DEVELOPPEMENT-SRI LANKA: Enorme succès pour les agriculteurs d'une régio n déshéritée

COLOMBO, 18 oct. (IPS) – Lorsque les passagers de la compagnie
aérienne du
Sri Lanka prennent leurs repas haut dans le ciel, au-dessus des
nuages, tr ès
peu savent que ces mets délicieux ont été préparés à base de
produits venant
de la région la plus déshéritée du pays.

Fruits et légumes de haute qualité, qui étaient autrefois importés
surtout
de Singapour, d'Australie et des Etats Unis, sont maintenant
fournis à "Sri
Lankan Airlines" par des fermiers de la région centrale d'Uva,
dans cette
nation insulaire de l'océan indien.
"Il y a une forte demande en fruits et légumes produits par les
agriculteurs de la région d'Uva de la part de Sri Lankan Airlines,
indique
Asoka Kasturiarachchi, adjoint au représentant résident du PNUD
(Programme
des Nations Unies pour le Développement) au bureau de Colombo, qui
a
contribué à rendre cela possible.
"La Compagnie aérienne cessera probablement de se ravitailler à
l'extérieur
une fois qu'elle sera sûre de recevoir un approvisionnement
illimité des
fermiers de Uva", ajoute-t-il. Un programme de lutte contre la
pauvreté,
géré par le PNUD, aide actuellement les fermiers à cultiver des
produits
pour lesquels il existe une demande sur les marchés nationaux et
internationaux, et à les vendre ensuite directement à de tels
acheteurs.
Ceci comprend des légumes et des fruits de haute qualité, ainsi
que du riz
cultivé sans produits chimiques et du miel d'abeille.
L'agence des Nations Unies travaille avec les agences
gouvernementales du
Sri Lanka, les compagnies privées et certaines organisations non
gouvernementales (ONG) sur ce projet. Dans le passé, la plupart
des projets
de développement rural tels que celui-ci aidaient seulement les
agriculteurs
à produire pour les marchés, sans les aider à vendre leurs
produits. Les
agriculteurs ne savaient pas comment vendre directement aux
marchés et
devaient dépendre des intermédiaires, qui s'accaparaient de leurs
bénéfices.
"Nous voulons créer des liens entre les producteurs et les
marchés d'une
manière directe et transparente afin que la valeur ajoutée aille
aux
agriculteurs et non aux compagnies privées ou aux
intermédiaires", indique
le responsable du PNUD.
Le programme aide à identifier les produits agricoles pour des
marchés
ciblés, et procure aux agriculteurs des connaissances modernes
pour les
produire. Il aide également à faire l'emballage, l'étiquetage et
la fixation
des prix, et assiste les groupes d'agriculteurs à former des
partenariats
avec les acheteurs.
"Le Programme Local de Croissance et d'Equité" (en anglais,
ABGEP), dont
le coût est estimé à quatre millions de dollars, a été lancé il y
a deux
ans, en partenariat avec le gouvernement.
Selon le PNUD, c'est le premier programme du genre au Sri Lanka et
probablement dans le monde, à impliquer également l'Organisation
Mondiale du
Travail (OIT), les Volontaires des Nations Unies, les ministères
du
gouvernement et le Conseil Provincial de Uva.
"Finalement, nous relevons et améliorons leur niveau de vie",
indique D.W.
Dassanayake, le Directeur Provincial de l'Agriculture au Conseil
Provincial
de Uva.
"Ce programme est un catalyseur pour le changement dans les
styles de vie
des populations et dans leur développement", ajoute-t-il.
Le programme a établi des liens directs entre les agriculteurs de
Uva et
cinq à six grands acheteurs, l'un d'eux étant Sri Lankan Airlines.
"La
demande en fruits et légumes venant de la compagnie aérienne
augmente de
plus en plus et nous devons accroître la production", poursuit-
il.
Dassanayake a indiqué qu'ils mettaient en place 20 nouveaux
espaces verts
pour accroître la production des fruits et légumes.
Jayasekera Manatunga, un agriculteur d'Uva, qui approvisionne une
chaîne de
supermarchés de première classe du Sri Lanka, dit qu'il a
sollicité un prêt
dans le cadre du programme pour acheter une voiture et ouvrir un
magasin.
"Je veux étendre ma capacité de stockage qui augmentera ensuite
la
production de mon réseau d'agriculteurs", confie-t-il. En plus de
son
propre lopin de terre où il cultive du riz et des légumes,
Manatunga va
chercher des fruits et légumes chaque semaine auprès d'un réseau
de plus de
200 agriculteurs.
Ayant étudié les techniques de stockage et de marketing auprès des
experts
du PNUD, Manatunga et ses 12 employés font le stockage du produit
dans des
cartons et des sacs en plastique pour les envoyer dans les
supermarchés de
Colombo.
Manatunga achemine chaque semaine deux camionnettes chargées de 2
à 3000 kg
de légumes et de fruits. Il espère que le prêt du PNUD, à travers
le conseil
provincial d'Uva, va profiter à ses activités. "Si je prospère,
les
fermiers prospéreront aussi", ajoute-t-il.
"Nous sommes pointilleux sur la qualité et ce sont seulement les
meilleurs
fruits et légumes qui sont envoyés dans les supermarchés", dit-
il.
Au début de septembre, les agriculteurs ont commencé à vendre du
riz cultivé
sans produits chimiques et du miel à Co-operate Wholesale
Establishment
(CWE), une agence gouvernementale, qui achète pour la plus grande
chaîne de
supermarchés du Sri Lanka.
Le riz sans produits chimiques était produit par 30 fermiers dans
la zone.
Le programme a tellement réussi que les fermiers veulent former
une
coopérative et installer leur propre moulin.
Ces fermiers, qui travaillent dans le cadre de l'Initiative de
Marketing
Agricole de Uva, envisagent de vendre 200.000 kg de riz sans
produits
chimiques aux supermarchés du CWE, pendant la saison qui va
d'octobre à février.
Une compagnie privée s'est également rapprochée des autorités du
programme
pour acheter ce riz afin de l'exporter vers la Grande Bretagne
chaque mois à
partir d'octobre, affirme Dassanayake, directeur du conseil
provincial.
"Le CWE veut également une importante quantité de légumes et de
céréales,
ce que nous leur fournissons actuellement", dit-il.
Les projets d'irrigation à petite échelle, commencés dans le cadre
du
programme du PNUD, ont fait baisser les coûts de production parce
qu'il y a
moins d'utilisation d'eau et de carburant. La région de Monaragala
de Uva
avait de grands puits pour irriguer les fermes, mais il y avait
beaucoup de
gaspillage et de dommage aux plantes.
"Nous avons utilisé les puits existants servant aux cultures
agricoles, et
nous canalisons l'eau vers les champs à travers une série de
tuyaux et de
conduits dans le cadre d'un projet qui avait autrefois fait ses
preuves en
Israël et à Taiwan", indique Kasturiarachchi du PNUD.
Actuellement, les
agriculteurs sont également encouragés à produire dans les espaces
verts,
qui leur permettent d'avoir une production pendant toute l'année.
"Dans un environnement contrôlé, vous pouvez apporter assez de
substances
nutritives requises pour cultiver des plantes tout au long de
l'année",
dit-il. Les plantes ne sont pas soumises aux caprices du temps et
des
insectes nuisibles", ajoute-t-il.
Bien que les dépenses en capital soient élevées au début, des
crédits
offerts par les banques commerciales aident les agriculteurs.
Quelques agriculteurs ont multiplié leurs récoltes et leurs
revenus par
quatre ou cinq, et ont remboursé toutes leurs dettes en moins de
deux ans,
déclare le responsable du PNUD.