusion était un revers considérable pour Mugabe dont la réélection a été condamnée par les pays occidentaux comme due à un truquage massif, mais a reçu le soutien des groupes d'observateurs de l'Afrique du Sud, de la Namibie et du Nigeria qui ont qualifié l'élection de libre et équitable.

Leur approbation des résultats de l'élection a rendu furieux certains résidents des zones urbaines qui voulaient d'un changement au Zimbabwe où Mugabe a gouverné pendant 22 ans.

"Ceux qui prétendent que l'élection a été libre et équitable, sont en train de mentir. J'étais dans les zones rurales et je n'ai vu aucun observateur.

Les choses allaient si mal là-bas que des vétérans de la guerre de libération (qui ont lutté pour l'indépendance du Zimbabwe aux côtés de Mugabe, dans les années 1970) auraient imposé à un chef de village et à ses habitants l'endroit où ils devaient voter et le candidat pour lequel ils devaient le faire", affirme un restaurateur.

Il a exhorté le Congrès des syndicats du Zimbabwe (ZCTU) à organiser une manifestation collective pour montrer la colère des travailleurs.

Jeudi, la police a interdit une réunion du ZCTU, convoquée pour examiner la possibilité d'une grève au lendemain du scrutin.

Des heures avant le démarrage de la réunion, la police a insisté pour que ses agents y soient présents. Mais le ZCTU a refusé, la police a averti qu'elle ferait appel à une brigade anti-émeute armée pour disperser la réunion.

Wellington Chibebe, secrétaire général du ZCTU, a accusé la police d'excès de zèle. Le conseil exécutif du ZCTU, indique-t-il, avait voulu discuter de la manière de procéder. Chibebe a prié le gouvernement de laisser le syndicat en paix pour qu'il fasse son travail.

Selon la "Loi sur l'ordre public et la sécurité" du Zimbabwe, les manifestations collectives doivent au préalable recevoir l'approbation de la police.

Le président Mugabe a menacé de proscrire le puissant ZCTU composé de 700.000 membres, l'accusant d'abandonner les travailleurs et de se transformer en parti politique.

Le MDC a été formé à partir du ZCTU où son président Morgan Tsvangirai et son adjoint, Gibson Sibanda, étaient les chefs. Depuis la formation du MDC en 1998, les relations entre le ZCTU et le gouvernement se sont détériorées.

Selon des économistes, la victoire du président Mugabe affaiblira probablement l'économie du pays par la suite. Le Zimbabwe est en train de traverser sa plus grave crise économique, avec le chômage à un record de 60 pour cent, l'inflation à un taux constamment élevé de 112 pour cent et des taux d'intérêt de 70 pour cent.

Jusqu'à 400 sociétés ont fermé depuis l'année dernière, l'investissement étranger s'est tari, tandis que jusqu'à trois millions de personnes ont besoin d'aide alimentaire.

Le gouvernement impute les malheurs économiques du pays aux pays occidentaux et aux Blancs qui constituent moins d'un pour cent de la population du Zimbabwe.

Le Fonds monétaire international (FMI) n'accordera probablement pas de facilités d'emprunt au Zimbabwe qui est sous l'embargo des Etats-Unis et de l'Union européenne.

Le leader du MDC, Tsvangirai, qui a recueilli 40 pour cent des suffrages exprimés, a qualifié les résultats de l'élection des 9 et 10 mars de "vol en plein jour".

Mugabe, qui a obtenu 54 pour cent des voix, a été investi dimanche.

Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a invité les Zimbabwéens au calme et à désavouer les actes de violence et de vengeance.