MEXICO CITY, 29 mars (IPS) – Un nouveau rapport sur "des milliers
de
filles" violées et harcelées dans les écoles sud-africaines,
apporte de
nouvelles preuves sur la discrimination et les difficultés
rencontrées par
les filles dans les pays en développement pour accéder à une
éducation de
qualité.
"Dans les écoles sud-africaines, des milliers de filles de toutes
les races
et de tous les groupes économiques sont confrontées à la violence
et au
harcèlement sexuels qui ont un impact sur leur accès à
l'éducation", accuse
Human Rights Watch (HRW), dans un rapport publié mardi.
"Des filles ont été attaquées dans les toilettes, dans les
classes vides,
dans les couloirs, dans les foyers et les dortoirs", affirme HRW
qui est
basé à New York.
Un exemple de tels abus est ce qui est arrivé à une fille de 13
ans,
inscrite dans une école située dans un quartier nord de
Johannesburg, le
centre commercial de l'Afrique du sud. Elle a été violée par ses
camarades
de classe, deux garçons âgés de 13 et 14 ans. LA victime a indiqué
à HRW
qu'elle avait cessé d'aller à l'école à la suite à cet incident.
Dans un autre incident, une fille de 17 ans a été violée par
quatre de ses
camarades, dans une salle de classe vide, à la fin des cours,
pendant qu'un
cinquième garçon observait la scène, révèle le rapport de 138
pages,
intitulé : "Frayeur à l'école : Violence sexuelle contre les
filles dans
les écoles sud-africaines".
"Les filles ont compris que la violence et les abus sexuels sont
inévitables lorsqu'elles vont à l'école tous les jours, elles n'y
vont donc
pas", affirme Erika George, conseiller au programme Liberté
académique de
HRW, et auteur du rapport.
"Le leadership à tous les niveaux est nécessaire pour créer un
système
éducatif qui exclut toute discrimination liée au genre et la
violence
sexuelle".
Les abus dont les filles sont victimes dans les écoles sud-
africaines, sont
aussi présents dans un certain nombre d'autres pays, bien que de
tels
harcèlements sexuels n'aient pas été beaucoup répertoriés, affirme
Nata
Duvvury, directeur de l'équipe chargée des conflits sociaux au
Centre
international de recherche sur les femmes (ICRW) basé à Washington
D.C.
"En Inde, des articles de presse rapportent régulièrement de tels
abus et
au Pérou, ce phénomène constitue aussi un réel problème", ajoute
Duvvury.
Une recherche menée par l'ICRW au Brésil révèle également "un
taux élevé de
violence" parmi les adolescents.
Les révélations de HRW interviennent après la publication, au
début du mois
de mars, d'un rapport du Fonds des Nations unies pour l'enfance
(UNICEF) qui
fait la lumière sur la façon dont les pratiques traditionnelles,
comme le
mariage précoce, contribuent à dénier aux filles l'accès à une
éducation de
qualité.
Pour de telles jeunes filles, "le mariage précoce comporte des
conséquences
physique, intellectuelle, psychologique et émotionnelle,
compromettant ainsi
les opportunités en matière d'éducation et les chances d'un
développement
personnel", déclare l'UNICEF dans son rapport intitulé : "
Mariages
précoces : Enfants épouses".
Dans les pays comme la République démocratique du Congo, le Niger,
l'Afghanistan et le Bangladesh, plus de la moitié des filles sont
mariées
avant l'âge de 18 ans, indique le rapport. Dans les pays comme le
Honduras
et l'Iraq, près de 30 pour cent de toutes les filles sont mariées
dans leur
jeune âge.
Selon l'UNICEF, une telle pratique est non seulement une
violation du droit
à la liberté personnelle des filles, mais elle viole également le
droit de
la fille à recevoir une éducation de qualité, qui est stipulé à
l'article 26
de la Déclaration universelle des droits de l'Homme et à l'article
28 de la
Convention sur les droits des enfants.
Pour Duvvury, une telle pratique suscite de sérieuses
interrogations sur les
engagements pris par les responsables nationaux de l'éducation,
lors du
Forum mondial de l'éducation organisé en avril 2000 à Dakar, au
Sénégal.
Au cours de cette rencontre, les ministres de l'Education et les
représentants des gouvernements de 155 pays s'étaient engagés à
assurer un
accès à une éducation de qualité aux filles.
Le Plan d'action de Dakar – le document final du forum – déclarait
que le
fossé entre les filles et les garçons au niveau de l'éducation
primaire et
secondaire serait éliminé d'ici à 2005. L'année 2015 a été retenue
comme
l'échéance prévue pour atteindre l'égalité entre les filles et les
garçons.
De plus, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, avait profité
de cette
occasion pour lancer une initiative de 10 ans sur l'éducation des
filles.
Dans le cadre de cette initiative, des accords devraient être
signés entre
les agences des Nations unies et les Etats, afin d'assurer un
engagement
politique et économique destiné à combler le fossé entre les
filles et les
garçons dans le domaine de l'éducation.
"Nous avons vraiment besoin d'un engagement au plus haut niveau
du
gouvernement pour un soutien concret et substantiel", a affirmé
Koto Kano,
un spécialiste à la division de l'éducation de base à
l'Organisation des
Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO),
se
référant à l'initiative d'Annan.
Le défi auquel une telle initiative peut faire face est immense,
étant donné
qu'il existe de nombreux témoignages qui montrent que l'on dénie
aux filles
l'accès à l'éducation ou encore qu'elles sont obligées d'arrêter
leur
scolarité qu'elles avaient déjà entamée.
Selon l'UNICEF, quelque 120 millions d'enfants en âge scolaire
dans les pays
en développement ne vont pas à l'école, deux tiers de ces enfants,
soit près
de 80 millions, sont des filles. Le fossé entre les filles et les
garçons
dans l'éducation est plus évident en Asie, en Afrique sub-
saharienne et au
Moyen Orient.
Les préjugés basés sur le sexe ont fait que de nombreuses filles
n'ont
jamais vu l'intérieur d'une école, note HRW.
"Dans plusieurs pays, les filles n'ont pas accès à l'éducation,
car les
coutumes et pratiques traditionnelles les relèguent à un statut de
subordonnées", souligne HRW.
Mais ce qui trouble également cet organisme de défense des droits
de
l'Homme, ce sont "les obstacles rencontrés par les filles à
l'école comme
la violence sexuelle qui compromet leur droit à l'éducation.
"Les décideurs politiques doivent mettre l'accent non seulement
sur
l'inscription des filles, mais ils doivent aussi s'assurer
qu'elles y
restent, en toute sécurité", indique HRW.
Comme le souligne HRW dans son rapport, l'Afrique du sud a été
choisie non
seulement en raison de l'ampleur du problème, mais aussi à cause
des
opportunités de changement dans ce pays où les éducateurs du
public ou du
privé montrent un intérêt croissant dans la recherche de
solutions.

