POLITIQUE-CONGO: Des partis politiques contestent le recensement administratif

BRAZZAVILLE, 13 juil (IPS) – Les partis politiques indépendants ou
d'opposition exigent d'être associés à l'opération de recensement
des
électeurs au Congo-Brazzaville dans la perspective des prochaines
élections
générales de 2002 précédées par un référendum sur le projet de
nouvelle
constitution.

Le gouvernement congolais a procédé, le 4 juillet, au lancement du
recensement administratif des personnes en âge de voter, une
opération
destinée à établir des listes électorales.
Le coût de l'opération, qui dure dix jours, est estimé à 2,4
milliards de
francs FCFA.
Un dollar US équivaut à environ 700 FCFA.
L'organisation de ce recensement, prélude à toute élection,
suscite déjà des
controverses. Les partis politiques indépendants ou de
l'opposition
soulignent, en effet, que le recensement conditionne le succès et
la
transparence des futurs scrutins.
Le recensement est organisé par le ministère de l'Intérieur qui
estime que
ce travail fait partie de ses missions ordinaires. Ce département
a mobilisé
3.000 agents recenseurs, 110 contrôleurs et 24 superviseurs.
"L'opération de recensement administratif est une tâche
administrative
normale réservée à l'administration territoriale. C'est pour cela
que le
gouvernement a pris la décision d'organiser seul cette
opération", explique
le rapporteur de la Commission nationale de coordination et de
recensement
administratif, Antoine Evoundou.
La commission, qui est une structure interministérielle, a été
mise en place
par le ministère de l'Intérieur. Elle assure la supervision du
recensement.
La loi électorale en vigueur depuis 1992 prévoit la mise en place
d'une
Commission électorale indépendante chargée, entre autres, de
réaliser ce
type de recensement. Elle est composée des représentants des
partis
politiques, de la société civile et du gouvernement.
La création de cette commission indépendante était destinée à
garantir la
participation de toutes les forces politiques au processus
électoral.
En dépit de cette disposition juridique, le Congo a enregistré
deux guerres
civiles étroitement liées aux scrutins dont la première, en 1993,
a éclaté
après que les partis d'opposition de l'époque eurent contesté les
résultats
des élections législatives anticipées, en raison des fraudes
massives
attribuées à la mouvance de l'ancien président déchu Pascal
Lissouba.
"Nous attendons que le projet de constitution soit approuvé par
le
parlement de transition et le débat sur la nouvelle loi électorale
pour
réagir", avertit l'ancien coordonnateur du Collectif des 16
(partis), Abel
Wilson Ndessabeka.
Mais il précise que "Nous pouvons concéder que le gouvernement
organise le
recensement administratif", reconnaissant que "nous nous
trouvons dans une
situation d'exception après les deux guerres civiles que nous
avons connues".
"Le recensement est la première pré-opération de toute élection.
Elle en
détermine le succès puisque c'est elle qui permet d'identifier et
de
dénombrer les électeurs", souligne le président de l'Union
congolaise des
républicains (UCR), Côme Mankassa.
Mankassa est la première personnalité politique congolaise à se
porter
publiquement candidat à la prochaine élection présidentielle. Pour
ce
candidat, le recensement est une étape décisive dans le processus
électoral
et dans la validité sans heurts des résultats.
"Toute élection crédible, libre, démocratique et transparente
passe
nécessairement par un bon recensement administratif qui permet
d'identifier
et de dénombrer les électeurs", explique-t-il.
Et Mankassa de prévenir : "Toutes les fraudes commencent par-là,
puisque à
une seule personne, on peut aisément attribuer plusieurs noms et
cartes
d'électeurs".
Il existe au Congo, depuis des années, des lieux communément
appelés
"laboratoires occultes" d'établissement de fausses pièces
d'identité, en
dehors des centres d'identification officiels. De plus, le nombre
d'étrangers établis sur le territoire national n'est pas connu
avec
précision. Certains d'entre eux disposent de pièces d'état civil
du pays.
Pour permettre la transparence et le bon déroulement des
différentes
échéances électorales, le futur candidat a "courtoisement"
invité le chef
de l'Etat congolais, Denis Sassou Nguesso, à ordonner
l'implication des
partis politiques, de la société civile dans le recensement
administratif
dont les opérations ont déjà démarré sur toute l'étendue du
territoire national.
Dans l'esprit des autorités congolaises, les partis politiques
pourraient
être associés au moment du contrôle des listes électorales. Cette
étape
permet de déterminer les omissions.
Ndessabeka réfute cet argument. "Il n'est pas normal que le
recensement
soit organisé uniquement par le gouvernement qui entend associer
les partis
politiques au moment de l'établissement et de la vérification des
listes
électorales".
"Nous savons qu'il y a, parmi les agents recenseurs déjà retenus,
des
militants du Parti congolais du travail (PCT de Sassou Nguesso) ou
des
Forces démocratiques unies (FDU – la coalition de formations
politiques qui
soutiennent le chef de l'Etat)", renchérit Ndessabeka.
Dans une récente interview à un hebdomadaire congolais, "Tam-Tam
d'Afrique", le président par intérim du Rassemblement pour la
démocratie et
le développement (RDD, parti de l'ancien Premier ministre Yhombi
Opango),
Saturnin Okabé, a affirmé qu'en raison des conflits sanglants, les
opérations électorales devraient faire l'objet d'un consensus
entre les
acteurs politiques et le gouvernement.
La convention pour la paix et la reconstruction, adoptée par les
participants au dialogue national sans exclusive d'avril dernier,
prévoit la
mise en place d'une commission d'organisation des élections dont
les
missions sont encore mal définies.
Cette commission ne gèrera pas le déroulement du recensement
administratif
déjà confié par le gouvernement au ministère de l'Intérieur.
"En prenant seul la responsabilité d'organiser le recensement, le
gouvernement viole l'esprit de la convention pour la paix et la
reconstruction du Congo dont l'objectif essentiel est de renforcer
le climat
de paix", ajoute Ndessabeka.
Selon le président de Rassemblement pour la démocratie et la
république
(RDR), le général Raymond Damase Ngollo, la classe politique doit
se référer
au mémorandum de l'opposition publié à Brazzaville en juillet
1997.
"Les dispositions de ce mémorandum sont encore d'actualité. La
plupart des
signataires de ce mémorandum sont présents au pays", précise le
général à
la retraite.
L'ex-parti unique PCT n'exclut pas la participation des forces
politiques au
processus électoral, mais il estime que le recensement
administratif est une
tâche qui doit être réservée à l'administration.
"Lorsque, par nos propres craintes et spéculations, nous
remettons en cause
l'autorité de l'Etat, nous allons à la dérive. Nous répétons que
nous ne
sommes pas encore à une étape de participation des partis
politiques car le
recensement est une opération qui relève de la compétence du
gouvernement
seul", soutient Evoundou.