HARARE, 6 mars (IPS) – Le principal parti d'opposition du Zimbabwe a exprimé cette semaine sa déception du fait que le Commonwealth – un club d'anciennes colonies britanniques – a manqué de suspendre ce pays d'Afrique australe de l'organisation à cause des violations des droits de l'Homme.
"Le Commonwealth a manqué une occasion de renforcer sa crédibilité internationale", déclare Tendai Biti, ministre alternatif des Affaires étrangères du parti de l'opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC).
"En retardant sa réponse, le Commonwealth est en train de fournir au (président Robert) Mugabe beaucoup de temps pour souffler, à un moment où on devrait envoyer un signal fort à Mugabe et à sa cohorte, lui signifiant que son programme d'action actuel ne sera pas toléré", ajoute Biti.
Conformément à un accord conclu à la conférence tenue en Australie le week-end, les dirigeants du Commonwealth ont convenu de mettre sur pied un comité de trois membres pour décider d'une action éventuelle sur la base des découvertes des observateurs des élections du groupe, déployés au Zimbabwe.
La troïka de trois membres comprend les présidents Thabo Mbeki d'Afrique du Sud, Olusegun Obasanjo du Nigeria et le Premier ministre australien John Howard.
Selon Biti, la situation au Zimbabwe et l'importance des preuves appuyant l'argument selon lequel l'élection présidentielle des 9 et 10 mars ne peut être libre et équitable, auraient dû influencer le Commonwealth afin qu'il adopte une position plus rigide envers le pays. "Nous sommes déçus en tant que parti", confesse Biti aux journalistes dans la capitale Hararé.
Mais une mission sud-africaine d'observateurs au Zimbabwe a affirmé lundi que les conditions pour la tenue du scrutin – qui peuvent refléter la volonté réelle des électeurs – prévalaient.
Biti, qui a pris part à la réunion du Commonwealth en Australie, a déclaré que 34 partisans de l'opposition ont été assassinés par les militants du parti au pouvoir depuis janvier. L'accusation a été rejetée par l'Union nationale africaine du Zimbabwe-Front patriotique (ZANU-PF) au pouvoir.
Selon le Premier ministre britannique Tony Blair, les dirigeants du Commonwealth auraient dû aller plus loin. "Demander la suspension du Zimbabwe maintenant, me paraît très simple", souligne-t-il.
Mais Blair s'est heurté à la résistance du Nigeria et de la Tanzanie qui ont estimé qu'on devrait donner une chance au Zimbabwe.
"Franchement et sans aucun sentiment de 'oh, j'ai perdu ou j'ai gagné', il n'y a pas de gagnant, ni de perdant. Le consensus auquel nous sommes parvenus, nous nous en portons tous mieux", indique Obasanjo.
Le gouvernement zimbabwéen accuse la Grande-Bretagne de vouloir se servir du Commonwealth pour régler un problème né de son programme controversé de réforme agraire visant à établir des centaines de milliers de Noirs sans terres dans les fermes commerciales appartenant à des Blancs.
Le ministre de l'Information du Zimbabwe, Jonathan Moyo, qui a assisté à la conférence du Commonwealth, a qualifié la position de la Grande-Bretagne de "désespérée, d'hystérique et de totalement déshonorante".
"C'est du racisme, n'est-ce pas? Il est si évident qu'ils agissent ainsi parce qu'ils sont mécontents de la redistribution des terres au Zimbabwe", affirme Moyo aux journalistes en Australie, le week-end.
"Ils ne veulent pas voir de justice sociale au Zimbabwe. Ils veulent aggraver les inégalités au Zimbabwe. Je pense que M. Blair en particulier doit mûrir en tant que leader. Son approche des affaires internationales et des affaires africaines en particulier est tout simplement ahurissante", ajoute Moyo.

