HAITI: Rivalités politiques et crise économique déstabilisent le pays

PORT-AU-PRINCE, 24 août (IPS) – Les médias haïtiens expriment une
inquiétude
grandissante sur les dimensions alarmantes que prennent les
querelles
politiciennes et la crise économique dans ce pays des Caraïbes.

Haïti, qui est entré dans une phase de transition démocratique
depuis
février 1986, traverse actuellement une situation critique. Trois
mois après
la contestation par l'opposition et la communauté internationale
des
résultats des élections législatives, municipales et locales du 21
mai
dernier, la crise politique s'est accentuée et s'est doublée d'une
situation
économique catastrophique.
L'opposition politique de droite comme de gauche s'attache à ses
revendications en faveur de l'annulation des élections et la
démission du
Président Réné Préval. Pendant ce temps, le Gouvernement continue
sur sa
lancée en proclamant les résultats officiels de ces élections, et
en
procédant graduellement à l'investiture des élus.
La communauté internationale, quant à elle, tient toujours à ce
que les
autorités remettent en question une méthode de calcul controversée
qui avait
permis d'élire, dès le premier tour, 18 sénateurs sur 19 sortis
des rangs du
Parti de l'ancien président Jean Bertrand Aristide. La mission
d'observation
électorale de l'Organisation des Etats américains (OEA) avait fait
remarquer
qu'au moins 7 des sénateurs élus étaient en ballottage, et par
conséquent,
pouvaient aller à un second tour.
La situation politique embrouillée d'Haïti se double d'un climat
économique
morose.
Le pays vit aujourd'hui un 'embargo virtuel'. L'aide
internationale, qui
constituait plus de 60 pour cent de son budget, est réduite à sa
plus simple
expression. Malgré les fortes ponctions fiscales exercées sur les
contribuables, le Gouvernement n'arrive pas à honorer ses
engagements
vis-à-vis de ses fonctionnaires. Il doit, depuis près d'une année,
des
centaines de milliers de dollars à des d'entreprises de presse
engagées dans
une campagne d'information contre une grève déclenchée par des
organisations
d'enseignants.
Le déficit budgétaire s'est aggravé en partie à cause de la
subvention
accordée aux produits pétroliers. Malgré la hausse des prix sur le
marché
international, le gallon de gazoline sans plomb par exemple se
vendait entre
juillet et août à 1,60 dollar. Ce prix est plus bas que celui
pratiqué aux
Etats-Unis, un pays producteur de pétrole.
La semaine dernière, Préval a annoncé l'augmentation prochaine des
prix du
carburant. L'annonce de cette mesure non encore prise
officiellement, a dé jà
eu des conséquences, avec une augmentation des prix de la plupart
des
produits de base. Cette augmentation oscille entre 16 et 50 pour
cent. Le
Gouvernement hésite encore, car derrière cette hausse pourrait
surgir le
mécontentement de plusieurs secteurs, en particulier les
transporteurs publics.
Le chômage s'est aggravé avec la fermeture de certaines
institutions non
gouvernementales et de plusieurs entreprises. De nombreux
professionnels qui
ont perdu leur emploi ou d'autres personnes incapables de faire
vivre leur
famille ou de mener à bien leurs activités, commencent à quitter
le pays en
petits nombres.
"Chaque semaine, je reçois chez moi plusieurs professionnels
haïtiens venus
tester le terrain. Ils viennent voir comment émigrer aux Etats-
Unis", a
déclaré à IPS Yves Renaud, un médecin haïtien travaillant en
Floride.
Le courant électrique est rationné dans le pays. Certains
quartiers de la
capitale, Port-au-Prince, ne reçoivent que 4 heures d'électricité
par jour,
tandis que d'autres villes du pays sont plongées dans l'obscurité
depuis
plus de deux semaines.
Pour répondre à des rumeurs sur de possibles sanctions contre le
pays, le
Président Préval a demandé, il y a deux semaines, à la
population de se
ceindre la taille. Et comme pour donner une réponse au Président,
le dicton
qui court les rues à Port-au-Prince est : "Nous n'avons plus de
ceinture et
pas d'argent pour acheter la corde".
C'est dans cette situation que le Président René Préval a
renouvelé le
mandat d'un Conseil Electoral Provisoire décrié par l'opinion
publique, pour
l'organisation des élections présidentielles dont la date a été
fixée
officiellement au 26 novembre prochain.
Le Premier Ministre Jacques Edouard Alexis a donné, lundi 21 août,
l'assurance que le nouveau Président sera investi le 7 février
2001. Il a
demandé aux intellectuels de faire une introspection et de voir en
face la
situation actuelle du pays. Alexis se dit conscient de la
difficile
situation économique d'Haïti. Il espère que la ratification des
accords par
le nouveau parlement qui doit entrer en fonction le 28 août
prochain,
pourrait faciliter le déblocage des 450 millions de dollars d'aide
internationale.
Mais le Premier Ministre n'a pas fait preuve d'un optimisme
exagéré, compte
tenu des réticences de la communauté internationale.
Une récente tentative d'une mission de bons offices de
l'Organisation des
Etats Américains (OEA), présidée par son Secrétaire Général César
Garviria,
a échoué. La mission, qui a rencontré en fin de semaine dernière
les parties
en conflit, avait dans un premier temps, renforcé l'opposition
dans ses
prises de position en indiquant que l'OEA n'allait pas reconnaître
le
parlement issu des élections.
Les leaders de l'opposition haïtienne sont déçus, après que le
Secrétaire
Général de l'OEA a appelé samedi 19 août, les parties haïtiennes
au dialogue.
Evans Paul, le porte-parole de l'Espace de Concertation (EC), un
regroupement d'opposition centriste, a déclaré mardi 22 août à
IPS, qu'il
détenait des informations selon lesquelles les autorités
haïtiennes auraient
proposé à César Garviria, d'homologuer les résultats des élections
contestées, en échange du vote d'Haïti pour sa réélection à la
tête de
l'organisation.