JOHANNESBURG, 12 mars (IPS) – Le président sud-africain Thabo Mbeki est rentré au pays la semaine dernière pour lancer une attaque virulente contre les critiques d'une décision du Commonwealth prise à une réunion de ses chefs de gouvernement en Australie il y a deux week-ends, de ne pas suspendre le Zimbabwe.
Il a taxé les critiques de racisme et s'est demandé si l'association – qui regroupe les anciennes colonies britanniques – avait un avenir. "Il ne peut pas fonctionner sur la base de l'humiliation et de l'insulte de certains membres par d'autres", déclare-t-il.
Le Commonwealth était divisé – entre la plupart de ses membres industrialisés (la Grande-Bretagne, l'Australie, la Nouvelle-Zélande) et le bloc africain qui a résisté à leurs efforts pour exclure le Zimbabwe en guise de sanction pour le cirque pré-électoral du président Robert Mugabe.
Le Premier ministre britannique Tony Blair a été le critique le plus bruyant de la décision de l'organisation – l'accusant d'avoir mis en jeu la réputation du Commonwealth.
Une affaire de compromis signifie que l'organisation suspendra la sanction jusqu'à ce qu'une troïka de dirigeants étudie le rapport de la mission des observateurs du Commonwealth surveillant l'élection au Zimbabwe (les 9 et 10 mars). L'opinion de la majorité était qu'il aurait été injuste de préjuger de l'issue du scrutin.
La troïka est composée du Premier ministre australien John Howard, de Mbeki et du président nigérian Olusegun Obasanjo.
Mbeki a lancé des invectives contre l'étiquetage de cette troïka de "deux Noirs et un Blanc". Il a indiqué que le choix a été fait non pas sur la base de la couleur, mais conformément à la pratique de la politique extérieure où le président sortant, le président en exercice et le futur président du Commonwealth constituent le groupe.
C'est un Mbeki bouillonnant de rage qui s'est également plaint de la caractérisation de la division raciale, avec le "Commonwealth blanc" agissant dans l'intérêt supérieur de la démocratie.
D'autre part, souligne Mbeki, le "Commonwealth noir" a été dépeint comme celui qui "a agi en solidarité avec le gouvernement du Zimbabwe, opposé son veto aux sanctions et fait preuve d'une indifférence totale et de mépris vis-à-vis des valeurs démocratiques officiellement proclamées par le Commonwealth".
Pendant que la Lettre hebdomadaire du président adressée à Mbeki était émaillée de citations tirées du rapport critique de la réunion du Commonwealth tenue à Coolum, un commentateur anonyme a eu droit à son plus grand courroux. L'analyste avait écrit : "Alors que les anciens dominions sont effectivement des modèles de démocratie, on ne peut en dire autant de beaucoup de nouveaux pays du Commonwealth".
Ce à quoi Mbeki a rétorqué : "Selon une telle opinion, c'est le monde blanc qui représente le meilleur dans la civilisation humaine. Ce n'est pas le monde noir." Ce sujet de préjugé racial est fréquent au cours de son mandat présidentiel et on pense qu'il guide un grand nombre des politiques de Mbeki.
L'attention sera maintenant concentrée sur les élections au Zimbabwe et leurs conséquences. La troïka a indiqué qu'elle déciderait des mesures à prendre dans les jours suivant les résultats des élections et des options allant du "rejet collectif à la suspension".
Mbeki aussi a soutenu la décision, critiquant violemment la croyance intrinsèque selon laquelle le "monde blanc doit diriger à le principe simple, selon lequel l'opinion de la majorité doit prévaloir, est rejeté, bloqué, étouffé et stérile".
La décision de compromis que Blair a qualifiée de décision se pliant au "plus petit dénominateur commun" – avait été prise après un débat logique, selon Mbeki.
"Cette décision n'a pas été prise dans le but d'apaiser un 'Commonwealth noir', mais pour contribuer à une approche constructive d'une résolution équitable, stable et à long terme de la situation au Zimbabwe", conclut-il.
Mbeki a mené une stratégie régionale pour tenter de garder le Zimbabwe de son côté en l'aidant dans ses réformes agraire et économique. L'Afrique du Sud et le Nigeria ont tenté de jouer les intermédiaires pour le Zimbabwe en négociant avec la Grande-Bretagne et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) sur un programme de réforme agraire bien élaboré.
Le parti de l'opposition zimbabwéenne, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), avait espéré une mesure plus rigide du Commonwealth avant une campagne électorale tendue et dangereuse. Une décision d'exclusion en aurait rajouté à la crédibilité du chef de l'opposition Morgan Tsvangirai.
"Si le rapport des observateurs trouve effectivement beaucoup de preuves d'intimidation et de violence, le truquage devra prendre fin", déclare Blair.
La guerre des mots à peine voilée entre Blair et Mbeki est une première dans ce qui a été une relation chaleureuse. Blair a été un ardent partisan du projet favori de Mbeki, le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique.

