COTONOU, 6 sept. (IPS) – Les efforts du Gouvernement béninois
pour réduire
le taux de pollution atmosphérique à Cotonou, la plus grande ville
de ce
petit pays d'Afrique occidentale, semblent vains. L'air demeure
irrespirable
dans cette cité de plus d'un million d'habitants.
Le ciel de Cotonou est en permanence couvert d'un brouillard gris
causé par
la fumée produite par les véhicules et motocycles qui polluent
dangereusement l'atmosphère dans cette ville.
"Cotonou est de plus en plus polluée", affirme Damien Kodjo,
spécialis te
du contrôle de la qualité de l'environnement à l'Agence Béninoise
pour
l'Environnement (ABE).
Selon Kodjo, les motos sont de loin la principale source de cette
pollution,
suivies, à un moindre degré, des voitures. "C'est cette fumée
dégag ée par
les motos et les voitures qui flotte en permanence au-dessus de la
ville",
déclare-t-il.
Chabi Séké Morakpaï, chef du service Information, Education et
Communication
(IEC) au ministère de l'Environnement, partage l'opinion de Kodjo.
"Je
reconnais que la pollution reste très forte à Cotonou, malgré les
actions
menées jusqu'à ce jour pour la limiter. Les habitants de Cotonou
se
plaignent tous les jours de vivre dans une ville trop polluée",
affirme-t-il.
Cette situation s'explique, selon Morakpaï, par le fait que les
actions
menées jusqu'à ce jour par l'Etat béninois pour combattre le mal
sont encore
insuffisantes.
"Le ministère de l'Environnement se cherche encore dans ce
domaine… mais
la volonté affichée de l'actuel ministre de venir à bout de ce
phénomène est
un gage de succès pour nous", affirme Morakpaï.
Rufine do Régo, employée de banque, estime que "le Gouvernement
est
longtemps resté les bras croisés à regarder le phénomène se
développer".
Selon elle, au moment où les Béninois ont commencé à s'inquiéter
de la
pollution galopante à Cotonou, les dirigeants n'avaient pas pris
les mesures
adéquates pour lutter contre le mal. "Ils l'ont laissé se
développer
pendant de longues années, et ils n'ont réagi que lorsque le
phénomè ne a
atteint un niveau alarmant", accuse-t-elle.
La pollution a commencé à prendre de l'ampleur à Cotonou en 1990,
avec
l'ouverture du pays à l'économie libérale, après 14 ans passés
sous le
régime du marxisme-léninisme caractérisé par le dirigisme
économique.
La libéralisation de l'économie a contribué à développer, entre
autres, le
marché d'importation des véhicules d'occasion, venant notamment de
la
France, de la Belgique et de l'Allemagne. La plupart des véhicules
importés
sont ceux qui sont interdits de circulation dans les villes
européennes, en
raison de leur âge avancé.
Les premières mesures significatives prises par le Gouvernement
béninois
contre la pollution n'ont vu le jour qu'à partir de 1998, avec la
créati on
d'une police environnementale.
La police environnementale béninoise est le bras armé de la lutte
contre la
pollution. Elle procède à des contrôles de routine aux feux
tricolores,
sensibilise les usagers de la route sur les dangers que peuvent
causer les
moteurs mal entretenus, et procède une fois par mois à leur
réglage gratuit.
"Nous sommes pour le moment à la phase de sensibilisation dans
nos actions.
Nous donnons un temps d'adaptation aux usagers, pour qu'ils
perçoivent tous
notre message. Quand nous serons sûrs d'avoir fait suffisamment de
sensibilisation sur le mal que nous combattons, nous passerons
alors à la
phase répressive", explique Germain Sacramento, un contrôleur de
la police
environnementale de Cotonou.
Selon Thomas Adanhoussi, un agent de la police environnementale,
les
contrôles successifs ont révélé que seulement 35 pour cent environ
des
motocyclettes et véhicules circulant dans la ville de Cotonou,
émettent
moins de 2 pour cent de monoxyde de carbone, taux jugé acceptable
par les
autorités.
Les autres moteurs présentent des taux anormalement élevés de
monoxyde de
carbone, de monoxyde d'azote ou de dioxyde de carbone, qui sont
tous des gaz
à effets nocifs sur l'organisme humain.
Le Gouvernement envisage des mesures de répression consistant à
infliger des
amendes aux automobilistes et motocyclistes dont les moyens de
locomotion
émettent des taux élevés de monoxyde de carbone. Les amendes
varient entre
10.000 et 50.000 F CFA. Elles sont multipliées par deux en cas de
récidive.
(Un dollar équivaut à 700 F.CFA)
Dans leur tentative d'endiguer la pollution, les autorités
politiques ont
initié au début de cette année 2000 les "Journées mensuelles pour
un
environnement sain". Pendant ces journées, les agents de la
police
environnementale, munis de leurs analyseurs de gaz pollueurs,
invitent les
motocyclistes et automobilistes volontaires à faire mesurer le
taux de
monoxyde de carbone émis par leurs véhicules.
Le ministère de l'Environnement travaille avec un groupe de six
mécaniciens
professionnels, chargés de régler les moteurs défectueux. Le
ministè re
compte initier des séances de formation et de recyclage au profit
des
mécaniciens et garagistes de la ville, pour qu'ils soient tous
capables de
régler convenablement les moteurs et les rendre moins polluants.
Il compte également interdire, après octobre 2000, l'importation
au Bénin de
véhicules légers de plus de dix ans d'âge, et de camions vieux de
plus de
quinze ans.
Le Gouvernement est aussi à la recherche de fonds pour doter
chacune des
principales villes du pays de stations mobiles ou fixes de mesure
de la
qualité de l'air ambiant. Ces stations donneront à chaque instant
l'ét at de
la qualité de l'air ambiant. Chaque station coûterait environ 400
millions
de F CFA.
Une récente session du Conseil des Ministres a décidé d'encourager
le
transport en commun en exonérant de toutes taxes, l'importation de
bus à
l'état neuf. La stratégie du Gouvernement est de faciliter
l'installation
progressive de sociétés de transport en commun dans les villes du
Béni n,
afin de faire reculer le transport public par des taxis motos
privés,
considérés comme la principale source de pollution à Cotonou.
Les mesures prises par le Gouvernement ne rassurent pourtant pas
tous les
Béninois. Certains sont même sceptiques quant à leur efficacité.
Pour Eugène Codjo Kpadé, chef du département Information,
Education et
Communication à l'ABE, "le Gouvernement béninois est en train de
soigner
les effets de la pollution au lieu d'en soigner les causes. Il ne
suffit pas
de mesurer les émissions de gaz dans les rues et de sensibiliser
les taxis
motos, pour croire que la pollution disparaîtra d'elle-même".
Plusieurs analystes pensent qu'il sera très difficile de supprimer
les taxis
motos, en raison de leur rôle dans la société béninoise. Communéme
nt appelés
'zémidjan', les conducteurs de taxis motos sont pour la plupart
des jeunes
diplômés sans emploi. Ils ont une influence non négligeable dans
la
stabilité socio-politique de ce pays pauvre, qui enregistre
aujourd'hui
quelque 300.000 demandeurs d'emplois.
Les 55.000 conducteurs de taxis motos recensés à Cotonou sont
énormé ment
sollicités lors des campagnes électorales, et les différents
pouvoirs
politiques du pays s'efforcent de ménager leur susceptibilité. Une
révolte
de 'zémidjan' pourrait même déstabiliser un régime, selon la
croyance
populaire au Bénin.
Codjo Kpadé explique que les taxis motos qui polluent l'air ont
une histoire.
Ils sont apparus dans les villes du Bénin au cours des années
1980, au
moment où le pays traversait une crise aiguë de l'emploi, et où
toutes les
structures publiques de transport avaient fait faillite. Résoudre
donc le
problème de pollution à Cotonou, c'est trouver d'abord une
solution au
chômage des jeunes et faire revenir les sociétés de transport en
commun, dit-il.
La mesure consistant à interdire l'importation de véhicules d'un
certain âge
est jugée antisociale.
"L'importation de véhicules, même usagés, constitue la principale
activité
d'une grande partie des habitants de cette ville. Elle permet de
nourrir
plus de dix mille personnes qui trouvent leur pitance quotidienne
au Port.
Ce serait un suicide social que de vouloir y limiter quoi que se
soit",
commente Joseph Dohou, un transitaire.
Selon lui, "le Gouvernement ne peut pas interdire l'importation
des
véhicules d'un certain âge ni envisager la suppression, même à
terme, de
l'activité des taxis motos à Cotonou au nom de la lutte contre la
pollution,
parce que ces activités occupent une bonne frange de la population
désuvrée
de Cotonou. Leur suppression risque de créer d'autres problèmes…
".
Dohou estime que le Gouvernement doit différer d'au moins cinq
années
encore, l'application de ces deux mesures, le temps de trouver des
emplois
rémunérateurs à toutes les personnes qui ont fait du Port, leur
principale
source de revenus.
Quelques organisations non-gouvernementales comme le Programme
Régional
d'Assistance Technique à la Communication et à l'Information sur
la
Protection de l'Environnement (PACIPE), Bénin Nature, Ecolo Bénin
et
Bien-Etre Bénin, travaillent souvent avec le ministère de
l'Environnement
sur des projets de lutte contre la pollution.

