SAN JOSE, 18 oct. (IPS) – Leda Zúñiga, 44 ans, est devenue une
femme
d'affaires indépendante dans son terroir rural de Sabana Grande de
Nicoya,
situé à environ 250 km au Nord Ouest de la capitale, où elle et
quatre
autres femmes ont monté avec succès une affaire d'élevage de
poulets et de
cochons.
Aujourd'hui, elle rêve non seulement d'en finir avec la pauvreté,
mais
espère envoyer sa fille de 17 ans étudier l'informatique dans une
université
de la capitale.
Zúñiga affirme que la micro-entreprise aide non seulement les
femmes qui
l'ont montéé, mais également la communauté. "Nous croyons que
nous aidons
également la communauté, parce que notre petite entreprise va
génére r
quelques nouveaux emplois", a-t-elle déclaré, en transpirant dans
la
chaleur suffocante de la mi-journée.
Il y a quelques années, elle s'était rendue dans la capitale, où
elle avait
travaillé dans une entreprise d'assemblage de la "maquiladora',
qui
fabriquait des articles pour l'exportation. Mais, expliqua-t-elle,
elle est
retournée dans sa ville natale, se contentant simplement de dire
qu'elle
avait "enduré de grandes souffrances".
Zúñiga et ses partenaires en affaires font partie des milliers de
femmes
pauvres en Amérique centrale qui reçoivent de l'aide dans le
domaine des
finances, de la formation et de la gestion de la connaissance des
Agences de
développement comme le FIDA (Fonds International pour le
Développement
Agricole), qui s'est engagé dans des activités de réduction de la
pauvreté.
Sur les 494 millions d'habitants de l'Amérique latine, 185
millions — soit
37 pour cent de la population – sont pauvres, tandis que 16 pour
cent vivent
dans l'extrême pauvreté. Et sur les 32 millions d'habitants
d'Amérique
centrale, 17 millions vivent en zone rurale, et 12 millions
d'habitants de
cette zone sont pauvres.
Les populations indigènes et les femmes sont les groupes sociaux
les plus
durement touchés par la pauvreté, et constituent ainsi la priorité
numéro un
de la région, a déclaré Raquel Peña-Montenegro, directeur de la
division
Amérique Latine et Caraïbes au FIDA, dans une entrevue avec IPS à
Rome, le
siège de cette agence des Nations Unies.
Les femmes jouent un rôle capital dans l'économie rurale,
particulièrement
dans les communautés qui connaissent de forts taux de migration
masculine.
Certaines sont devenues des communautés constituées de femmes et
d'enfants,
où la présence des hommes est réduite à ces hommes trop vieux pour
aller
chercher un emploi, ou à une poignée d'hommes qui sont revenus des
villes.
Le FIDA finance actuellement 51 projets en Amérique latine et dans
les
Caraïbes, pour un montant total de 452 millions de dollars, et est
prése nt
dans pratiquement tous les pays de la région.
L'exécution du "Projet de Développement Agricole dans la
Péninsule de
Nicoya"(Prodapén) a commencé en 1998 et devrait durer jusqu'en
2003. La
coordination est assurée par les autorités du Ministère de
l'Agriculture et
de l'Elevage de Costa Rica.
Avec un financement de 10,7 millions de dollars du FIDA, le
gouvernement de
Costa Rica, la Banque Centrale d'Intégration Economique (BCIE)
d'Amériqu e,
et plusieurs autres banques, le projet Prodapen a apporté l'appui
à des
petites entreprises, à des écoles publiques, aux programmes
municipaux du
gouvernement, et aux projets de crédit collectif.
"Dans nos pays, parler des petites entreprises comme des
entreprises qui
font des bénéfices est un tabou", a indiqué à IPS María del Roc
ío Díaz, une
administratrice commerciale qui dirige le projet Prodapén. "Nous
voulons
briser ce mythe, et démontrer que les petites entreprises que nous
créon s
peuvent être rentabilisées".
Diaz a dit que plusieurs des programmes qui apportaient l'appui
aux zones
rurales étaient traditionnellement basées sur
l"asistencialismo", ou les
solutions directes orientées vers le bien-être, mais que la vision
a changé.
Des projets tels que le Prodapen visent à apporter la formation
pour
permettre aux communautés locales de décider pour elles-mêmes de
la
meilleure manière de générer des services et des biens, et
d'exploiter le
potentiel inexploité.
"L'objectif est un niveau de participation des populations plus
élevé, et
pour que les projets soient exécutés avec "une implication
communautaire
sur le schéma "base au sommet", a expliqué Eugenia Morales,
coordonnatrice
à la formation de l'Unité Régionale d'Assistance Technique (RUTA).
Le RUTA agit en tant que représentant du FIDA en Amérique
centrale, et
apporte l'appui technique dans la région.
Morales a expliqué que le FIDA aide actuellement à financer 18
projets dans
la région, du Guatemala au Panama, en apportant l'appui aux
agriculteurs des
zones rurales et aux populations déplacées.
Le "Projet pour la Population Déplacée dans le Département de
Quiché",
conçu pour soutenir le processus de paix au Guatemala, qui a
souffert d'une
guerre civile de 1960 à la signature des accords de paix en 1996,
est
opérationnel depuis 1998 et prendra fin d'ici 2002.
Le programme cible 10.000 familles, en finançant l'agriculture et
les
initiatives en micro-entreprises, et met l'accent sur
l'implication
communautaire et la viabilité environnementale.
Le FIDA aide également à financer le "Projet du Développement
Agricole pour
les Populations touchés par le Conflit à Chalatenango" à El
Salvador, qui
vise à restaurer la capacité productive dans cette région à la
suite de la
guerre civile de 1980-92.
"Ce fut une tâche ardue, parce que nous avons affaire aux plus
pauvres
parmi les pauvres des zones rurales", a indiqué à IPS, Jorge
Leon, un
consultant du RUTA.
Mais Léon a mis l'accent sur le fait que le FIDA avait accru le
financement
pour des projets en Amérique Centrale depuis que les gouvernements
dans la
zone avaient commencé par avoir un rôle plus proéminent dans la
mise en
place des projets de développement rural et agricole dans les
années 90.
Grâce à ce processus, Leda Zúñiga a ses visions résolument
tournées vers son
objectif : augmenter les ventes de poulets et de porcs afin de
finir la
construction de sa modeste demeure et financer les études de sa
fille Karla.
"Nous pensons même ouvrir une boucherie, parce qu'il n'y en a
aucune dans
notre ville", ajoute-t-elle, sourire aux
lèvres.

