TRAVAIL-CONGO: Le Gouvernement se retrouve entre l'étau du FMI et des fonctionnaires

BRAZZAVILLE, 7 sept. (IPS) – Après une longue période d'isolement
due à la
guerre civile de 1998, le Congo a relancé le dialogue avec ses
bailleurs de
fonds internationaux. Mais déjà, les institutions financières
internationales préconisent des mesures drastiques dans la
Fonction publique
congolaise.

Des négociations sont en cours avec le Fonds Monétaire
International (FMI)et
la Banque mondiale qui ont récemment effectué une mission à
Brazzaville. La
mission comprenait également des représentants de la Banque
Africaine de
Développement (BAD), l'Agence française de développement(AFD) et
les agences
du système des Nations Unies.
Ces négociations devraient aboutir à la mise en place d'un nouveau
programme
post-conflit, qui permettra au Congo de bénéficier de nouveau des
concours
financiers.
Selon Mathias Dzon, ministre des Finances et du Budget, ce
programme de plus
de 400 milliards de F CFA s'inscrit dans le cadre du plan
intérimaire de
développement social 2000 et 2002. Il intervient après l'échec du
premier
programme qui n'avait pas été exécuté à terme pour cause de
guerre.
Lors de leur mission, les experts du FMI ont soumis au
Gouvernement un
projet de mémorandum qui contient une série de recommandations à
caractère
économique et social. Le mémorandum fait le tour d'horizon de la
situation
du Congo en traçant les grandes lignes des réformes économiques,
financières
et sociales.
"Nous avons décelé trois types de problèmes : la situation
humanitaire très
préoccupante, la dette et l'héritage très négatif du passé. La
dette
multilatérale est une entrave au développement", a déclaré
Salamon Samen,
chargé du Congo à la Banque Mondiale.
L'encours total de la dette congolaise est estimé à plus de 3000
milliards
de F CFA.
(Un dollar équivaut à 700 F. CFA)
Le volet social du mémorandum du FMI suscite des inquiétudes chez
les
travailleurs, étant donné que l'institution financière
internationale exige
la réduction des effectifs de la Fonction publique et la maîtrise
des
dépenses salariales.
La mission propose au Gouvernement le gel des salaires et des
recrutements
dans la Fonction publique. Les bailleurs de Fonds demandent
également la
réduction du nombre de fonctionnaires et la réforme de la Fonction
publique.
Celle-ci comptait jusqu'en 1995, quelque 70.000 agents civils et
militaires.
Un recensement est en cours pour déterminer le nombre réel des
fonctionnaires.
D'après les prévisions, la masse salariale devrait être réduite
progressivement de 106 à 104 milliards de 2000 à 2001, et à 102
milliards de
F CFA en 2002.
"On enregistre déjà de nouvelles baisses progressives de la masse
salariale
dans la fonction publique, évaluée en 2000 à 106 milliards de F
CFA", a
révélé Dzon. "Nous devons maintenir les mesures strictes de
gestion
salariale et provoquer la décrue au niveau des effectifs", a-t-il
ajout é.
Le gouvernement se propose, entre autres mesures destinées à
alléger la
masse salariale, d'encourager les départs à la retraite.
Paradoxalement, le
gouvernement a déposé au Conseil National de Transition, l'organe
législatif
du pays, un projet de loi portant l'âge de la retraite de 56 à 60
ans. Ce
projet de loi qui a connu un premier rejet, va être réexaminé
prochainement.
Les exigences des bailleurs de Fonds poussent les syndicats à
revendiquer la
revalorisation des salaires, qui ont été réduits en 1995 de 27,5
pour cent
pour l'ensemble des fonctionnaires civiles. Cette réduction de la
masse
salariale dans la fonction publique avait été recommandée par le
FMI.
A l'époque, le Gouvernement de l'ancien Président Pascal Lissouba
avait
opté pour la réduction du volume horaire hebdomadaire de travail,
la baisse
de moitié des indemnités et primes, la suspension des effets
financiers des
avancements et reclassements, et le renvoi des agents irréguliers.
Les
autorités n'avaient pas annoncé les bénéfices générés par les
sacrifices des
fonctionnaires civils. Les mesures prises ne frappaient pas les
militaires.
Le Gouvernement avait renvoyé de la Fonction publique près de
4.000 agents
dont le recrutement avait été jugé irrégulier.
Selon le ministre Dzon, 2.600 de ces agents seront réhabilités,
parce qu'ils
disposent de dossiers à la Fonction publique et sont répertoriés
au fichier
de la solde. Quant aux 1.400 restants, le ministre a dit qu'ils ne
sont pas
connus des services de la solde, bien que certains de ces agents
aient
déposé des dossiers en bonne et due forme à la Fonction publique.
Les syndicats n'exigent pas de nouvelles augmentations dans
l'immédiat, mais
ils souhaitent jouir des salaires d'avant 1995. Leurs
revendications se
fondent sur le fait que le Gouvernement vient de réhabiliter les
salaires
mensuels des magistrats à 1 million de F CFA, contre près de
400.000 CFA,
les années précédentes. L'Etat a également augmenté les indemnit
és de
fonction des responsables de la force publique et des entités
régionales et
municipales. Ces indemnités sont respectivement de 2 millions et 1
million
de F CFA.
Ampha Léopold, Secrétaire Général de la Fédération des
Travailleurs de
l'Enseignement du Congo (FENATREC), approuve ces relèvements des
salaires.
Mais il souhaite leur élargissement à tous les fonctionnaires.
Cela prouve,
souligne-t-il que "le pays a de l'argent, contrairement à ce que
l'on nous
fait croire".
Le Secrétaire Général ajoute : "Nous constatons que le
Gouvernement a
maintenant quelques moyens, puisqu'il a rétabli les salaires des
magistrats
et des officiers de l'armée. Nous attendons pour les autres
corps", a-t-il dit.
Pour Louis Gandou, président de la Confédération Syndicale des
Travailleurs
du Congo, de nouvelles augmentations de salaires ne sont pas
nécessaires.
Mais Gandou réclame la justice "pour que les civils retrouvent
leur
traitement d'avant 1995".
Le Gouvernement se trouve placé devant un dilemme : rétablir les
salaires
des autres fonctionnaires sous la pression des syndicats ou obéir
aux
exigences des bailleurs de Fonds. Mais les autorités ont pour le
moment une
alternative constituée par le recrutement des nouveaux agents des
secteurs
de l'éducation et de la santé. Le FMI a en effet consenti au
recrutement de
12.000 diplômés pour remédier aux déficits constatés dans ces deux
secteurs.
Léon Alfred Opimbat, ministre de la Santé et de l'Action
Humanitaire, estime
que le déficit dans les secteurs de l'éducation et de la santé est
très
important. Les effectifs sont tombés de 11.000 à 5.000 en une
quinzaine
d'années.
Les autres recommandations contenues dans le mémorandum du FMI
sont
relatives au contrôle et au suivi des dépenses et de la trésorerie
et à la
restructuration et la privatisation des banques. La
réhabilitation et la
réorganisation des services des douanes, des impôts, ainsi que la
mise en
place d'un système de vérification et de suivi de la production et
des
exportations de pétrole font également partie des exigences du
bailleur de
Fonds international.
Les bailleurs de fonds bilatéraux et multilatéraux attendent la
conclusion
du programme entre le Congo et le FMI pour reprendre l'aide
structurelle à
ce pays d'Afrique centrale qui a été déchiré par trois guerres
civiles
successives entre 1997 et 1999.