SANTE-EUROPE: L'Union Européenne prend des initiatives contre les maladies qui déciment les pays pauvres

BRUXELLES, 22 sept. (IPS) – La Commission Européenne lance
actuellement une
série de propositions pour accélérer la lutte contre les maladies
qui
déciment l'Afrique – le VIH/SIDA, le paludisme, et la tuberculose –
qui
tuent 5 millions de personnes par an.

La Commission, l'organe exécutif de l'Union Européenne (UE), a
adopté
mercredi dernier une communication intitulée "Action Accélérée
Visant les
Principales Maladies Contagieuses Dans le Cadre de la Réduction de
la
Pauvreté", comme partie intégrante de la nouvelle stratégie de
politique de
développement de l'UE.
Presque tous les 5 millions de morts causées annuellement par le
VIH/SIDA,
le paludisme et la tuberculose, ont lieu en Afrique au Sud du
Sahara.
Trente-quatre millions de personnes sont actuellement infectées
par le virus
de l'immunodéficience humaine qui cause le SIDA. En conséquence,
le nombre
de morts va augmenter considérablement.
Selon certaines estimations, 30 millions de personnes mourront
chaque anné e
du SIDA d'ici l'an 2010. La maladie a déjà fait 13,2 millions
d'orphelins.
Des milliers de travailleurs qualifiés meurent actuellement dans
les pays
les plus touchés d'Afrique.
L'impact du VIH/SIDA en termes de développement macro-économique
est clair,
et des études montrent que le Produit National Brut peut chuter de
près de
40 pour cent à cause du VIH/SIDA, dans certains pays africains
très touchés.
Le Produit Intérieur Brut du Kenya est déjà de 10 pour cent
inférieu r à ce
qu'il aurait dû être sans le SIDA, et continue de baisser de 1
pour cent par an.
"En avril dernier, la Commission a adopté une nouvelle Politique
de
Développement pour l'Union Européenne avec deux principaux
objectifs – la
réduction de la pauvreté et une plus grande cohérence et synergie
entre le
développement et les autres politiques de l'UE", a expliqué Poul
Nielsen,
Commissaire au développement et à l'aide humanitaire de l'UE.
"Cette Communication est un élément important de cette nouvelle
approche
pour le travail que nous faisons pour appuyer le développement",
a indiqué
Nielsen.
"Tout en continuant notre soutien aux systèmes nationaux de
santé, la
Commission cherchera à améliorer l'impact des stratégies et
technologies
existantes pour protéger les pauvres de l'infection causée par ces
maladies,
et améliorer l'accessibilité au diagnostic et aux soins pour les
personnes
malades", a déclaré le Commissaire au développement.
Il ajoute que la Commission cherche également à accroître les
investissements dans la recherche afin de trouver des solutions à
long terme
aux maladies, telles que les vaccins pour prévenir le paludisme et
le SIDA.
Le document de la Commission conclut que l'UE devrait jouer un
rôle
important en prenant des initiatives supplémentaires et novatrices
pour
répondre à l'urgence de la situation. La Commission indique
qu'elle a
développé une série de programmes et de politiques qui peuvent et
devraient
être utilisés pour appuyer une réponse accélérée dans la lutte
contre ces
maladies.
La Communication adoptée le mercredi suggère "trois domaines
centraux pour
une action accélérée et accrue ".
Selon la Communication, atteindre l'impact optimal des
interventions
existantes, des services et des produits visant les principales
maladies
contagieuses qui affectent les populations les plus pauvres, est
une
importante partie de la stratégie.
Ce qui est plus affligeant en ce qui concerne ces grandes
maladies
mortelles, indique la Communication, c'est qu'on peut souvent les
prévenir/et ou traiter facilement en utilisant des interventions
existantes
peu coûteuses et efficaces. Une telle aide ne parvient souvent pas
aux
populations les plus vulnérables, en particulier dans les pays en
développement qui luttent pour apporter les soins de santé
essentiels avec
moins de cinq dollars de revenu par tête d'habitant par an.
Un autre domaine central de l'action accélérée de l'UE, est de
fournir les
principaux produits pharmaceutiques à des prix abordables à
travers une
vaste approche globale et synergique.
Les pays en développement rencontrent plusieurs obstacles pour
l'acquisition
des médicaments à des prix abordables, y compris les politiques de
prix
nationaux et internationaux, les tarifs et la fiscalité, ainsi que
l'introduction des accords de droits de propriété intellectuelle,
indique la
Communication.
Parmi les systèmes alternatifs destinés à améliorer l'accès aux
médicaments,
figurent la pratique des prix différentiels, les accords de
licences
volontaires, le commerce parallèle, le transfert de technologie,
et
l'accroissement de la capacité locale dans la production,
l'utilisation des
médicaments sous nom générique et des médicaments d'officine et
une revue
des options de taxation et de tarifs au niveau national.
La Communication aborde également le besoin d'accroître
l'investissement
dans la recherche et le développement de produits internationaux
visant
trois grandes maladies contagieuses. Ce sont seulement ces pays
qui peuvent
acheter les médicaments qui déterminent les priorités de recherche
et de
développement dans l'industrie pharmaceutique. En conséquence, 10
pour cent
des efforts de recherche sur la santé dans le monde visent les
maladies qui
constituent 90 pour cent du poids mondial de la maladie, affirme-t-
il.
Les intéressements sont également nécessaires pour encourager
l'industrie
pharmaceutique européenne à investir dans les maladies qui
touchent les pays
en voie de développement, et les capacités de recherche des pays
en
développement doivent être renforcées.
Une table ronde internationale se tiendra le 28 septembre à
Bruxelles sous
les auspices de la Présidence Française du Conseil des Ministres
de l'Union
Européenne dans une tentative de concevoir une approche coordonnée
pour
s'attaquer à ce problème de manière efficace.
La Table Ronde est sponsorisée conjointement par l'Organisation
Mondiale de
la Santé (OMS) et le programme commun des Nations Unies sur le
VIH/SIDA.
Environ 130 personnes seront présentes, y compris les
représentants des
gouvernements des pays en développement, d'autres organisations
internationales telles que l'Organisation Mondiale du Commerce,
les
organisations de la société civile, les agences de recherche, et
le secteur
privé.
Après cet effort de consultation, la Commission élaborera un
avant-projet de
programme d'action.
Le point fort de la Commission, selon Andrew Castles de l'OMS, est
qu'elle
associe des mesures d'amélioration de l'accès aux médicaments à la
recherche
internationale, au développement et à l'accessibilité.
"La Commission est la première agence donatrice qui fait une
telle
proposition, qui prend en compte plusieurs éléments. Ils ont
reconnu la
nécessité d'accélérer et d'approfondir les travaux de recherche
sur la
tuberculose, le paludisme, et le SIDA si l'on veut que tout effet
soit
ressenti. Nous encouragerions d'autres bailleurs de fonds à
examiner les
moyens d'aborder ce problème, et de travailler ensemble", a-t-il
indiqu é.
Castles a déclaré que l'OMS est vivement intéressée à encourager
les
bailleurs de fonds à examiner diverses manières de rendre
accessibles les
soins de santé pour les populations. Dans le passé, il y a eu une
tendance à
se focaliser sur le secteur public, mais il y a d'autres méthodes
importantes telles que la sous-traitance et l'octroi du permis à
des tiers
(c'est-à-dire confier les soins de santé au secteur privé).
L'organisation caritative internationale Médecins Sans Frontières
(MSF) fait
campagne pour l'accès aux médicaments essentiels depuis l'année
dernière.
Seco Gérard, l'agent de liaison de l'UE, a expliqué que MSF ne
veut pas que
les médicaments soient traités simplement comme d'autres articles.
Il y a trois grands volets dans cette campagne. Primo, les
médicaments qui
ne sont plus produits parce qu'ils ne sont pas rentables devraient
revenir
sur le marché.
Secundo, davantage de recherche et de développement sont
nécessaires pour de
nouveaux médicaments, qui répondent aux besoins des plus pauvres
et des plus
vulnérables. "Il y a des maladies oubliées autres que les trois
maladies
mortelles, telle que la maladie du sommeil, pour lesquelles nous
avons
besoin de médicaments d'urgence.
Tertio, nous avons besoin de mettre en place une politique
différentielle de
prix pour permettre aux médicaments anti-SIDA, qui coûtent cher,
d'êtr e
distribués dans les pays en développement.
Le Dr Peter Piot, Directeur Exécutif du Programme Conjoint des
Nations Unies
sur le VIH/SIDA (ONUSIDA) a déclaré le 4 septembre que le SIDA est
l'une des
questions clés qui influencent le monde aujourd'hui, et devrait
occuper une
place aussi importante que la mondialisation, la paix et
l'environnement,
sur la liste des préoccupations de l'humanité.
Le Dr Piot parlait à l'occasion d'un symposium organisé à Londres
par
l'Institut Royal des Affaires Internationales. "Le SIDA n'est
plus
simplement une question de santé publique : il transcende les
agences, les
disciplines, et les frontières nationales", a-t-il déclaré.
"Il n'y a aucune couche de la société dans les zones les plus
durement
frappées qui ne soit d'une certaine manière touchée par l'épidémie
.. Nous
parlons non seulement de la santé, mais également de l'éducation,
de
l'agriculture, de l'économie. Le SIDA menace d'annihiler des
décennies de
développement réalisé dans des conditions ardues. Il est en fait
devenu une
crise de développement sous toutes les coutures".