NATIONS UNIES, 10 mai (IPS) – L'ambassadeur Anwarul Karim
Chowdhury de
Bangladesh est critique par rapport au fait qu'après deux grandes
conférences des Nations unies, les pays les moins avancés (PMA) du
monde
luttent toujours pour la survie économique, une guerre perdue
d'avance.
Chowdhury, qui est coordinateur du groupe des 49 PMA, a déclaré
que les deux
précédentes conférences onusiennes sur les PMA, organisées à Paris –
la
première en 1981 et la seconde en 1990 – étaient caractérisées par
de
"grands engagements" et un tas de promesses pour aider les
nations les
plus pauvres à donner un coup de fouet à leurs économies en perte
de vitesse.
Mais ces engagements, a-t-il déploré, manquaient de volonté
politique dans
leur mis en uvre globale. "Malgré 20 ans de conférences
mondiales bien
intentionnées, consacrées aux besoins de développement des pays
les plus
pauvres, les PMA continuent d'être marginalisés", a-t-il indiqué.
Tels
étaient les causes de l'échec des deux précédentes conférences",
a-t-il ajouté.
Selon les Nations unies, plus de la moitié des 630 millions
d'habitants des
PMA vivent de moins d'un dollar par jour. Quarante trois pour cent
n'ont pas
accès à l'eau potable et 50 pour cent sont analphabètes.
De plus, l'espérance de vie moyenne dans les 49 PMA est seulement
de 51 ans
contre 78 ans dans les pays industrialisés. Des 30 pays ayant les
taux
d'infection du VIH/SIDA les plus élevés au monde, 16 sont en
Afrique au sud
du Sahara, deux en Asie et un dans les Caraïbes.
Chowdhury dit qu'il espère que la troisième conférence onusienne
sur les
PMA, qui sera abritée par l'Union européenne (UE) forte de 15
membres à
Bruxelles du 14 au 20 mai, marquera une différence significative
par rapport
à l'amélioration de la vie des personnes vivant dans les PMA et à
l'appui à
leurs efforts de développement.
"L'attente des PMA est qu'un plan d'action efficace émerge de
cette
conférence. Nous espérons qu'il en sera de même pour nos
partenaires au
développement".
Au cours des 30 dernières années, le nombre des PMA a presque
doublé,
passant de 25 à 49 – et continuera probablement à augmenter. Seul
un pays,
le Botswana, a pu améliorer son statut et sortir de la liste des
PMA.
Décrits comme les plus pauvres parmi les pauvres, les PMA vont de
l'Afghanistan au Bangladesh, en passant par le Yémen et la Zambie.
Des 49
PMA, 39 se trouvent en Afrique, neuf en Asie, cinq dans le
Pacifique et un
(Haïti) dans les Caraïbes.
Selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le
développement
(CNUCED), le Produit intérieur brut par tête d'habitant (PNB) dans
les PMA
était de 235 dollars en 1997 contre 24.522 dollars dans les pays
développés.
Depuis 1990, les flux financiers vers les PMA ont baissé de 39
pour cent en
termes de revenus réels par tête d'habitant alors que l'aide
publique au
développement (APD) a chuté de 45 pour cent.
Actuellement, près des deux-tiers des PMA font partie de la
catégorie des
Pays pauvres très endettés (PPTE) de la Banque mondiale et du
Fonds
monétaire international (FMI).
Au sommet du Millénaire à New York en septembre dernier, les chefs
d'Etat du
monde ont promis de soutenir la conférence de Bruxelles et ont
lancé un
appel aux nations riches pour qu'elles agissent dans trois
domaines cruciaux :
Primo, autoriser l'accès de toutes les exportations des PMA sur le
marché
européen, sans quotas et sans taxes; secundo, annuler toutes les
dettes
publiques bilatérales contractées par les PMA au cas où les pays
prennent
des engagements clairs pour réduire la pauvreté; et tertio,
accorder une
aide publique au développement plus généreuse.
En tant que groupe, les PMA représentent moins d'un pour cent du
commerce
mondial des biens et services, selon la CNUCED et on espère que
cette
conférence s'accordera sur les nouveaux moyens d'accroître les
exportations
venant des PMA.
"Nous ne pouvons pas entrer dans un nouveau millénaire avec
certaines
personnes si en retard", a déclaré Khalilur Rahman, chef du
bureau de la
CNUCED à New York. "Si les pays industrialisés ouvrent leurs
frontières au
commerce avec les PMA, c'est une façon pour les pays les plus
pauvres
d'exporter leurs moyens de sortie de la pauvreté".
Si la demande d'une coopération et de partenariat continue d'être
ignoré,
quelle sera la prochaine étape pour les PMA ?
"Bien, tout ce que nous pouvons faire, c'est d'agiter le drapeau
du
partenariat. Il n'y a aucun autre moyen", a indiqué Chowdhury. Il
a
également fait remarquer que les PMA n'ont ni le pétrole ni les
ressources
minérales dont ont besoin les nations industrialisées. Mais selon
lui, si
les partenaires au développement continuent de faire semblant de
s'intéresser au sort des PMA, l'avenir demeure sombre.
"Si vous permettez qu'une partie du corps pourrisse, très
bientôt, tout le
corps va s'effondrer", a-t-il dit. Le message, a-t-il ajouté,
était clair
et vif : "Si le monde développé permet que les 49 pays en voie de
développement continuent de tomber en décadence, le monde entier
souffrirait
dans l'actuelle économie globalisée".
Sachant qu'une conférence réussie était dans leurs meilleurs
intérêts, les
PMA ont adopté une approche coopérative, non agressive et
dynamique durant
les négociations sur les engagements attendus, a affirmé
Chowdhury.
Le plan d'action proposé, qui comprenait des initiatives visant à
éradiquer
la pauvreté et l'instabilité économique, était peut-être le
programme le
plus complet pour une conférence des Nations unies sur les PMA et
leurs
partenaires au développement, a-t-il fait remarquer.
Dans son introduction, le nouvel avant-projet de Programme
d'action, qui
sera adopté à Bruxelles, souligne : "En raison de la baisse de
l'APD, des
poids élevés de la dette et de l'effondrement du coût des matières
premières, le développement économique des PMA n'a pas pris la
meilleure
tournure, et la mise en uvre du Programme d'action des PMA pour
les années
90 était loin d'être satisfaisante, avec plusieurs buts et
objectifs non
réalisés".
La conférence de Bruxelles examinera également la formulation et
l'adoption
de politiques et mesures nationales et internationales appropriées
pour le
développement durable des PMA et leur intégration progressive dans
l'économie mondiale.
Conformément à son initiative "Tout sauf les Armes", l'UE a
décidé en
février d'exempter de taxes et de quotas tous les produits des PMA
qui
entreront sur les marchés de l'union. La seule exception
concernait les
exportations militaires.
Alounkeo Kittikhoun du Laos, vice-président du bureau pour la
conférence de
Bruxelles, a dit aux journalistes la semaine dernière que tous les
PMA
étaient d'accord qu'ils étaient principalement responsables de
leur propre
développement.
Mais les partenaires au développement et les donateurs ne
devraient pas
utiliser cette question pour fixer des conditions pour les
engagements
internationaux.
Kittikhoun a demandé à la communauté internationale au
développement de
mettre l'accent sur les efforts à l'assistance, en assurant, entre
autres
choses : un accès plus grand et exempt de quotas aux produits
venant des
PMA; en soutenant un allègement de la dette; et en réaffirmant les
engagements conformes aux objectifs convenus dans le cadre de
l'APD.
Il a toutefois indiqué qu'il avait bon espoir qu'on parviendrait à
un accord
sur un nouveau plan d'action à la conférence de Bruxelles.

