SANTE-TOGO: Les coiffeuses s'engagent à ''coiffer le SIDA au poteau''

LOME, 8 mars (IPS) – Une jeune coiffeuse togolaise, Abidé Tchalla, déclare à une de ses clientes : "Le SIDA fait beaucoup de ravages dans notre pays et c'est les jeunes qui sont les plus touchés par la maladie, moi je n'accepte jamais de faire l'amour sans préservatif".

Agée de 25 ans, Tchalla, patronne d'un salon de coiffure dans un quartier populaire de Lomé, la capitale du Togo, a décidé de parler du SIDA avec ses apprenties et ses clientes. Elle n'est pas seule à le faire. Les ateliers de coiffure sont désormais des lieux de formation et d'information sur le SIDA.

Il s'agit en fait d'une opération de proximité qui a pour objectif d'apporter l'information à un grand nombre de personnes pour l'efficacité de la sensibilisation contre cette maladie. C'est une initiative qui permet de quitter les sentiers battus pour trouver des approches novatrices, utiliser la société elle-même pour lutter contre le VIH/SIDA.

L'opération s'inscrit dans le cadre d'un projet initié pour aider le monde des coiffeuses à mieux connaître la maladie afin d'en parler avec leur clientèle et leurs apprenties. Ce projet est piloté par une organisation non gouvernementale (ONG) dénommée Action et initiative pour le développement sanitaire (AIDSS).

"Ce projet a pour objectif d'apporter l'information vraie au niveau des coiffeuses et des apprenties", affirme le Dr Komlanvi Gonsalves, président de l'AIDSS.

Les patronnes de salon des neuf sections que compte, à Lomé, le Syndicat des coiffeuses du Togo, ont été réunies en séminaires-ateliers dans la première phase du programme. Elles ont été informées et formées sur le VIH/SIDA.

Ensemble, les participantes ont édité des règles de conduite professionnelle.

Elles ont appris à mieux stériliser leurs instruments de travail qui peuvent les blesser ainsi que leurs clientes "puisqu'il est démontré qu'elles peuvent transmettre des maladies, surtout le SIDA au cours de leur profession", selon AIDSS.

Ida Kodia, patronne de "Persévérance coiffure" à Agouényivé, dans la banlieue nord de Lomé, révèle que la formation lui a été très bénéfique.

"J'ai assisté à une formation de sensibilisation et maintenant, je connais les modes de transmission, les effets, les conséquences et les dégâts du SIDA", dit-elle. "J'en parle régulièrement avec mes apprenties et mes clientes, j'essaie de les conseiller et de leur dire comment se prévenir contre le SIDA et comment se comporter dans la vie".

Pour Adadé Dodzi, présidente du Syndicat des coiffeuses du Togo, le problème du SIDA concerne tout le monde. "Si nous ne sommes pas bien informées, nous ne pourrons pas bien en parler aux autres". "Il est très important de prendre au sérieux les maladies sexuellement transmissibles (MST) et le SIDA car nous sommes plus concernées étant donné qu'à part le sexe, nous travaillons directement avec la tête humaine et nous formons aussi des jeunes dans nos ateliers et que la majorité des clientes font partie de la jeunesse", souligne-t-elle.

"Nous ne sommes pas à l'abri des blessures dans l'exercice de notre profession et aussi, nous avons pour apprenties des jeunes filles qui, parfois, sont imprudentes dans leur vie de chaque jour", reconnaît Tchalla.

Une patronne de salon séropositive, qui a requis l'anonymat et est membre de l'ONG Espoir et vie (une ONG qui s'occupe des personnes vivant avec le VIH) basée à Lomé, avoue avec certitude avoir contracté le virus dans son salon de coiffure. "J'ai été obligée de ne plus coiffer mes clientes pour éviter de leur transmettre le virus de façon accidentelle", affirme-t-elle. Ses apprenties et ouvrières se chargent actuellement du travail. "En dehors du fait qu'elles peuvent infecter les clientes et être infectées aussi dans leur lieu de travail, nous avons constaté qu'il y a la prostitution informelle qui est développée dans le milieu des apprenties coiffeuses", confirme Gonsalves.

Le meilleur moyen de lutte contre la maladie reste donc la prévention. "Il faut expliquer aux clientes et aux apprenties la nécessité de changer de comportement", conseille le Dr Valentin Dassa, médecin-psychiatre à Lomé.

Le Dr André Koalaga du bureau régional à Lomé du Centre d'étude de la famille africaine – qui travaille à augmenter les capacités des Etats et des institutions dans la lutte contre le SIDA et les MST – estime que pour une meilleure sensibilisation en vue d'un changement de comportement favorable à une prévention efficace contre le VIH/SIDA, il faudra que les coiffeuses intègrent la dimension genre dans leurs messages. Ceci pourrait leur permettre de susciter une prise de conscience individuelle.

S'appuyant sur des chiffres fournis à la 12è Conférence internationale contre le SIDA et les maladies sexuellement transmissibles (CISMA), tenue en décembre au Burkina Faso, Koalaga révèle que le monde compte actuellement 40,2 millions de séropositifs dont 30,15 millions en Afrique. Et des 30,15 millions de séropositifs africains, 53 pour cent (16 millions) sont des femmes.

Les filles de 15 à 19 ans sont de cinq à six fois plus infectées que les garçons de même âge.

Pour Koalaga, Les femmes sont plus vulnérables que les hommes sur les plans biologique, social et culturel. "L'imposition, par la société, de règles et de normes différentes et divergentes pour hommes et femmes, augmente la vulnérabilité de la femme au VIH/SIDA", constate-t-il.

On estime à environ 200.000 le nombre de personnes atteintes du SIDA au Togo, un pays d'Afrique de l'ouest. Les femmes en constituent la moitié et la proportion de femmes enceintes est assez grande. Le taux de prévalence est de 5,96 pour cent chez les adultes sexuellement actifs. "Les femmes doivent prendre leurs responsabilités pour dire que le SIDA ne passera pas par elles pour être transmis", ajoute le Dr Koalaga.