NATIONS UNIES, 30 oct. (IPS) – Alors que la plupart des nations
occidentales
continuent de prendre leurs distances par rapport aux conflits
africains et
aux missions de maintien de la paix des Nations Unies, la Jordanie
est
devenue le deuxième pays du Tiers Monde à se retirer des forces
onusiennes
opérant en Sierra Leone.
La proposition jordanienne de retirer ses 1830 soldats intervient
une semaine
après la décision de l'Inde de désengager ses 3000 soldats de
cette nation
d'Afrique de l'Ouest, ce qui du coup, réduit l'effectif des forces
onusiennes de 4830 soldats.
La Mission des Nations Unies en Sierra Leone (MINUSIL) a
actuellement un
effectif total de 12.440 soldats, mais ce chiffre tombera à 7.610
après le
retrait de la Jordanie et de l'Inde, bien que le Conseil de
Sécurité ait
cherché à accroître éventuellement ces forces à 20.500.
La proposition d'augmentation a été motivée par les attaques
continues
contre les soldats de maintien de la paix des Nations Unies par
les forces
rebelles du Front Révolutionnaire Uni (RUF), qui tentent de
renverser le
gouvernement de Sierra Leone.
Les Nations Unies doivent encore remplir le vide qui serait créé
suite au
départ des troupes indiennes, qui ont accepté un retrait
progressif de leurs
soldats au cours des prochains mois.
Les Jordaniens avaient précédemment menacé de retirer leurs
soldats à moins
que les nations occidentales – en particulier les pays membres de
l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) – acceptent
de
renforcer la MINUSIL en y dépêchant des troupes supplémentaires.
Présentement, 32 pays fournissent des troupes à la MINUSIL, les
trois plus
grands pourvoyeurs étant le Nigeria (3.205 soldats), l'Inde
(3.073), la
Jordanie (1.830), le Bangladesh (795), et la Guinée (789).
Confirmant le retrait, Annan a déclaré aux journalistes la semaine
dernière
que la décision jordanienne soulevait "une question très grave".
Comment est-ce que le Conseil de Sécurité peut-il adopter des
résolutions
destinées à obtenir le déploiement de troupes, s'est-il interrogé,
lorsque
de grandes puissances disposant de vastes forces militaires
refusent de
fournir des soldats aux fins de missions de maintien de la paix ?
Le nombre total de soldats impliqués dans 15 missions de maintien
de la paix
est d'environ 37.940. Les 10 plus grands pourvoyeurs de troupes
sont :
l'Inde (4.507 soldats), le Nigeria (3.439), la Jordanie (3.400),
le
Bangladesh (2.362), le Ghana (1.906), l'Australie (1.710), le
Pakistan
(1.209), le Kenya (1.197), la Pologne (1.077), et le Népal
(1.037).
L'Australie est la seule nation occidentale parmi ces 10 pays –
principalement en raison de son engagement politique à une force
de maintien
de la paix dans son voisinage : la Mission des Nations Unies au
Timor Oriental.
Parmi les cinq grandes puissances membres du Conseil de Sécurité,
les Etats
Unis fournissent seulement 901 soldats pour les opérations de
maintien de la
paix, en grande partie pour des missions en dehors des Nations
Unies, la
Grande Bretagne (561), la France (490), la Russie (302), et la
Chine (95).
Lorsque les journalistes ont demandé à Annan si l'offre
britannique de
fournir "une force-parapluie" n'était pas suffisante pour
convaincre la
Jordanie de rester en Sierra Leone, le Secrétaire Général des
Nations Unies
a répondu que les Jordaniens ne jugeaient pas l'offre britannique
suffisante.
"Ils avaient espéré que d'autres pays s'y joindraient. Au moins
les
Britanniques ont fait un geste ; d'autres n'ont rien fait", a
déclaré Annan.
Lorsque 500 soldats des Nations Unies ont été pris en otage par
les forces
rebelles au mois de mai dernier en Sierra Leone, Annan a demandé
que soit
mise sur pied une force de réaction rapide composée en majorité de
troupes
militaires occidentales "bien formées et bien équipées".
"Cela n'a pas été fait, mais l'arrivée des troupes britanniques
et la
présence de la flotte navale britannique ont eu le bon impact
psychologique,
ce qui nous a permis de consolider et de renforcer nos troupes",
a ajouté
Annan.
Les soldats et les navires de guerre britanniques ont été dépêchés
en Sierra
Leone dans le seul but d'aider à évacuer les citoyens britanniques
qui
fuyaient les combats dans ce pays.
Annan a indiqué qu'il projetait de faire remplacer les soldats
indiens et
jordaniens, "mais cela va prendre du temps… J'ai demandé aux
gouvernements concernés (Inde et Jordanie) de faire preuve de
flexibilité
dans le retrait de leurs troupes. C'est une décision souveraine et
c'est
leur décision", a-t-il ajouté.
Le Bangladesh, le Kenya et le Ghana ont déjà offert plus de 3.000
soldats
pour remplacer quelques-uns des contingents en partance, mais
l'Ukraine et
la Slovaquie vont vraisemblablement fournir des véhicules
militaires
Le mois dernier, le Bangladesh, qui a fourni environ 795 soldats à
la
MINUSIL, a offert deux bataillons d'infanterie additionnels. Si
Annan
accepte l'offre, ces deux bataillons additionnels d'environ 900
soldats
chacun pourraient porter le nombre total des troupes du Bangladesh
en Sierra
Leone à environ 2.595.
Le retrait des troupes indiennes a été attribué à la tension
croissante qui
existe entre le Commandant de la MINUSIL, le Général Major Vijay
Jetley de
l'Inde, et son adjoint, le Général de Brigade Mohammed Garba du
Nigeria.
Selon des articles de presse, Jetley a accusé certains soldats
nigérians de
refuser d'obéir aux ordres et d'être complices des forces rebelles
dans le
commerce illicite des diamants en Sierra Leone. Ce sont les
diamants qui ont
attisé la guerre civile dans ce pays.
Dans un article intitulé "Retrait de la magouille" publié
récemment dans
le Télégraphe de Calcutta, un ancien Secrétaire indien aux
Affaires
Etrangères, J. N. Dixit, a critiqué "l'enthousiasme mal placé"
de l'Inde à
participer aux opérations de maintien de la paix des Nations
Unies.
"Nos forces armées ont assez de problèmes à régler à domicile",
a déclaré
Dixit, qui a accusé les Nations Unies de jouer le jeu de la
politique
régionale en ce qui concerne les missions de maintien de la paix.
"Il n'y a
aucun besoin pour les soldats indiens de laisser leur vie ou
d'éprouver de
l'embarras lorsque aucun des intérêts vitaux de l'Inde ne se
trouve en jeu".
Les opérations de maintien de la paix d'après la guerre froide, a-
t-il
souligné, ont perdu de leur caractère d'impartialité et d'adhésion
stricte à
la Charte des Nations Unies, ainsi que la capacité de jouer un
rôle
au-dessus de la politique locale et régionale.
"Le Secrétariat des Nations Unies est devenu un objet des
motivations
stratégiques des grandes puissances mondiales et régionales, ainsi
que de
l'influence politique et régionale à courte vue des pays dans des
zones en
crise", a-t-il estimé.
Jetley, le Commandant des Forces de l'ONU, n'a pas reçu l'appui
nécessaire
du secrétariat des Nations Unies, selon Dixit. Au début de la
mission, on ne
lui a permis non plus de prendre des actions militaires décisives
pour
assurer la sauvegarde des soldats indiens. Le bon sens a prévalu
en dernière
analyse, et Jetley a été autorisé à lancer une opération militaire
pour
sauver les soldats indiens qui étaient pris en otage par les
forces rebelles.
Dixit déclare que l'adjoint de Jetley, un officier militaire
nigérian, a
jugé l'impartialité et la franchise de Jetley "inacceptables et
désagréables'. En conséquence, il y a eu des tentatives pour
contrevenir aux
ordres de Jetley et faire échouer ses plans d'opération.
Dixit a également déclaré que le Secrétariat des Nations Unies a
proposé au
gouvernement indien de faire remplacer Jetley par un Général
lieutenant de
l'armée indienne, un officier de rang plus élevé.
"Ceci constitue sans aucun doute une insulte à l'intégrité et à
la
crédibilité de l'Inde en tant que pourvoyeur de troupes aux
opérations
onusiennes de maintien de la paix depuis la guerre de Corée et les
conflits
dans la bande de Gaza au début des années '50", a déclaré Dixit.

