POLITIQUE-CONGO: Sassou Nguesso est élu président sans difficulté

BRAZZAVILLE, 14 mars (IPS) – Dix ans après le premier scrutin présidentiel pluraliste, les Congolais ont élu, en l'absence de véritables opposants, le président sortant, le général Denis Sassou Nguesso, à la magistrature suprême du Congo-Brazzaville pour un mandat de sept ans.

Selon les résultats complets provisoires communiqués mercredi soir par le ministre de l'Intérieur, le général Pierre Oba, Sassou Nguesso, qui arrive en tête de l'élection présidentielle du 10 mars, a recueilli une majorité écrasante de 89,41 pour cent des suffrages exprimés.

Viennent ensuite Kignoumbi Kia Mboungou avec 2,76 pour cent et Angèle Bandou, l'unique femme candidate avec 2,32 pour cent. Les quatre autres candidats, Adamo Mateta, Côme Mankassa, Jean felix Demba Tello, Bonaventure Mizidy, ont recueilli chacun 1 pour cent.

Le taux de participation a été de 74,70 pour cent des inscrits, et 25,30 pour cent des électeurs se sont abstenus.

Selon la télévision officielle, le nouveau président a remporté l'élection avec une majorité écrasante dans la plupart des contrées. Dans la région des Plateaux, la plus peuplée du centre et du nord du Congo, Sassou Nguesso l'a remporté avec 92 pour cent des suffrages exprimés.

Dans la région de la cuvette au nord du pays, dans le district de Mossaka, Il arrive aussi en tête avec plus de 80 pour cent.

A Makélékélé au sud de la capitale, un des quartiers les plus peuplés et réputé proche de l'opposition, Sassou est crédité de 92 pour cent des suffrages exprimés tandis qu'à Talangaï, son fief au nord, il arrive en tête dans tous les bureaux de vote.

Ces résultats, qui ont été traités par les commissions locales des élections, ont été centralisés à la Commission nationale d'organisation des élections (CONEL). Ensuite, ils ont été transmis au ministère de l'Intérieur qui est chargé de publier des résultats définitifs provisoires. Ils devront être confirmés par la Cour suprême qui joue le rôle de Cour constitutionnelle chargée de publier les résultats définitifs.

Le nouveau président, qui affrontait six candidats de l'opposition, a brigué les suffrages de 1,733 million d'électeurs. Au total, 1,295 million d'électeurs ont accompli leur devoir civique dans 4.100 bureaux de vote disséminés dans le pays, a indiqué Oba.

Revenu au pouvoir à la faveur de sa victoire militaire à la guerre civile de 1997, après avoir dirigé le Congo la première fois de 1979 à 1992 pendant la période révolutionnaire, le général Sassou Nguesso était donné, dès le début de la campagne électorale, largement favori.

Sa candidature avait été soutenue par une cinquantaine de partis et 250 associations représentés à l'échelon national et régional. Le Congo compte plus de 250 partis politiques, la plus part n'étant composés que des membres de familles alliées ou de courtisans.

Détenant plus de moyens, Sassou Nguesso a été le seul candidat à avoir sillonné les dix régions du pays et les sept communes de la capitale. Il a battu campagne sur les thèmes du renforcement du processus de la paix à laquelle les Congolais sont attachés après les différentes guerres civiles que le Congo a connues, et de la reconstruction des infrastructures de base.

Il a été néanmoins favorisé par l'absence des anciens dirigeants exilés à l'étranger et le retrait de trois candidats de l'opposition interne dont le principal, l'ex-président de l'Assemblée nationale, André Milongo.

L'ancien chef de l'Etat Pascal Lissouba et son dernier Premier ministre Bernard Kolelas, écartés du pouvoir à l'issue de la guerre civile de 1997, n'ont pas été autorisés à se présenter. Les deux homes ont été condamnés par contumace par la justice congolaise.

Les candidats de l'opposition, qui dirigent de petites formations politiques, n'ont aucune envergure nationale. Milongo, présenté comme le principal candidat de l'opposition, s'était retiré de la course à la veille du scrutin, estimant que les conditions de transparence n'étaient pas réunies.

Milongo a reproché au gouvernement de n'avoir pas pris en compte les revendications de l'opposition : bulletin unique, présence des représentants des candidats dans tous les bureaux de vote et dans la sous-commission technique chargée des opérations électorales, signatures des procès verbaux des élections par les délégués des candidats et affichage des résultats dans chaque bureau de vote avant leur transmission à la CONEL.

Avant lui, deux autres candidats opposants, Martin Mberri et Anselme Makoumbou-Nkouka, avaient fait défection.

Selon les observateurs, le retrait des candidats opposants a réduit la portée politique du scrutin.

"Le scrutin s'est déroulé dans des conditions normales de régularité et de transparence en présence constante des observateurs nationaux et internationaux avec la participation des représentants des candidats", a souligné le ministre de l'Intérieur, en rendant hommage à la sérénité des Congolais pendant le déroulement du vote.

Pour l'heure, ni les opposants ni les organisations non gouvernementales (ONG) n'ont fait aucune déclaration au lendemain des résultats de l'élection.

Succédant à lui-même pour un mandat de sept ans, le président Sassou Nguesso, âgé de 59 ans, envisage de poursuivre l'ouvre de pacification et de reconstruction déjà amorcée pendant la période de transition.

Son programme électoral intitulé "Les chemins de la nouvelle espérance", s'articule autour de douze engagements pour la "modernisation et le progrès". Il s'agit, entre autres, d'éradiquer le chômage, réduire la pauvreté, réformer la fiscalité et de désendetter l'Etat.

Pour le président élu, le "Congo est un bien trop précieux pour l'abandonner aux folies de l'aventure".