NATIONS UNIES: La protection des innocents requiert de 'solides' forces de maintien de la paix

NATIONS UNIES, 29 août (IPS) – Si les Nations Unies veulent éviter
les
tragédies du passé, les forces de maintien de paix doivent être
mieux
formées, mieux équipées, avec un plus grand appui du siège des
Nations Unies
et des Etats membres, et avoir des mandats "suffisamment
solides" pour
protéger les vies humaines.

Un nouveau rapport commandé par le Secrétaire Général de l'ONU,
Kofi Annan
sur les forces de maintien de la paix, indique que les Nations
Unies ont
souvent échoué, dans le passé, "dans leurs tentatives de relever
le défi,
et elles ne peuvent mieux faire aujourd'hui".
Le président du groupe de travail, Lakhdar Brahimi, a publié le
rapport la
semaine dernière. Il a déclaré à cette occasion: "Si nous devions
faire le
bilan des expériences amères que nous avons faites au cours de ces
dernières
années… nous dirions que lorsque les Nations Unies vont quelque
part…
elles n'envisagent que les meilleurs scénarios".
C'est "franchement scandaleux que cette organisation… ne puisse
pas
disposer des moyens requis pour accomplir la principale activité
des Nations
Unies, qui est le maintien de la paix et de la sécurité", a-t-il
déclaré.
"Nous étions réellement choqués lorsque nous avons regardé de trè
s près
comment le DPKO (Département des Opérations de Maintien de la
Paix) était
mal équipé", a indiqué Brahimi, un Sous-Secrétaire Général de
l'ONU et
ancien Ministre des Affaires Etrangères d'Algérie.
Brahimi a indiqué qu'il y a seulement 32 fonctionnaires au siège
des Nations
Unies pour superviser les 28.000 soldats actuellement sur le
terrain.
"C'est carrément insuffisant… C'est franchement pas possible,
c'est
totalement inacceptable et cela doit changer".
"Nous proposons une augmentation substantielle des ressources
allouées au
DPKO", a-t-il ajouté.
Annan a commandé le rapport après des études effectuées sur deux
des grandes
tragédies de ces dix dernières années – le massacre de milliers de
civils
dans les "enclaves de protection" de Srebrenica (Bosnie) en
1995, et le
génocide rwandais de 1994. Ces études rendent les Nations Unies
principalement responsables de la non assistance aux populations
civiles.
Selon le rapport, "Aucun échec n'a été plus dommageable à la
respectabilité
et à la crédibilité des forces de maintien de la paix des Nations
Unies dans
les années 90, que la réticence de l'organisation mondiale à faire
une
distinction entre la victime et l'agresseur".
En conséquence, les troupes de l'ONU et la police "qui sont
témoins de la
violence exercée contre les populations civiles, devraient être
autorisées à
y mettre fin, dans la mesure de leurs moyens, conformément aux
principes de
base des Nations Unies".
Le rapport exclut l'hypothèse d'une armée de métier de l'ONU, et
propose
plutôt des arrangements ponctuels améliorés qui pourraient inclure
plusieurs
"forces de la taille des brigades… afin de mieux répondre aux
besoins de
solides forces de maintien de la paix recommandées par le groupe
de
travail". L'objectif serait de déployer ces forces dans
l'intervalle de 30
jours après l'autorisation du Conseil de Sécurité.
Parallèlement à ces soldats en attente, le groupe de travail
recommande la
création des "listes de policiers civils, d'experts judiciaires
internationaux, d'experts en matière pénale et de spécialistes des
droits de
l'Homme disponibles à tout moment …. pour renforcer le pouvoir
des
institutions légales".
Le rapport indique que ses recommandations "entrent bien dans les
limites
de ce qui peut être raisonnablement exigé" des Etats membres.
"Aucune
somme d'argent ou de ressources ne peut se substituer aux
changements
substantiels et pressants qui doivent s'opérer dans la culture des
Nations
Unies".
Le rapport dit également que le Secrétaire Général "a besoin d'un
soutien
politique clair, fort et durable de la part des Etats membres.
"Ces Etats
doivent actuellement 2,4 milliards de dollars au budget onusien de
maintien
de la paix.
"Si toutes les recommandations sont suivies, je pense que vous
aurez un
système complètement différent de celui que vous avez maintenant
et vous
auriez plus de disponibilité des pays à prendre part à ces
missions", a
déclaré Brahimi.
En ce qui concerne l'action préventive, le rapport partage
l'analyse d'Annan
faite dans son rapport du millénaire, dans lequel il liait la
prévention des
conflits à l'allégement de la pauvreté. "Tout pas fait vers la
réduction de
la pauvreté et la réalisation d'une croissance économique élargie,
est un
pas vers la prévention des conflits", a-t-il écrit.
"La solution est claire, même si elle est difficile à atteindre
en
pratique: promouvoir les droits de l'Homme, protéger les droits
des
minorités et instituer des arrangements politiques dans lesquels
toutes ces
minorités sont représentées".
Lorsque des conflits sont motivés par "la cupidité, et non le
grief",
écrit Annan, la meilleure stratégie est "la dénonciation et
l'humiliation". Cette tactique a été utilisée pour dénoncer ceux
qui ont
violé les embargos sur les armes, ainsi que les gouvernements et
individus
qui se livrent au trafic des "diamants sales".
Brahimi n'a pas voulu dire combien coûteraient exactement les
propositions
contenues dans le rapport, si ce n'est qu'une estimation
approximative de
moins de 100 millions de dollars pour le personnel au siège (par
opposition
aux opérations sur le terrain). Cela désarmerait les Etats Unis,
qui
défendent la thèse de la 'croissance zéro' des budgets annuels des
Nations
Unies.
Mais, selon Brahimi, "nulle part au monde, il n'est possible de
maintenir
pour toujours une croissance zéro du budget". Tout en faisant
remarquer que
le monde dépense chaque année 800 milliards de dollars sur les
armements, il
pense qu'assurément, ils peuvent trouver de la petite monnaie pour
les
opérations de maintien de la paix.
"J'espère beaucoup que les Etats membres mettront leur argent là
où ils
auront leur mot à dire s'ils croient réellement en
l'organisation", a-t-il
ajouté.
Le groupe de travail était composé de 10 experts, y compris
d'anciens
dirigeants d'opérations onusiennes de maintien de la paix, de
civils et des
membres des services de la police.
Le rapport a été publié à temps pour être débattu au Sommet du
Millénaire
des Nations Unies, qui se tiendra du 6 au 8 septembre. Mais le
rapport est
paru à un moment d'incertitude dans les opérations de maintien de
la paix.
Après une réduction dans le nombre et la taille des missions de
maintien de
paix pendant plusieurs années, le nombre de casques bleus a triplé
au cours
de l'année dernière et est passé de 13.000 à 37.000 hommes, avec
une
augmentation correspondante du budget, qui est également passé de
1 milliard
à 2,2 milliards de dollars.
L'essentiel de ces nouvelles troupes est déployé dans deux pays :
la Sierra
Leone et le Timor Oriental.
Ces deux pays illustrent les difficultés auxquelles sont
confrontées les
opérations de maintien de la paix. En Sierra Leone, l'institution
mondiale
est sous pression depuis que la faction rebelle principale a
repris les
attaques contre les troupes gouvernementales, les Nations Unies et
les
populations civiles. Au début de ce mois, le Conseil a voté une
résolution
pour donner à la mission un mandat plus fort pour se défendre elle-
mêm e et
défendre les populations civiles, mais n'a pas encore autorisé une
augmentation de l'effectif des soldats.
Au Timor Oriental, l'ONU est engagée dans une autre forme
d'opération –
l'administration d'un territoire qui sera un jour un Etat
indépendant.
Cette mission a nécessité un dosage complexe d'administration de
nature
militaire, de tâches de police, d'administrateurs civils et
d'experts
judiciaires.
Le prochain défi sera la République Démocratique du Congo. Le
Conseil de
Sécurité a autorisé en février pour ce pays d'Afrique Centrale,
une force de
maintien de la paix, qui n'a pas encore été déployée. Les combats
entre les
diverses nations et factions qui utilisent le pays comme un champ
de
bataille, et le refus du Gouvernement de Laurent Kabila de
coopérer avec
l'ONU et les médiateurs internationaux, ont jusqu'ici réussi à
bloquer
toutes activités de maintien de paix.
Peu après l'exposé de Brahimi, le Conseil a adopté une résolution
autorisant
une "prorogation technique "du mandat de la mission jusqu'à
octobre afin
de donner plus de temps "pour de plus amples activités
diplomatiques en vue
d'appuyer l'accord de cessez-le-feu".