POLITIQUE-ZIMBABWE: Tsvangirai refuse de reconnaître la victoire de Mugabe

HARARE, 15 mars (IPS) – Robert Mugabe a gagné l'élection présidentielle des 9 et 10 mars au Zimbabwe, mais son principal challenger a refusé de reconnaître les résultats, affirmant qu'ils étaient très défectueux.

Au pouvoir depuis l'indépendance vis-à-vis de la Grande-Bretagne en 1980, Mugabe a obtenu 56,2 pour cent des suffrages exprimés tandis que son principal rival, Morgan Tsangirai du Mouvement pour le changement démocratique (MDC) en a recueilli 42 pour cent.

Après l'annonce des résultats mercredi, les militants du parti au pouvoir (ZANU-PF) ont envahi les rues pour célébrer leur victoire. Dans la municipalité tentaculaire de Mbaré à Hararé, des partisans du ZANU-PF portaient de faux cercueils sur lesquels il était inscrit : "Repose en paix MDC".

D'autres portaient le drapeau du Zimbabwe tout en donnant des coups de klaxon de leurs voitures. Après une élection très disputée, ils avaient toutes les raisons d'être heureux.

Pourtant, les résultats du scrutin sont en train d'être violemment contestés.

"Le MDC croit fermement que les résultats de l'élection à ne reflètent pas la volonté réelle du peuple du Zimbabwe et sont par conséquent illégitimes aux yeux du peuple. Nous ne les reconnaissons donc pas", affirme Tsvangirai, président du MDC.

"Il y avait une privation calculée et insidieuse des centaines de milliers d'électeurs du droit électoral, en particulier à Hararé et à Chitungwiza – une ville satellite de Hararé – où on a refusé d'une manière délibérée et calculée à des Zimbabwéens désireux et déterminés à voter, le droit fondamental et élémentaire de vote", souligne Tsvangirai.

Tsvangirai a indiqué également que des milices du ZANU-PF avaient empêché ses agents électoraux d'être déployés dans 52 pour cent des bureaux de vote des zones rurales.

"C'était dans ces bureaux de vote que le parti au pouvoir avait bien agi ainsi", ajoute-t-il.

Les hauts responsables du MDC, a-t-il dit, se réuniraient pour décider de la conduite à tenir par la suite. Mais il a précisé que le parti n'avait cherché aucune confrontation avec le gouvernement.

Selon un groupe d'observateurs locaux, le Réseau de soutien à l'élection du Zimbabwe (ZESN), on ne pouvait pas approuver le scrutin puisque "trop de gens avaient été privés du droit électoral".

Des observateurs norvégiens ont également désapprouvé l'élection, citant d'importantes irrégularités au milieu d'une critique croissante de l'injustice du scrutin mené dans une atmosphère de violence et d'intimidation.

Mais selon le ministre de l'Information du Zimbabwe, Jonathan Moyo, l'élection avait été "exemplaire".

"Cela prouve que le message du président a été bien reçu. Il a retenti et s'est propagé dans tous les coins du pays", poursuit Moyo.

L'opposition a affirmé qu'au moins 120 de ses partisans ont été tués par des personnes soupçonnées d'être des vétérans de la guerre de libération et des miliciens, depuis 2000.

On a refusé à des milliers de Zimbabwéens vivant à l'étranger le droit de voter. Beaucoup de jeunes n'ont pas pu obtenir de cartes d'identité qui leur auraient permis d'exprimer leurs suffrages, et on a ainsi volé à l'opposition des voix cruciales.

La Grande-Bretagne et la France ont toutes deux rejeté les résultats de l'élection, considérant qu'elle n'était pas libre et équitable. Les Etats-Unis, qui ont imposé des restrictions de voyage à Mugabe et à 19 de ses proches, annoncent qu'ils étudient des sanctions ultérieures. Le mois dernier, l'Union européenne (UE) a infligé des sanctions à Mugabe, après l'expulsion du Zimbabwe du chef des observateurs de l'UE, Pierre Schori.

Selon Tsvangirai, son parti avait "été frustré du droit d'élire librement et démocratiquement le président de son choix. Le peuple devra décider de ce qu'il y a à faire. C'est lui qui a été dupé".

Mais les observateurs sud-africains ont déclaré l'élection "légitime" et espèrent que "le monde respectera le verdict".

"Sur la base de nos observations, l'opinion de la mission d'observateur est que à les élections doivent être considérées comme légitimes", déclare Sam Motsuenyane, chef de la mission des observateurs sud-africains.

Craignant l'explosion d'une violence de la part des partisans de l'opposition au lendemain du scrutin, les forces de sécurité ont été mises en état d'alerte maximum et la police a érigé des barrages routiers.