POLITIQUE-ETATS UNIS: Former des forces de maintien de la paix, plutôt que des forces d'imposition de la paix

(IPS) – Commentaire de Rachel Stohl*

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WASHINGTON, 23 août (IPS) – L'Administration Clinton a annoncé
la semaine
dernière qu'elle envisage d'envoyer des soldats américains pour
former les
forces de maintien de paix en Afrique de l'Ouest.
Des centaines de soldats américains vont rejoindre ce mois les 40
autres
déjà sur place au Nigeria, "pour former et équiper les bataillons
ouest-africains qui seront ensuite dépêchés en Sierra Leone pour
appuyer les
troupes gouvernementales et les forces de maintien de la paix des
Nations
Unies, qui sont assaillies par les rebelles du RUF".
Selon le sous-secrétaire d'Etat américain Thomas Pickering,
"Notre objectif
est de permettre au gouvernement librement élu de contrôler
entièremen t le
territoire de la Sierra Leone et d'obtenir la démobilisation des
rebelles".
La Sierra Leone peut sans aucun doute profiter de la présence de
certaines
forces de maintien de paix disposant de grandes expériences. Le
pays éta it
plongé dans une guerre civile dévastatrice et brutale qui dure
depuis une
décennie.
L'année dernière, les Etats Unis ont aidé à négocier les Accords
de Paix de
Lomé, qui ont permis aux forces rebelles – le Front
Révolutionnaire Uni
(RUF)- d'entrer dans le Gouvernement sierra léonais. Plusieurs
voix se sont
élevées dans la communauté internationale pour critiquer les
accords qui
donnent également une amnistie au dirigeant du RUF, Foday Sankoh
et à ses
troupes – les mêmes troupes qui ont pris part à de graves
violations des
droits de l'Homme pendant le conflit, notamment en amputant les
bras et les
pieds de civils innocents.
La décision américaine de donner une formation militaire à ceux
qui
cherchent actuellement à ramener la paix en Sierra Leone, a été
prise à la
suite des critiques répétées du Congrès, des organisations des
droits de
l'Homme et autres organisations non gouvernementales, et une
discussion " à
huis clos" avec le Gouvernement britannique, qui a soutenu qu'il
est
actuellement "laissé seul en Sierra Leone".
Les Etats Unis avaient précédemment rejeté une requête onusienne
de
contribution aux forces de maintien de la paix prévue pour la
Sierra Leone
et, selon un article paru dans le New York Times, ils "ont essayé
de faire
payer des frais élevés pour l'utilisation des avions du Pentagone
pour le
transport en Sierra Leone de soldats originaires d'autres
nations".
La décision de déployer des troupes américaines pour former les
forces de
maintien de paix intervient au moment où le Président Clinton
projette de se
rendre en visite officielle au Nigeria vers la fin de ce mois. Les
articles
de presse ont cité les fonctionnaires de l'administration qui ont
déclar é
que "Clinton a besoin d'annoncer quelque chose de solide une fois
qu'il se
rendra au Nigeria, et que le président était disposé à apporter
son appui au
nouveau président civil du Nigeria, Olusegun Obasanjo, et essayer
également
de renverser la tendance en Sierra Leone".
En plus de l'Afrique de l'Ouest, les Forces Spéciales Américaines
assurent
également la formation en Colombie. Quelque 83 formateurs issus
des Forces
Spéciales y sont arrivés au début de ce mois pour commencer la
formation du
bataillon militaire de lutte contre la drogue. La formation fait
partie
d'une aide de 1,3 milliard de dollars (qui comprend également la
fourniture
d'équipements militaires tels que les hélicoptères Blackhawk)
récemment
approuvée par le Congrès dans le but est de soutenir la démocratie
et les
programmes de lutte contre la drogue en Colombie.
Ces missions de formation en Afrique et en Amérique Latine
soulèvent de plus
en plus d'inquiétudes au sein de plusieurs organisations de
défense des
droits de l'Homme. Les détracteurs s'inquiètent que de tels
déploiemen ts
pourraient violer l'amendement Leahy, qui demande aux Etats Unis
de "faire
tout effort raisonnable" pour s'assurer que les troupes recevant
une aide
et une formation militaire ne soient pas coupables de violations
des droits
de l'Homme.
Ces détracteurs font remarquer que les militaires en Afrique
occidentale et
en Colombie se sont rendues coupables de violations des droits de
l'Homme
dans le passé, et ils craignent que des mesures ne soient pas
prises pour
s'assurer que de telles violations ne se répètent.
Ces deux missions de formation ne sont guère uniques, puisque les
Etats
unis, le plus souvent, préfèrent agir seul plutôt que de
participer aux
initiatives multilatérales et internationales. Les Etats Unis
dépensent des
dizaines de millions de dollars chaque année pour former des
militaires
étrangers. Et bien sûr, le pays reste le premier exportateur
mondial
d'armes, qu'il fournit souvent aux deux parties en conflit
potentiel.
Mais l'exportation du savoir-faire américain ne peut se substituer
à la
construction de la paix et aux efforts de maintien de celle-ci.
Les Etats
Unis devraient également soutenir et financer des programmes qui
facilitent
la démobilisation des anciens combattants, leur réintégration dans
la
société, et la destruction de leurs armes. Au même moment, les
programmes
qui réhabilitent les infrastructures sociales, les systèmes légaux
et
judiciaires, ainsi que ceux qui accélèrent le développement et le
redressement économique ne doivent pas être négligés.
Les Etats Unis devraient respecter leurs obligations et honorer
leurs
contributions aux efforts de maintien de la paix internationale,
et payer
leurs cotisations annuelles et leurs dettes aux Nations Unies. La
formation
des soldats pour "faire imposer" la paix, sans la résolution des
problèmes
qui sont à la base des conflits, et sans la satisfaction des
besoins
spécifiques des pays concernés, ne produira pas de résultats
positifs palpables.
Les Etats Unis feraient bien de soutenir des programmes nationaux
qui
requièrent l'aide des citoyens sur le terrain, afin de faciliter
le
redressement économique et promouvoir des solutions alternatives à
la
violence et au conflit. Aussi longtemps que la contribution des
Etats-Unis
en matière de paix sera focalisée sur la fourniture d'armes et de
formation
militaire, une paix durable et un progrès réel resteront des
concepts
abstraits.