MOSHI, TANZANIE, 27 oct. (IPS) – Les élections présidentielles
et
législatives auront lieu dans moins de deux jours, et les
politiciens font
des promesses mielleuses aux Tanzaniens, leur demandant de marquer
X à côté
de leurs noms.
Les promesses portent sur l'enseignement et les soins de santé
gratuits;
certains partis comme le Parti Travailliste Tanzanien, promettent
de ne plus
rembourser la dette étrangère et d'investir cet argent dans les
services
sociaux. Pendant ce temps, le Front Civique Uni (CUF) déclare
vouloir
mettre les médicaments essentiels à la disposition du public en
l'espace de
100 jours après son investiture.
Le CUF, l'un des grands partis d'opposition de Tanzanie, promet
également
d'alléger la pauvreté. "Nous allons alléger la pauvreté",
déclare Phil
Ndesamburo du CUF. "Nous allons également relancer le secteur
agricole – le
pilier de notre pays qui a été négligé par le gouvernement",
ajoute
Ndesamburo, un homme d'affaires qui se dit confiant en sa victoire
aux
élections législatives.
Mais vu la faible participation des populations lors d'une réunion
au cours
de laquelle il a prononcé un discours, à Moshi, à quelque 650
kilomètres au
nord de Dar es Salaam, cela demanderait une intervention divine
pour que le
rêve de Ndesamburo devienne réalité.
Ndesamburo a pourtant raison sur un point. Une bonne partie de la
pauvreté
qui frappe actuellement la Tanzanie peut être attribuée à
l'abandon dont
souffre le secteur agricole. Plus de dix ans après la
libéralisation de
l'économie, la croissance du secteur agricole est restée à un
faible taux
annuel de 3 pour cent. Seulement 15 pour cent des terres arables
(soit 42
pour cent de la superficie totale des terres) sont cultivées.
Les chiffres officiels montrent que la production de thé est
restée au même
niveau qu'il y a cinq ans, alors que la production de café et de
coton a chuté.
"Le gouvernement CCM (Chama Cha Mapinduzi) a mal géré l'économie.
Il n'y a
aucune croissance, et l'économie s'anémie de plus en plus chaque
année",
déclare Seif Shariff Hamad, candidat du CUF à l'élection
présidentielle pour
l'île de Zanzibar.
"La plupart des gens vivent de l'agriculture, mais le
gouvernement CCM a
négligé la production alimentaire", estime Hamad.
Le Zanzibar produisait habituellement 8.000 tonnes de clou de
girofle par
an, mais ces jours-ci, la production est tombée jusqu'à 1.000
tonnes,
déclare Hamad.
"Les planteurs de clou de girofle ont été négligés, raison pour
laquelle
ils ne peuvent s'occuper convenablement de leurs plantations. Les
produits
des fermiers sont également achetés à des prix plus bas que ceux
qui sont
pratiqués sur les marchés internationaux", se plaint-il.
"Nous voulons libéraliser le secteur agricole de sorte que les
planteurs
puissent vendre aux acheteurs de leur choix à des prix plus élevés
que ceux
qui sont proposés par le gouvernement", ajoute-t-il.
Facteur aggravant, ceux qui cultivent la terre et qui ne
pratiquent qu'une
agriculture de subsistance sont victimes de discriminations. Le
système de
propriété terrienne en Tanzanie est régi par des lois coutumières
de nature
patriarcale. Selon les estimations de 1991, environ 46 pour cent
de tous les
ménages tanzaniens ont acquis des terres grâce au système
patriarcal
d'héritage, dans lequel seulement les fils et les membres du clan
de sexe
masculin peuvent
hériter des terres appartenant au clan.
Ceci affecte à la fois la sécurité alimentaire et le développement
socio-économique. Ceux qui cultivent la terre – les femmes pauvres
des
villages – ne sont pas motivées pour investir dans la sauvegarde
ou la
gestion de la terre, parce que, en plus de leur inaccessibilité à
la
propriété foncière, elles ne peuvent pas recevoir de crédits
octroyés par
les institutions financières, ce qui leur donne moins de
flexibilité économique.
"Nous avions l'habitude de produire chaque année environ 33.000
tonnes de
riz, mais à présent, nous en produisons beaucoup moins. Parfois
même autour
de 18.000 tonnes", déclare Hamad.
Prenant la parole au cours d'un meeting électoral à Moshi, le
Président
Benjamin Mpaka a reconnu l'échec de son gouvernement à maintenir
un secteur
agricole dynamique. Et il a promis que les coopératives seront à
l'avenir
gérées avec efficacité, que 10 millions de shillings seront
affectés aux
petits projets, et qu'une caisse sera créée au profit des petits
paysans.
En toute probabilité, Mpaka et le CCM devraient ratisser large
encore une
fois dans ces élections. Mais cette victoire prévisible n'est pas
fondée sur
les promesses telles que celles qu'il a faites à Moshi, mais sur
le fait que
l'opposition compte une pléthore de partis et n'est pas unie.
Quelque 13 partis politiques vont participer au scrutin du 29
octobre. Pris
individuellement, les partis d'opposition n'ont aucune chance de
renverser
le CCM, mais les tentatives d'union ont échoué.
"En effet, sans l'unité, l'opposition devra travailler très dur
pour gagner
les élections", admet Ndesamburo.

