WASHINGTON, 11 sept. (IPS) – A quelques jours des réunions
annuelles de la
Banque Mondiale et du Fonds Monétaire International, le président
de la
Banque James Wolfensohn a lancé une attaque virulente contre les
groupes non
gouvernementaux résolument opposés à la mondialisation et ceux qui
s'opposent avec persistance aux programmes de son organisation.
Prenant la parole à Washington en prélude aux réunions annuelles
de la
Banque Mondiale et du FMI qui se tiendront du 19 au 28 septembre,
dans la
République Tchèque, Wolfensohn a déclaré que même s'il ne s'attend
pas à
l'approbation des ONG tout le temps, il espère une certaine forme
de
reconnaissance pour le travail positif que la Banque fait
actuellement, en
ce qui concerne la réduction de la pauvreté.
Il a indiqué qu'alors que "tous les chefs d'Etat africains ont
soutenu la
construction de l'oléoduc Tchad-Cameroun", les ONG occidentales y
étaie nt
résolument opposées.
Le projet de construction de l'oléoduc Tchad-Cameroun d'un coût de
3,5
milliards de dollars par un consortium de compagnies pétrolières
comprenant
Chevron et Exxon-Mobil, avec l'assistance de la Banque, est l'un
des projets
les plus controversés que la Banque ait approuvés cette année.
"Un millier d'Africains travaillent à la Banque Mondiale, et ils
ont
unanimement approuvé la construction de l'oléoduc. Et
personnellement, j'en
appuie fortement la construction".
"Il n'appartient pas aux gens de Berkeley d'en décider (se
référant aux ONG
occidentales). Il revient aux populations du Tchad d'en décider.
Et je pense
qu'il est important que nous ayons un bon équilibre entre la mafia
de
Berkeley et les Tchadiens, et en ce qui me concerne, je suis
beaucoup plus
intéressé par les Tchadiens".
Les groupes non gouvernementaux se sont opposés au projet pendant
plus de
dix ans, dénonçant les diverses lacunes enregistrées au cours des
évaluations d'impact environnemental, le mode de partage de
revenus avec les
communautés indigènes et la consultation inadéquate avec ceux qui
seront
affectés par la construction de l'oléoduc.
Wolfensohn affirme que le projet apportera des milliards de
dollars
d'investissements à ce pays d'Afrique centrale qui figure parmi
les plus
pauvres au monde.
Mais la Banque et le FMI ne sont pas très populaires ces jours-ci.
En avril, la tenue à Washington des réunions annuelles des
conseils
d'administration de ces deux institutions a été l'occasion pour
près de
6.000 manifestants de descendre dans la rue pour protester.
Pourtant, les
réunions de la Banque et du Fonds, qui se tiennent au printemps,
s'étaie nt
toujours déroulées dans le calme.
Ce mois, quelques 18.000 délégués de la Banque et du Fonds, y
compris des
responsables gouvernementaux, vont descendre sur la capitale
tchèque,
Prague, pour prendre part aux réunions annuelles des deux
institutions. On
s'attend également à l'arrivée dans cette belle ville d'Europe,
d'un nombre
tout aussi élevé de manifestants, qui vont tenter de perturber le
déroulement de la rencontre.
L'avalanche de critiques formulées contre le FMI et la Banque est
montée de
plusieurs crans cette année, et des appels sont même venus du
Congrès
américain pour limiter l'influence des deux institutions dans les
pays en
développement. D'autres détracteurs disent que dans bien des cas,
la Banque
et le Fonds n'ont pas pu réduire la pauvreté dans le monde.
Récemment, le Congrès américain a voté en faveur d'une loi qui
entrera en
vigueur en 2002. Cette loi va obliger la Banque Mondiale et le FMI
à arrêter
de demander que les pays déjà pauvres fassent payer leurs
populations pour
les soins de santé primaire et l'éducation primaire. Ceci a été
pendant
longtemps l'une des caractéristiques les plus controversées des
programmes
d'austérité proposés par le FMI et la Banque Mondiale.
Selon Njoki Njoki Njoroge Njehu, directeur de la Campagne "50
ans, c'est
assez", "Nous ne voulons pas élever une autre génération sur les
promesses
venant de la Banque Mondiale et du FMI, et leur faire croire que
le
sacrifice sur leur éducation et leur santé sera "une peine de
courte durée
pour un bénéfice à long terme".
Le Fonds des Nations Unies pour l'Enfance (UNICEF) rapporte qu'au
Malawi, la
suppression des modestes contributions scolaires et des frais
d'uniformes en
1994 a entraîné un accroissement de 50 pour cent des taux
d'inscription au
cours primaire. Ce taux est passé instantanément de 1,9 à 2,9
millions
d'écoliers du jour au lendemain. Les principaux bénéficiaires ont
ét é les
filles et depuis lors, le Malawi a pu maintenir un taux
d'inscription d'à
peu près 100 pour cent.
Convaincus que la Banque fait actuellement plus de mal que de bien
dans les
pays en développement, une coalition de mouvements civiques dont
'Alliance
pour la Justice Mondiale', 'Réseau d'Action pour la Forêt Humide',
'Réseau
du Nicaragua' et 'Réseau de Solidarité du Mexique', appellent les
citoyens
du monde à affronter les employeurs qui cassent les syndicats dans
leurs
communautés. Ils demandent également aux populations de protester
contre la
privatisation, d'organiser des forums sur l'annulation de la dette
et de
faire pression sur les investisseurs pour qu'ils cessent d'acheter
des
titres émis par la Banque Mondiale.
L'une des conditions pour prêter de l'argent aux pays pauvres, est
que la
Banque et le FMI demandent souvent que les gouvernements
privatisent les
entreprises d'Etat telles que les universités, les hôpitaux, l'eau
et les
sociétés de fourniture électrique.
"L'année dernière en Bolivie, un prêt de la Banque Mondiale a
encouragé le
Gouvernement à privatiser le système de distribution d'eau, ce qui
en a
triplé le coût, l'eau devenant du coup inaccessible pour beaucoup
de
familles", indique "l'Appel à l'Action", un groupe qui fait
pression pour
un soutien à l'action de masse lors de la rencontre de Prague le
26 septembre.
Les travailleurs, les étudiants, les groupes communautaires et
indigènes
font pression pour que la décision soit annulée.
Avant que les ONG et les responsables de la Banque ne s'opposent
dans les
rues de Prague, ils auront l'occasion d'échanger leurs points de
vue au
cours d'un dialogue prévu par le Président Tchèque Vaclav Havel.
Quelques
300 représentants d'ONG ont été invités à rencontrer les
responsables de la
Banque et du FMI à un sommet qui se tiendra avant les réunions
annuelles.
Mamphela Ramphele, un ancien militant de la lutte contre
l'apartheid qui
travaille depuis peu pour la Banque Mondiale, trouve paradoxal que
ceux qui
vont protester contre la mondialisation à Prague sont les mêmes
qui tirent
profit d'un monde devenu plus petit.
"C'est une ironie vraiment amusante, parce que c'est précisément
à cause de
la mondialisation que nous avons maintenant ce mouvement d'ONG qui
peut
discuter de problèmes en Russie, en Chine, au Tchad, en Afrique du
Sud,
partout, ce qui est une bonne chose. Et ce devrait être positif
que
d'utiliser également la mondialisation pour réduire la pauvreté.
Dans d'autres situations moins hostiles, la Banque indique qu'elle
a 64
représentants sur le terrain qui travaillent avec les ONG et
quelques 50
pour cent des projets de la Banque sont maintenant réalisés avec
la
participation des ONG.
Au-delà de ces accrochages, subsiste toutefois l'énorme défi
auquel sont
confrontés ceux qui travaillent pour le développement dans les
deux camps, à
savoir comment réduire une pauvreté de plus en plus croissante.
Dans 25 ans, la population de la planète augmentera de deux
milliards
d'habitants, et presque 97 pour cent de personnes vivront dans
les pays en
développement.
"J'aimerais que nous nous asseyions et que nous en discutions, et
que nous
ne nous injurions pas les uns les autres, parce que cela
n'apportera le
changement ni pour l'Afrique, ni pour l'Asie", indique
Wolfensohn.

