SANTE: Les moustiques voyagent à bord des avions

GENEVE, 24 août (IPS) – Le paludisme, une maladie transmise par le
moustique
qui affecte les peuples d'Afrique et d'autres régions en
développement, est
apparu également près des aéroports des pays industrialisés, car
les
insectes qui transmettent la maladie se sont frayés un chemin à
bord des
avions assurant des vols commerciaux.

Les différences entre le Nord et le Sud sont encore énormes, pour
ce qui
concerne les effets du paludisme. En 1999, un million de personnes
sont
mortes des suites de la maladie, et la plupart des victimes
étaient des
Africains. Pendant ce temps, les pays industrialisés du Nord ont
seulement
enregistré 87 morts au cours des 30 dernières années, des suites
de ce qui a
été surnommé "le paludisme d'aéroport".
Mais le problème a retenu l'attention des experts de
l'Organisation Mondiale
de la Santé (OMS), parce que ces agents contagieux – qui ne
connaissent pas
de frontières nationales – ont de plus en plus accès au territoire
européen.
Selon une étude conduite par Norman Gratz, ancien directeur de la
Division
de Biologie et du Contrôle des Vecteurs à l'OMS, il est
particulièreme nt
difficile de remonter aux origines des maladies comme le
paludisme, dont la
transmission se fait par des insectes.
Le problème prend de l'ampleur et atteint des dimensions mondiales
lorsque
les insectes peuvent voyager à bord des avions et survivre dans un
environnement nouveau. Les moustiques en sont un bon exemple,
particulièrement s'ils véhiculent des parasites du paludisme, le
virus de la
dengue ou la fièvre jaune.
D'autres insectes porteurs de vecteurs de maladies ont été
également trouvés
à bord des avions, y compris les mouches tsé-tsé (porteurs de
vecteurs de la
trypanosomiase ou la maladie du sommeil) et des mouches de sable
(leishmaniase).
De 1969 à 1999, 87 cas de paludisme ont été enregistrés dans 12
pays
industrialisés, affectant des gens qui vivaient près des
aéroports. Cinq de
ces cas se sont révélés mortels.
La France occupe la première place sur la liste avec 26 cas,
suivie de la
Belgique qui a enregistré 16 cas, et la Grande Bretagne, avec 14
cas.
L'étude a lié le phénomène au nombre relativement élevé de vols
entre les
principaux aérogares dans ces pays et les aéroports d'Afrique
centrale et
occidentale.
Les moustiques qui transmettent le paludisme peuvent entrer dans
la cabine
des passagers d'un avion avant qu'il ne décolle ou pendant les
escales, et
peuvent également survivre dans des soutes à bagages, même après
contrôle.
La manière dont le moustique voyage importe peu, et le paludisme
contract é
après transmission du vecteur tue plus souvent, en raison du
diagnostic
tardif. Les médecins des pays industrialisés n'ont pas toujours la
formation
requise pour reconnaître les symptômes de la maladie chez le
patient.
En plus du paludisme d'aéroport, d'autres cas de maladie
apparaissent dans
les pays du Nord, parce que les gens voyagent dans des régions où
les
moustiques sont présents. En 1999, 2.000 cas d'infection ont été
enregistrés
chez des Européens qui ont effectués des voyages à l'étranger.
Le coût de traitement des victimes du paludisme dans les pays
industrialisés
est en moyenne de 2.700 dollars par malade.
Cette somme dépasse de loin le coût de l'imprégnation périodique
d'un
insecticide résiduel dans les avions, tels que le permethrin, plus
la
pulvérisation d'un insecticide aérosol avant l'embarquement des
passagers ou
avant le décollage.
Mais la situation de l'Afrique pose de plus grands défis. La
région
sub-saharienne du continent nécessiterait approximativement un
milliard de
dollars par an pour faire face à cette maladie, qui y fait 900.000
morts
chaque année.
Cet investissement pourrait générer des bénéfices allant de 3 à 12
milliards
de dollars par an, parce que le contrôle de la maladie générerait
une
augmentation sensible du Produit Intérieur Brut combiné des pays
de la
région, indique le rapport de l'OMS.
L'étude de l'OMS indique également que le type de moustique qui
transmet le
paludisme, est arrivé pour la première fois au Brésil en 1930,
très
probablement à bord d'un bateau, et non à bord d'un avion.
A cette époque, l'épidémie qui s'était déclarée dans ce pays
d'Amérique du
Sud avait touché 300.000 personnes, et fait 16.000 morts.
L'éradication complète du vecteur a forcé le Brésil à lancer une
campagne
coûteuse, a indiqué l'OMS, qui a fortement recommandé aux
autorités
aéroportuaires à travers le monde de suivre ses instructions pour
la
désinfection.