POLITIQUE: Annan est affligé par l'aggravation de la crise au Congo

NATIONS UNIES, 24 août (IPS) – Le Secrétaire Général de l'ONU,
Kofi Annan
dit qu'il est profondément affligé par l'aggravation de la crise
politique
en République Démocratique du Congo (RDC).

Dans une lettre adressée aux 15 membres du Conseil de Sécurité,
Annan a
indiqué qu'un "climat hostile" a empêché le déploiement de la
force de
maintien de paix proposée dans ce pays.
La situation en RDC, a-t-il poursuivi, a été caractérisée par
"des combats
généralisés et ininterrompus" dans plusieurs parties du pays, et
"de
graves restrictions" ont été imposées aux observateurs onusiens
par le
Gouvernement du Président Kabila ainsi qu'aux autres parties en
conflit.
En outre, a ajouté Annan, le Gouvernement a refusé de donner son
feu vert au
déploiement de la Mission onusienne en RDC(MONUC) qui a été
autorisé e par le
Conseil de Sécurité au début de cette année.
Annan a également indiqué "qu'une intense campagne de
diffamation"
orchestrée contre la MONUC et des membres du personnel de l'ONU, a
cré é
d'énormes risques pour leur sécurité.
Actuellement, il y a environ 228 observateurs et officiers de
liaison, tous
des militaires, qui sont déployés à l'intérieur et autour de la
RDC. Mais
l'élément clé dans l'effort de paix de l'ONU, notamment le
déploieme nt d'une
force de maintien de la paix, forte de 5.500 hommes, est au point
mort.
Le mois dernier, les Nations Unies ont annoncé qu'elles avaient
suspendu le
déploiement des troupes marocaines et tunisiennes qui font partie
des
premières unités arrivées en RDC. Le Sénégal et le Pakistan font
également
partie des autres pays pourvoyeurs de troupes volontaires pour la
MONUC.
La suspension et l'hostilité envers les Nations Unies ont conduit
aux
spéculations selon lesquelles Annan était sur le point de proposer
l'abandon
de l'opération de maintien de la paix en RDC avant même qu'elle ne
commence.
La décision de suspendre le déploiement des troupes a été prise
suite à
l'annonce faite par le Gouvernement de ne pas autoriser le
déploiement de
troupes armées de l'ONU à l'intérieur de Kinshasa, la capitale, ou
dans
toute autre ville congolaise sous contrôle gouvernemental.
Kabila a insisté sur le fait que les troupes de l'ONU ne devraient
être
déployées que dans les territoires occupés par les rebelles et non
dans les
zones contrôlées par les forces gouvernementales. Mais cela n'est
pas
acceptable pour les Nations Unies.
Puisque le mandat de la mission onusienne devrait en principe
prendre fin le
31 août, Annan a demandé au Conseil de Sécurité de considérer une
prorogation temporaire jusqu'au 30 septembre.
Un accord de paix signé à Lusaka en Zambie l'année dernière, a
regroupé
toutes les factions en conflit autour de la table de négociation.
Mais Annan a déclaré au Conseil de Sécurité que le processus de
paix de
Lusaka "passe actuellement par une phase turbulente, qui requiert
une
réévaluation importante, non seulement de la part de ses
signataires, mais
également des Nations Unies à En particulier, le rôle que la MONUC
peut
jouer dans de telles circonstances reste vague".
Une réunion au sommet des Chefs d'Etats africains s'est récemment
tenue à
Lusaka, pour discuter spécialement de la situation en RDC. Parmi
les
participants, il y avait les signataires de l'accord de paix de
Lusaka. Mais
des informations en provenance de la capitale zambienne indiquent
que les
discussions n'ont débouché sur aucun résultat positif.
"Nous sommes désolés s'il y a un échec dans les négociations,
mais nous
devons attendre pour voir ce qui va se passer", a déclaré le
porte-parole
de l'ONU, Manoel de Almeida e Silva.
Kabila est soutenu militairement par le Zimbabwe, l'Angola et la
Namibie,
tandis que les différentes factions rebelles reçoivent l'appui de
l'Ouganda
et du Rwanda. Mais l'Ouganda et le Rwanda se sont mis à se battre
entre eux,
créant ainsi une crise totalement nouvelle en RDC.
Pendant ce temps, Annan a annoncé la nomination d'un groupe de
travail
international de cinq membres pour traiter de l'exploitation
inégale des
ressources naturelles de la RDC.
Le Conseil de Sécurité a estimé que les ressources naturelles
telles que le
diamant, l'or et le pétrole sont utilisées pour financer les
conflits
militaires en Afrique au Sud du Sahara, particulièrement en Sierra
Leone et
en RDC.
Ces ressources sont exploitées illégalement et échangées contre
des
équipements militaires, la plupart du temps en violation des
sanctions
imposées par les Nations Unies à certains de ces pays.
Les membres de ce groupe de travail – Safiatou Ba-N'Daw de la Côte
d'Ivoire,
François Ekoko du Cameroun, Moustapha Tall du Sénégal, Henri Maire
de Suisse
et Mel Holt des Etats Unis – doivent soumettre leurs conclusions
au Conseil
de Sécurité dans les trois prochains mois.