DROITS: Le traité interdisant les enfants soldats entrera bientôt en

NATIONS UNIES, 21 nov (IPS) – Un traité international interdisant l'utilisation des enfants soldats entrera en vigueur au début de l'année prochaine, selon des défenseurs des droits de l'Homme.

L'entrée en vigueur légale du traité est attendue le 12 février 2002, exactement deux mois après avoir bénéficié de sa 10ème ratification, la semaine dernière, par la Nouvelle Zélande.

"C'est un énorme progrès dans l'effort de mettre un terme à l'utilisation des enfants comme soldats dans les conflits armés", déclare Jo Becker de Human Rights Watch.

Le traité a également été ratifié par Andorre, le Bangladesh, le Canada, la République démocratique du Congo (RDC), l'Islande, le Panama, le Sri Lanka, le Vietnam et le Saint-Siège.

"Nous espérons que d'autres pays suivront l'exemple", indique Becker.

La mise en uvre du traité sera suivie principalement par le Comité des Nations unies sur les droits de l'Enfant, mais la Coalition non gouvernementale pour la cessation de l'utilisation des enfants soldats jouera aussi un rôle, affirme-t-elle.

"Il sera demandé à chaque pays ayant ratifié le traité de soumettre un rapport (à la commission de l'ONU) d'ici à deux ans", ajoute-t- elle.

Le traité, décrit comme un protocole optionnel de la Convention relative aux droits de l'Enfant, interdit la participation des enfants de moins de 18 ans aux conflits armés ainsi que leur recrutement forcé ou leur conscription.

Jusque-là, 87 pays ont signé le protocole – exprimant ainsi leur intention de le mettre en uvre, mais il manque une réelle ratification légale. On espère que certains de ces pays ratifieront le protocole avant la session spéciale de l'ONU sur l'enfance, prévue à New York du 8 au 10 mai, l'année prochaine.

Selon Human Rights Watch, environ 300.000 enfants âgés de moins de 18 ans combattent dans des conflits armés dans plus de 40 pays dont l'Afghanistan, l'Angola, la Birmanie (également dénommée Myanmar), la Colombie, la RDC, la Sierra Leone et le Sri Lanka.

Les Nations unies affirment qu'au cours des dix dernières années, deux millions d'enfants ont été tués, six millions blessés, 10 millions traumatisés et un million laissés orphelins par des conflits armés à travers le monde.

En Colombie, des organisations paramilitaires, soutenues par le gouvernement, recrutent de jeunes enfants âgés d'environ huit ans, selon Becker. Et en RDC, des enfants non armés ont été envoyés au-devant des troupes plus âgées pour attirer le feu de l'ennemi.

Au Sri Lanka, des enfants soldats ont été envoyés pour des missions suicides par les Tigres de libération de l'Eelam Tamoul (LTTE), un groupe armé luttant pour une partition du pays dans les provinces du nord et de l'est.

Se réjouissant du nouveau traité, le ministre sri lankais des Affaires étrangères, Lakshman Kadirgamar, a déclaré que son pays était l'un des premiers à ratifier le protocole interdisant les enfants soldats.

"Le monde ne doit jamais fermer les yeux sur le recrutement par la force de jeunes enfants – une pratique particulièrement horrible du terrorisme appliquée par les terroristes sri lankais et bien établie par Amnesty International, le Fonds des Nations unies pour l'enfance et le représentant spécial de l'ONU pour les enfants dans les conflits armés", à souligne Kadirgamar devant l'Assemblée générale de l'organisation, la semaine passée.

"Ce serait un poids permanent sur la conscience de l'humanité si ces enfants devaient être expédiés inaperçus, abandonnés à leur sort", ajoute-t-il.

Selon Becker, même si le traité n'est pas contraignant pour les groupes armés, il existe des dispositions relatives à l'utilisation des enfants soldats par ces groupes.

Elle affirme que l'une des dispositions du traité exige des Etats qu'ils prennent des mesures pour criminaliser l'utilisation des enfants soldats par des groupes insurgés.

Selon Olara Otunnu, représentant spécial des Nations unies pour les enfants dans les conflits armés, la plupart des parties aux conflits ont utilisé des enfants soldats. Il s'agit non seulement des guérillas et des insurgés, mais aussi des Etats.

"Il est bien probable que les enfants soldats étaient largement plus utilisés par les groupes rebelles que par les Etats", indique-t- il.

"Néanmoins, il y avait beaucoup d'exemples aussi bien des Etats que de groupes rebelles se servant des enfants".

Otunnu fait également remarquer que l'interdiction de l'utilisation des enfants ne serait pas limitée à des situations de guerre ou de conflits civils.

"Aucune jeune personne âgée de moins de 17 ans ne pourrait être recrutée dans une armée nationale et on ne pourrait faire participer aucune jeune personne de moins de 18 ans à un conflit", explique-t-il.

Les enfants soldats déjà en service devront être libérés. Toutefois, les finances se sont déjà révélées insuffisantes pour supporter leur réhabilitation dans les pays où on les démobilise, souligne-t-il. Parmi eux, figurent la Sierra Leone et le Soudan.

En plus de la fourniture des services pour aider les enfants soldats dans la phase de transition précédant leur retour à la vie civile, il est également "essentiel de travailler avec la communauté locale pour éviter l'exclusion de ces enfants qui avaient connu des expériences traumatisantes et déshumanisantes depuis leur communauté d'origine", ajoute-t-il.