HARARE, 23 août (IPS) – Les femmes activistes en Afrique australe
disent que
les efforts faits par les premières dames de la région pour
rehausser le
statut des femmes rurales pourrait n'être qu'un subterfuge pour
soutenir
leurs maris.
Alors qu'elles accompagnaient leurs époux au Sommet de la
SADC(Communaut é
Economique des Etats d'Afrique Australe), tenu à Windhoek, en
Namibie la
semaine dernière, les premières dames ont tenu leur première
réunion du
genre, au cours de laquelle elles se sont engagées à étudier le
statut des
femmes dans la région.
Les premières dames ont indiqué qu'elles allaient redoubler
d'efforts pour
améliorer la qualité de vie des femmes rurales qui vivent dans la
pauvreté.
Mais il y a déjà beaucoup de doutes sur leurs intentions réelles
avant même
que les premières dames ne commencent à se battre pour leur
objectif.
La grande crainte des femmes militantes, c'est qu'en s'impliquant
elles-mêmes dans le leadership politique des réseaux de femmes, le
mouvement
ne devienne l'aile féminine des partis au pouvoir, et
inévitablement ces
femmes seraient amenées à faire la promotion des programmes de
leurs époux
qui pourraient ne pas être populaires.
L'héritage des premières dames et leur rôle négatif dans
l'habilitation des
femmes en Afrique, ont laissé un goût amer chez plusieurs
personnes.
Les femmes activistes pensent que le programme des femmes ne
devrait pas
être établi par les épouses des Chefs d'Etat, mais par des femmes
très
compétentes qui ont fait leurs preuves.
"Qui sont-elles ?", demande la députée de l'opposition au
parlement
zimbabwéen, Priscilla Misihairambwi.
La féministe au franc-parler, Patricia Mcfadden est également
sceptique.
"Qui sont-elles ? Juste un groupe de femmes qui se trouvent par
un concours
des circonstances, être mariées à des hommes puissants et riches.
Qui
servent-elles?
Alors que pour Misihairambwi, les premières dames sont libres
d'aider les
femmes pauvres, elles devraient soutenir les mouvements féministes
et non
pas en devenir les principaux acteurs.
"Notre expérience est que ces femmes se servent seulement de leur
position
pour soutenir leurs époux", estime Misihairambwi.
Pour prouver les raisons de ses doutes, Misihairambwi se demande
pourquoi
les premières dames ont choisi d'aider les femmes rurales. Le vote
rural a
largement maintenu pendant longtemps au pouvoir des Chefs d'Etat
africains,
parce que ces femmes de la brousse sont vulnérables et moins
instruites.
"Pourquoi entreprendre des actions aussi banales que la collecte
des
vêtements pour les femmes rurales. Pourquoi ne pas choisir
l'habilitation
politique des femmes. Elles occupent une position stratégique et
elles
devraient parler de la paix", déclare Misihairambwi.
En outre, elles n'ont de toute façon aucun intérêt à servir de
porte-parole.
Elles n'ont pas été élues à ce poste, alors qui les a mandaté ?
Leurs maris,
bien sûr", affirme Misihairambwi.
Son conseil aux premières dames: "Elles ont deux options :
S'occuper
simplement de leurs époux ou utiliser leur influence pour aborder
des
questions réelles, telles que la paix et l'habilitation politique
avec la
société civile".
Le rôle des premières dames a également été examiné à la sixième
Conférence
Régionale des Femmes de la Région Afrique, tenue en novembre
dernier dans la
capitale éthiopienne, Addis Abeba.
Les activistes ont protesté contre le fait qu'on ait donné la
parole à la
première dame du Nigeria, Stella Obasanjo, estimant que cela
ranimait le
syndrome qui s'est emparé de l'Afrique de l'Ouest, où les
premières dames
étaient utilisées comme un instrument pour mater l'opposition
politique en
intégrant le mouvement des femmes.
Le débat sur les premières dames prend davantage d'importance au
fur et à
mesure que les mouvements des femmes deviennent de plus en plus
forts, et
que la démocratie s'enracine. "Ce n'est pas une situation
démocratique' ', a
déclaré Joanna Foster de Femmes dans le Droit et le Développement
en
Afrique, plus connu sous son sigle anglais WILDAF. C'est ce groupe
de femmes
qui a également rédigé l'avant projet du rapport alternatif des
ONG,
avant-projet qui critique le rôle des premières dames en Afrique.
Le rapport alternatif a soulevé le problème du syndrome des
premières dames
comme une tendance croissante à examiner avec prudence. C'est
aussi un
obstacle à l'avancement sur les questions concernant le genre.
Le fait que les premières dames s'érigent en entités politiques,
signifie
souvent que leurs programmes drainent des ressources qui
pourraient aller
aux mécanismes institutionnels pour l'avancement du genre.
"Malheureusement, nous n'avons pas beaucoup de bons exemples en
Afrique qui
pour lesquels la position de premières dames a été utilisée à un
bon
escient. Tout le mérite de ces premières dames, c'est d'avoir
épousé un Chef
d'Etat, mais cela ne fait pas d'elles des leaders ni des
championnes des
droits des femmes. Pour moi, la première dame est simplement comme
l'épouse
du prêtre", indique Susan Nkomo, une militante sud africaine.
"Nous craignons qu'elles ne finissent comme leurs maris, parler
pour les
femmes et recueillir des fonds au nom des femmes et les
dilapider".
"Si nous soutenons excessivement cette fonction de la première
dame, cela
pourrait entraîner des abus. Les expériences passées ne nous
donnent pas
beaucoup d'espoir. Je ne suis pas convaincue qu'elles peuvent
jouer ce
rôle", affirme Nkomo.
Nkomo craint que les premières dames ne soient prises dans le
guêpier d'une
politique partisane et qu'à la fin, elles ne travaillent pour
promouvoir la
personnalité de quelqu'un d'autre, en l'occurrence leurs époux.
"Ce que les
premières dames veulent faire présente de graves dangers pour les
ONG
travaillant dans ce domaine", ajoute-t-elle.
Parce que la fonction de première dame est étroitement liée au
pouvoir,
Nkomo pense que cela pourrait attirer les donateurs au détriment
d'autres
ONG travaillant pour l'avancement des femmes.
C'est la même crainte qui a été soulevée à la Sixième Conféren ce
Régionale
sur les Femmes. Les participants se sont plaint du fait que les
donateurs
favorisent les programmes des premières dames, bien qu'ils ne
soient pas
viables parce que les programmes prennent fin lorsque les Chefs
d'Etat et
leurs femmes quittent le pouvoir.
La Fondation Espoir de Vera Chiluba en Zambie, le Mouvement du 31
décembre
de Nana Rawlings au Ghana, et les programmes pour enfants
d'Obasanjo
bénéficient de millions de dollars des bailleurs.
Toutefois, en Zambie, les femmes se plaignent du fait que Vera
Chiluba se
serve régulièrement de sa Fondation pour fustiger une opposition
politique
naissante. Au Kenya, le Réseau National des Femmes, qui est allié
au parti
au pouvoir, l'Union Nationale Africaine du Kenya (KANU), s'est
opposé à une
candidature féminine aux élections présidentielles.
Mais elles ne sont pas toutes inquiétées par le syndrome des
premières dames.
"Au Botswana, nos premières dames ont fait bon usage de leur
poste.
L'ancienne première dame, Madame Masire, avait un Centre de
Développemen t
des Jeunes, tandis que Madame Mogae est présentement impliquée
dans les
questions environnementales", affirme Ntombi Setshwaelo, une
militante du
Botswana.
"Ce que les premières dames veulent faire est une bonne chose.
Cela dépend
de ce que l'on veut faire de son poste. Elles doivent identifier
une cause
et travailler avec les ONG", dit-elle.
Il y a d'autres bons exemples. La première dame d'Afrique du Sud,
Zanele
Mbeki, était une militante des droits de la femme longtemps avant
l'accession de son mari au pouvoir en juin 1999. Elle a déclaré
qu'elle ne
se définissait pas par rapport au poste de Chef d'Etat qu'occupe
son mari.
Au Mozambique, Graca Machel, a été un leader du Frelimo de son
propre chef.
Toutefois, une nouvelle génération de femmes talentueuses
affirment que les
femmes peuvent et doivent obtenir des postes de direction par
elles-mêmes et
non être l'ombre de leurs maris qui ont réussi.
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