BRUXELLES, 16 oct. (IPS) – Les femmes venant des quatre coins du
monde se
rassembleront à New York le mardi dans une "Marche Mondiale"
pour
protester contre la pauvreté et la violence exercée contre les
femmes. Elles
entendent également faire pression sur les institutions nationales
et
internationales afin qu'elles accélèrent l'égalité entre les
sexes.
Une brochure distribuée samedi dernier par les participants d'une
marche
similaire, indique que la protestation du mardi sera "la grande
finale de
cette extraordinaire entreprise appelée la Marche Mondiale".
La plate-forme de cette marche mondiale présente 17 exigences. Ses
organisateurs et participants exigent des Nations Unies et de ses
Etats
membres des mesures concrètes pour éliminer la pauvreté, la
violence à
l'encontre les femmes et pour assurer l'égalité entre les sexes.
Ils veulent contraindre les gouvernements, les décideurs et
individus du
monde entier à instituer les changements nécessaires à
l'amélioratio n du
statut et de la qualité de vie des femmes.
Le mardi, le Secrétaire Général des Nations Unies, Kofi Annan,
recevra
également à New York une délégation de la marche, forte de 200
membres ; le
Président de la Banque Mondiale, James Wolfensohn et le Directeur
Exécut if
du Fonds Monétaire International Horst Köhler, recevront des
délégat ions à
Washington le lundi.
"Nous envisageons de présenter aux Nations Unies des millions de
signatures
pour appuyer les demandes mondiales de la marche", indique la
brochure.
La marche du samedi dans la capitale belge a drainé des dizaines
de milliers
de militantes des droits des femmes. La manifestation faisait
partie de "la
Marche Mondiale des Femmes", une entreprise internationale qui
associe
actuellement 5.000 groupes dans 157 pays et territoires à travers
le monde.
Gerd de Clerck, une coordonnatrice de l'action en Belgique, a
déclaré à IPS
que la police avait estimé à quelques 45.000 personnes le nombre
de
participants à la marche, à laquelle ont pris part 300 groupes
locaux,
"alors, si ce sont là des estimations officielles, peut-être que
près de
50.000 manifestants sont ici".
Les manifestants étaient venus des quatre coins de l'Europe et
d'ailleurs.
L'événement pacifique avait beaucoup plus l'air d'un festival,
avec des
stands de restauration offrant des mets traditionnels congolais,
indien et
indonésien, et de la musique jouée en direct pendant toute la
journée, et
des activités culturelles prévues dans des salles de concert de
Bruxelles
pour tard dans la nuit.
Le thème central de l'événement de samedi était "Partager la
richesse et
combattre la pauvreté – Contre la violence exercée sur les femmes
et pour le
respect de leur intégrité" et le long de 'Parka Cinquantenaire'
au centre
de Bruxelles, toute une multitude d'Organisations Non
Gouvernementales (ONG)
avaient installé des stands d'information, donnaient des
conférences,
représentaient des scènes politiques pour dénoncer la
chosification et
l'exploitation des femmes sur leur lieu de travail et dans la
société en
général, tandis que des orchestres jouaient sur le podium
principal.
Certains manifestants tricotaient une écharpe d'une longueur de
plus de cinq
kilomètres.
L'inspiration est venue des femmes révolutionnaires du 18ème
siècle, qui
tricotaient pendant qu'elles participaient à des sessions à
l'assemblé e
nationale.
"J'ai voulu me souvenir d'elles – non pas parce qu'elles sont des
victimes
ou des héros, mais parce qu'elles ont essayé d'exprimer leur
opinion sur la
vie politique. Et c'est tout aussi important pour les femmes
aujourd'hui que
celles d'hier", a indiqué à IPS, Lucresse Marna, la créatrice du
projet.
Hilde van den Hooff, une tricoteuse volontaire, a ajouté que
l'écharpe "est
un symbole de protestation, mais également un symbole du lien
entre toutes
les femmes des différents pays représentés. Une écharpe, bien sûr,
est
quelque chose de chaleureux et symbolise le soin aux enfants ;
mais vous
pouvez également étrangler quelqu'un avec une écharpe, ainsi, elle
a ces
deux connotations", a-t-elle déclaré en riant.
Un slogan de la manifestation était "2000 bonnes raisons pour
marcher" et
il y avait des centaines de différentes demandes avancées le
samedi. Les
femmes des Iles Moluques d'Indonésie (précédemment appelées les
Iles aux
Epices) ont demandé qu'on mette fin à la violence sectaire dans
leur pays et
les femmes kurdes ont demandé une patrie qui leur appartienne en
propre.
Les lesbiennes françaises exigeaient que les institutions
internationales
adoptent des lois anti-discriminatoires ; les femmes philippines
demandaient
qu'on mette fin au trafic des femmes, les institutions belges qui
s'occupent
des enfants demandaient des meilleures conditions de travail ; les
femmes
arabes immigrants demandaient l'accès aux services sociaux de
base.
Les discours étaient réduits au minimum. Suzanne Cautaert de
l'organisation
belge Refleks a dit à la foule: "Dans toutes nos grandes villes
(européennes), des trafiquants d'être humains détiennent
actuellement les
femmes qui viennent des pays pauvres, les forçant à se prostituer,
tandis
que dans plusieurs pays pauvres déchirés par des conflits armés,
les femmes
et les filles sont violées et gardées prisonnières ; lorsqu'elles
s'échappent et arrivent à l'Ouest, leur violence physique ou
sexuelle n'est
souvent pas un motif suffisant pour leur accorder l'asile
politique".
Elle a demandé que les autorités nationales et européennes
allouent des
fonds pour un "plan d'action réel" pour combattre la violence
exercée
contre les femmes. "La violence contre les femmes est un problème
social
qui requiert une solution politique", a indiqué Cautaert.
Une représentante de la Coalition Philippines pour l'Abolition de
la Dette,
Jean Enriquez, a parlé de l'impact de la mondialisation, qui, a-t-
elle
déclaré, a conduit à une plus grande féminisation de la pauvreté.
"Ensemble, nous devons stimuler les échanges et la coopération
entre les
femmes du Nord et celles du Sud, pour soutenir les femmes dans des
réseaux
de solidarité étroite, et agir en synergie pour nos intérêts
communs", a
déclaré Noell Mwavita Rugense de la République Démocratique du
Congo (Kinshasa).
"Nous devons combattre toutes les inégalités liées au genre dans
tous les
domaines de la vie", a-t-elle indiqué. Mais cela ne signifie pas
que les
femmes subissent le plus la violence et la pauvreté à travers le
monde entier.
Sophie Zafari, de la coordination française de la marche, a dit
qu'en
Europe, les femmes accomplissent des "tâches invisibles et sous-
estimée s,
telles que les travaux domestiques, l'éducation et les soins aux
enfants"
qui leur donnent moins d'indépendance financière que les hommes et
les
écartent de la vie publique.
"Nous exigeons un nouveau partage réel des activités sociales
indispensables et utiles et des ressources humaines. Cette Marche
Mondiale
des Femmes veut mettre à nu les mécanismes absurdes et injustes
qui
appauvrissent les femmes. Nos exigences constituent la réponse
urgente à
cette situation", a-t-elle déclaré.

