NAIROBI, 26 sept. (IPS) – Le conflit burundais a occupé les
devants de la
scène au cours de ces dernières semaines, propulsant ce pays de la
région
des Grands Lacs au premier plan des préoccupations des dirigeants
dans la
région.
Leurs efforts pour mettre fin à la guerre qui dure depuis sept ans
ont porté
des fruits, sous la forme de la signature récente d'un accord de
paix
négocié par la plupart des belligérants burundais, mais un accord
de
cessez-le-feu final pourrait prendre encore beaucoup de temps
avant d'être
effectif.
Le conflit a occupé une place importante le 28 août dernier,
lorsque le
Président américain Bill Clinton, au cours de son périple
africain, de
concert avec les chefs d'Etat de la région, a été témoin de la
signature
d'un accord de paix à Arusha, une ville au Nord de la Tanzanie.
Cette semaine, les chefs d'Etat de la région se sont rendus dans
la capitale
kenyane pour commencer une nouvelle série de négociations de
cessez-le-feu
entre les différents belligérants de ce pays secoué par un
conflit.
Les cinq chefs d'Etat ci-après: Daniel arap Moi du Kenya, Benjamin
Mkapa de
la Tanzanie, Paul Kagame du Rwanda et l'ancien Président sud
africain Nelson
Mandela, ont assisté à la signature du document d'Arusha par les
trois
groupes tutsi restants.
L'accord prévoit une période transitoire de 30 mois au cours de
laquelle un
gouvernement, avec une représentation équitable des tribus
burundaises,
serait mis en place. Toutefois, l'accord est loin de garantir un
cessez-le-feu, parce que les deux principaux groupes rebelles
armés, le FNL
et le CNDD-FDD, n'ont pas jusqu'à présent été impliqués dans les
pourparlers
de paix.
Le Président burundais, Pierre Buyoya a, tout au long des
pourparlers, fait
pression sur le principal négociateur de paix, Mandela, pour qu'il
pèse de
tout son poids dans les pourparlers jusqu'à ce que les factions
Hutu
acceptent de déposer leurs armes et de prendre part aux
pourparlers de paix.
Au cours de ces dernières semaines, on a assisté à la
recrudescence de la
violence dans ce petit pays d'Afrique Centrale, avec le
gouvernement et les
forces qui s'accusent mutuellement de lancer de grandes
offensives, les uns
contre les autres, en prélude aux discussions de cessez-le-feu.
Les rebelles ont même accusé le Gouvernement de Buyoya de lancer
des
campagnes militaires dans le but de gagner du terrain avant que
les
véritables négociations de cessez-le-feu ne commencent.
Certains Burundais ont même douté de l'accord d'Arusha, le
qualifiant de
simple "façade " par le Gouvernement et l'opposition, et qui est
destin é à
prolonger le conflit.
"Cela n'ira nulle part, les gens qui sont impliqués dans les
pourparlers
reçoivent beaucoup d'argent, rien qu'en participant aux
réunions", indique
Agnes Mukamusoni, une Burundaise vivant à Nairobi.
"Le problème n'est plus un problème Tutsi – Hutu. Il y a des gens
des deux
côtés qui gagnent beaucoup d'argent rien qu'en prenant part aux
pourparlers
et ils veulent que les discussions perdurent", a-t-elle déclaré à
IPS.
Au sommet de Nairobi, les chefs des rebelles ont présenté leurs
exigences,
qui indiquent qu'ils n'accepteront pas d'entrer dans les
négociations de
cessez-le-feu tant que tous les prisonniers politiques ne seront
pas libérés.
Le mouvement rebelle a également conditionné un futur cessez-le-
feu au
partage du pouvoir et au démantèlement des camps de regroupements
installés
autour de la capitale Bujumbura par le gouvernement l'année
dernière pour
réduire l'activité des rebelles.
"Il n'y a eu aucun contact et il n'y en aura aucun", a déclaré
le chef du
FNL, Cosan Kabura, la semaine dernière dans la capitale kenyane.
Irrité par le manque de coopération des rebelles armés, le
Président
Ougandais, Yoweri Museveni, qui joue également le rôle de
président de
l'initiative régionale dans le processus de paix au Burundi, dit
que la
région pourrait recourir à des sanctions, semblables à celles
utilisées
contre le gouvernement pour le contraindre à prendre part aux
pourparlers de
paix.
Toutefois, les neuf pays de la région ont levé les sanctions
contre le
gouvernement de Buyoya en 1999. "Ce sont les rebelles qui ne
coopèrent pas
maintenant", a indiqué la semaine dernière Museveni aux
journalistes à Nairobi.
"J'aimerais croire que le Gouvernement utilisera les mêmes moyens
contre
les rebelles comme nous l'avons fait pour le Gouvernement".
Buyoya lui-même a signé l'accord d'Arusha, malgré l'opposition des
principaux groupes tutsi, qui croient que l'idéal démocratique
standard du
pouvoir de la majorité ne peut pas fonctionner au Burundi, un pays
où les
Hutus constituent 85 pour cent de la population nationale et où
les modèles
du scrutin prend des allures ethniques.
Ils préfèrent plutôt une structure de partage de pouvoir sur une
base 50-50,
ce qu'ont rejeté les groupes de factions Hutu. "Nous n'avons pas
85 pour
cent de Hutus instruits, soutient Mukamusoni.
Les Tutsi n'apprécient pas non plus le changement du statut quo
dans
l'armée, qu'ils dominent et voient comme leur principale
protection contre
la répétition du génocide de 1993.
Ceci explique pourquoi seule une poignée de groupes tutsi a
initialement
signé l'accord de partage de pouvoir à Arusha, quoi qu'avec des
réserves,
après avoir été beaucoup sermonné par Mandela, qui a qualifié leur
position
d'inquiétante.
Les trois derniers partis tutsi ont apposé leur signature au bas
du document
la semaine dernière à Nairobi, achevant ainsi la première phase du
processus
de paix et selon Mandela, ont ouvert la voie à des phases
ultérieures.
Les trois partis, qui ont signé le traité sont le RADDES, dirigé
par Joseph
Nzeyimana, le parti de l'ANADDE dirigé par Nsababaganwa et le PIT
de
Nicephore Ndimurokundo.
L'animosité tribale au Burundi remonte à l'histoire coloniale du
pays,
lorsque les colonisateurs belges avaient favorisé les Tutsi au
détriment des
Hutus qui constituent la majorité de la population.
Ceci a conduit à une série de soulèvements politiques dans le pays
bien
après l'indépendance.
Buyoya s'est emparé du pouvoir après une série de massacres suite
à
l'assassinat du premier Président Hutu élu Melchior Ndadaye, par
les
officiers Tutsi de l'armée.
La guerre qui a fait jusqu'ici plus de 200.000 victimes depuis
1993,
continue malgré la signature de l'accord de paix par tous les
partis.
La sécurité dans la capitale Bujumbura s'est détériorée, et a
poussé le
Gouvernement à déplacer les populations autour de la capitale dans
des
"camps de regroupement" pour réduire l'activité des groupes
rebelles.
Selon certaines sources, la résidence de Buyoya à Bujumbura est
gardée par
900 soldats au moins.
La situation politique et ethnique complexe dans les deux pays a
amené des
Chefs d'Etat régionaux frustrés à suggérer qu'une solution finale
au
problème ethnique serait de mettre tous les Tutsis dans un pays et
les Hutus
dans un autre.

