DROITS-KENYA: Le Président Moï, ennemi du progrès des femmes?

NAIROBI, 17 oct. (IPS) – Les femmes kenyanes qui luttent pour
l'égalité
entre les sexes, voient actuellement leurs chances d'avancement
revenir aux
jours sombres où les droits des femmes n'étaient pas encore non
reconnus.

Selon elles, leur principal obstacle à l'obtention de leurs droits
reconnus
par la législation internationale, est le Chef de l'Etat, le
Président
Daniel arap Moï lui-même, qui a clairement indiqué qu'il était
opposé aux
projets de lois sur l'action affirmative et sur l'égalité qui
seront déposés
bientôt au parlement.
Moï a déclaré cette semaine que l'action affirmative menacerait la
cohésion
sociale dans le pays, et qu'il préfère plutôt un processus où la
parité du
genre apparaît comme une "évolution naturelle" pour éviter des
soulèvements sociaux".
"Ce dont nous avons besoin, c'est la capacité à faire les choses,
et à les
faire de façon naturelle. Qu'est ce que c'est que l'action
affirmative dont
parlent les femmes ?", a demandé Moï cette semaine.
La déclaration de Moï contre l'action affirmative vient une
semaine à peine
après la marche d'un groupe de femmes musulmanes à travers la
capitale, pour
protester contre le projet de loi sur l'égalité, qui selon elles,
va à
l'encontre des doctrines de l'Islam.
Entre autres choses, les femmes musulmanes ont dit que le Coran,
le livre
saint des musulmans, accorde aux femmes le droit à l'héritage,
qu'elles
n'ont donc pas besoin du projet de loi pour protéger leurs droits.
Elles soutiennent également que le projet de loi, en cherchant le
pouvoir
politique pour les femmes, va à l'encontre des enseignements
islamiques qui
demandent qu'une femme reste à la maison. Toutefois, les femmes
musulmanes,
disent qu'elles n'ont rien contre le projet de loi sur l'action
affirmative.
Les musulmans représentent 16 pour cent de la population
officielle du
Kenya, qui est de 29 millions d'habitants et est régi par la
constitution
séculaire du pays, conformément aux dispositions de liberté de
culte.
"Je suis pour l'unité dans le pays, mais si le projet de loi sur
l'égalité
divise les femmes, alors, je ne suis pas pour cela. Si les femmes
musulmanes
disent qu'elles ne veulent pas de son action affirmative, comment
pouvons-nous avancer" a indiqué Moï.
La déclaration de Moï a suscité des inquiétudes au sein du groupe
des droits
des femmes qui pensent que Moï confond les questions soulevées
dans les deux
projets de lois. Cette déclaration fait également partie des
efforts de son
gouvernement pour contrecarrer l'avancement des femmes dans son
pays.
"Ce qui nous inquiète, c'est que quelqu'un qui occupe une place
de
président puisse faire des déclarations contre le projet de loi en
faisant
montre de tant d'ignorance", indique Catherine Dungo, qui préside
l'Association des Femmes Africaines pour la Recherche et le
Développement
(AAWORD).
"Le Président exploite l'ignorance des masses analphabètes pour
influencer
le préjugé public et également pour pousser à voter contre le
projet au
parlement", a-t-elle indiqué à IPS.
"Pourquoi la cohésion sociale devrait-elle être obtenue au
détriment des
femmes ? les femmes ne font-elles pas partie de ce pays ? a
demandé le
rédacteur d'une lettre dans l'un des quotidiens kenyans.
Citant des exemples dans les Etats islamistes comme le Pakistan,
l'écrivai n
soutient que le Coran n'a rien contre l'entrée des femmes en
politique.
"Les leaders nationales femmes viennent de ces pays, alors si
elles disent
que les femmes ne peuvent pas entrer en politique, alors quel
Coran est ce
que ces gens lisent?"
"Nous devons être clairs par rapport aux programmes des femmes.
Si les
femmes musulmanes veulent être exclues, alors, elles devraient
également
donner la chance à d'autres qui ne sont pas régies par le Coran".
Alice Wahome, la vice-présidente du chapitre kenyan de la
Fédération
Internationale des Femmes Juristes (FIFJ), regrette que le projet
de loi sur
l'inégalité soit actuellement décrit comme une source de division
entre les
kenyans, et en particulier, au sein des femmes, qui luttent
actuellement
contre les disparités de genre dans le développement.
"Il est clair que le président ne réagit probablement pas d'une
position
informée pour ce qui concerne le contenu réel des deux projets de
loi. Il
est apparent qu'il y a eu une tentative de la part des détracteurs
de
diviser le soutien populaire pour les deux propositions de lois à
travers
une campagne de désinformation", dit-elle.
Le projet de loi sur l'action affirmative vise à accroître la
participation
des femmes dans la gouvernance et la politique, à aborder le
déséquili bre
fragrant entre les deux sexes dans la direction publique de ce
pays
d'Afrique Orientale. Le projet de loi cherche à réserver 33 pour
cent de
représentation pour les femmes au parlement et autres postes
politiques dans
le pays.
Actuellement, le parlement de 220 membres comprend seulement 3,5
pour cent
de femmes. Le Gouvernement du Président Moï ne compte aucune
femme. On
attribue largement cette faible représentation au peu d'influence
que les
femmes ont dans le développement du pays.
Avec le projet de loi sur l'action affirmative, au moins 76 sièges
seraient
réservés aux femmes au parlement, contre les sept sièges actuels.
Le projet de loi sur l'égalité vise d'autre part à promouvoir
l'égalité
d'accès aux opportunités et à interdire la discrimination contre
les membres
des groupes historiquement marginalisés, y compris les handicapés,
les
femmes, les enfants et les groupes nomades.
Les partisans du projet de loi disent au contraire que la
législation
concerne plus le genre, et fait le plaidoyer d'une "société juste
et
équitable".
"Si l'intention du président est vraiment de promouvoir l'unité
au sein des
Kenyans, alors, il doit soutenir ce projet de loi très important
et demander
instamment aux citoyens de ce pays de lire, de comprendre et de
soutenir ce
projet de loi, qui dans son essence fait la promotion de l'unité à
travers
ses principes d'égalité et de non-discrimination", indique
Wahome.
Des groupes tels que la Fédération Internationale des Femmes
Juristes (FIFJ)
sont de plus en plus frustrés par le peu de sensibilité avec
laquelle le
Gouvernement de Moï traite les questions ayant rapport aux droits
des
femmes. Des crimes comme la violence contre les femmes et le viol
sont
passibles d'une peine légère au Kenya, et la plupart des auteurs
de ces
délits ne font pas l'objet de poursuites.
Le dernier exemple de ce genre est l'affaire dans laquelle un
ministre
influent du gouvernement, accusé d'avoir violé des mineurs dans sa
circonscription électorale, a été laissé en liberté après que son
accusatrice, une fille âgée de 17 ans, qu'il aurait engrossée, a
retiré sa
plainte contre lui.
Pour les responsables de la Fédération Internationale des Femmes
Juristes
(FIFJ), qui représentaient la fille dans l'affaire, Julius Ole
Sunkuli, un
ministre du cabinet du Président, s'est servi de sa position dans
le
gouvernement pour influencer l'issue de l'affaire, en harcelant le
plaignant, ses témoins et même ses avocats.
Des sources provenant de la circonscription électorale indiquent
que le
ministre a "l'habitude de fréquenter une école pour filles dans
la zone et
à se lier d'amitié avec les élèves" avec le consentement des
enseignants.
Plusieurs des filles ont dû abandonner les classes à cause de la
grossesse.
Sunkunli, malgré le scandale et les protestations de ses
administrés de
Transmara, garde toujours son poste influent. Il a en charge les
ministère s
de la police et de la défense.