WASHINGTON, 25 sept. (IPS) – La Banque Mondiale et la société
civile ne se
battent pas seulement sur les programmes d'ajustement structurel
et les
grands projets de construction de barrages. Elles ne s'entendent
pas non
plus sur une initiative d'usage de l'Internet prise par la Banque
et qui
coûte 60 millions de dollars.
Les organisations non gouvernementales et les universitaires ont
des
inquiétudes sur un projet de la Banque Mondiale qui porte le nom
de "Global
Gateway" (Porte d'Entrée mondiale). Ce projet porte sur un site
web qui,
selon la Banque, " sera le premier point d'entrée Internet pour
l'information sur la pauvreté et le développement durable". Mais,
selon les
ONG, ce n'est rien de plus qu'un projet plein de lacunes et qui
n'implique
pas la participation de tout le monde.
La préoccupation des ONG, qui est contenue dans une lettre ouverte
au
Président de la Banque James Wolfensohn, sera publiée aux réunions
annuelles
de la Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International, qui se
tiennent à
Prague du 19 au 28 septembre.
La Banque indique que le projet prendra fin dans trois ans, et a
fait
l'objet de consultation avec les ONG, les gouvernements, le
secteur privé et
les agences bailleurs de fonds venant du monde entier. Les
utilisateurs
pourront accéder à l'information et aux ressources sur plus de 50
pays
participants.
Toutefois, les ONG impliquées dans l'initiative estiment que
plusieurs des
principaux problèmes qu'elles ont soulevés n'ont pas été pris en
compte.
Elles déclarent que la gestion du projet n'est pas suffisamment
indépendante, elle ne protège pas suffisamment les intérêts de la
société
civile et des options d'études alternatives du site web, pour
permettre la
participation et les rentrées de données provenant des communautés
marginalisées qui ont été rejetées.
Le mémorandum indique que plusieurs groupes importants travaillant
dans le
domaine ne connaissent toujours rien du site Internet, et que
plusieurs de
ceux qui le connaissent, ont posé des questions qui n'ont pas
encore trouvé
de réponse.
Parmi les signataires de la lettre, on peut citer le 'Projet de
Bretton
Woods', qui fait le suivi des politiques de la Banque Mondiale et
du FMI,
'Oneworld International', qui dirige un site web qui fait la
collecte du
matériel pour la justice dans le monde, et l'Institut du Tiers
Monde d'Uruguay.
"Le site, tout en étant basé sur de bonnes intentions destinées à
accroître
la coordination de l'activité Internet, est très ambitieux et ne
peut
réaliser tous ses objectifs", indique la lettre des ONG.
Dans sa proposition de projet, la Banque envisage un site web qui
apporte
l'assistance, par exemple, à un Maire dans une petite ville du
Mexique, qui
veut attirer des investisseurs internationaux dans sa communauté.
Il
pourrait utiliser le site web comme une plate-forme de publicité
et une
source d'information.
"Nous savons que nous n'avons pas touché tous ceux qui devraient
être
consultés sur la passerelle de connexion, mais nous avons fait de
notre
mieux pour atteindre autant de groupes que possible à travers le
monde, en
un temps relativement court", indique Michael Potashnik,
directeur du Site
International sur le Développement.
Il affirme que contrairement à ce qu'on peut croire, son équipe
n'a rejeté
aucune option d'études. "La principale méthodologie que nous
utilisons
depuis les deux derniers mois est celle de l'apprentissage par
l'action".
Il indique qu'ils développent un modèle préliminaire, qu'ils le
testent et
obtiennent une réaction.
Une partie des fonctions du site web serait de permettre aux ONG
d'atteindre
un public plus large, déclare Potashnik. Par exemple, lorsqu'une
ONG a
accumulé des stratégies pour le développement local et veut
partager cela
avec d'autres dans la communauté de développement, elle n'aurait
qu'à
envoyer l'information sur le site.
Evoquant une autre possibilité d'utilisation, il donne l'exemple
d'un
ministre de la Planification et du Développement dans un pays
comme la
Tanzanie, qui doit évaluer des projets alternatifs de pistes
rurales
financées par les bailleurs. Ce ministre pourrait recevoir,
partout dans le
monde entier, l'état de l'information artistique à travers la
passerelle de
connexion.
Potashnik affirme que la Banque demeure flexible dans son
approche, et
désire modifier le concept et le modèle du projet au fur et à
mesure qu'il
évolue.
Mais certaines sections de la communauté de développement
craignent que le
grand projet de la Banque ne fasse disparaître leurs propres
initiatives
indépendantes d'Internet. Certaines de ces initiatives sont
insuffisamment
financées et reçoivent moins de ressources. Pourtant, elles
servent les
besoins des communautés rurales dans les parties les plus
marginalisées de
la planète.
Certaines ONG prétendent aussi que la Banque n'est pas réellement
intéressée
par leur contribution, mais souhaite qu'on la voit travailler avec
la
société civile, pour éviter les protestations croissantes contre
ses
politiques et le fait qu'elle manque apparemment de rendre compte
aux
populations. La Banque Mondiale n'a besoin que de l'approbation et
de la
légitimation des ONG, accusent-elles.
Selon les prévisions, 20.000 manifestants descendront dans les
rues de
Prague pendant les réunions annuelles, pour protester contre les
politiques
de la Banque Mondiale et du FMI, qui, disent-ils, sont à l'origine
de
l'extension de la pauvreté mondiale.
La lettre indique que le Conseil d'administration de la Banque
peut être mal
informé sur la nature et l'étendue de l'inquiétude de la société
civile sur
la Porte d'Entrée Mondiale.
Les points de vue exprimés dans le mémorandum n'émanent pas
seulement des
détracteurs de la Banque Mondiale ou des groupes basés en
Europe", indique
la lettre. "En effet, beaucoup d'ONG, d'universitaires, et
également de
fonctionnaires sont également sceptiques par rapport à
l'initiative".
Une institution indépendante a été mise en place pour diriger le
projet,
mais on se pose des questions sur la manière ou l'identité de la
personne
que la Banque va nommer pour diriger ce groupe de travail. On ne
sait
clairement pas également comment les gouvernements vont exercer
leur rôl e de
dirigeant dans la soi-disant Entrée Nationale.
Les entreprises privées pourraient également avoir une influence
disproportionnée en "achetant" les membres du Conseil
d'administration à
travers des souscriptions annuelles, indiquent les ONG.
Selon Lisa Castagnozzi d'Inter-Action, la Banque s'est approchée
d'un ou de
deux membres du groupe pour avoir leur contribution. Inter-Action
est une
coalition d'ONG américaines de plus de 165 organisations
travaillant dans
les domaines de l'aide d'urgence, du développement durable et de
l'assistance aux réfugiés dans plus de 100 pays.
Les agences membres d'Inter Action ont des budgets combinés qui
s'élèv ent à
plus de 3 milliards de dollars – une part importante de
l'assistance
volontaire et à but non lucratif des Etats Unis aux pays en
développemen t.
Des inquiétudes ont été également soulevées par rapport à
l'indépendance
éditoriale, du fait que le projet est principalement financé par
la Banque.
Les agences pensent que l'étude actuelle donne trop de pouvoirs
aux
réalisateurs individuels et a rejeté l'utilisation du dernier
logiciel
"spidering" qui permettrait à des groupes à travers le monde
d'envoyer et
de grouper l'information selon leurs besoins.
Pour Warren Feek, directeur de l'Organisation Non Gouvernementale,
Initiatives En Communications, les ONG ne devraient pas se
focaliser sur
l'ordre du jour de la Banque mais plutôt sur le renforcement de
plusieurs de
leurs propres projets excellents qui sont déjà sur Internet.
"Ce qui choque, c'est que la Banque fera ce qu'elle veut faire",
a-t-il
écrit dans une récente contribution sur un débat en directe sur la
question.
"Cela continuera, que la Banque développe sa Passerelle de
Connexion ou non.
"En ce qui concerne l'action et l'investissement du temps, je
suis plus
intéressé par les discussions sur les moyens d'action que nous
pouvons
élaborer ensemble, à partir de nos perspectives et cultures, pour
maximiser
l'utilisation des nouvelles technologies dans l'appui au
développement
international", écrit-il.

