NATIONS UNIES, 23 août (IPS) – Le Fonds des Nations Unies pour la
Femme
(UNIFEM) a été inondé de demandes de mise à disposition de fonds
pour
financer de nouveaux projets visant à lutter contre la violence
exercée sur
les femmes à travers le monde entier.
La Directrice Exécutive de l'UNIFEM, Noeleen Heyzer, affirme avoir
reçu
environ 200 propositions cette année. Les demandes de financement
s'élèvent
à environ 12,5 millions de dollars.
Mais le Fonds Spécial de l'UNIFEM, qui a été créé en 1996,
spécifiquement
pour financer les projets visant à éliminer la violence exercée
contre la
femme, ne peut allouer qu'environ un million de dollars pour 17
projets dans
21 pays.
Les subventions varient entre environ 25.000 dollars et 130.000
dollars pour
divers projets dans des pays tels que la Jamaïque, la Jordanie, le
Kenya,
l'Ouganda, la Tanzanie, le Zimbabwe et l'ex-Yougoslavie.
Ces projets financés par l'UNIFEM traiteront de questions telles
que la
violence conjugale, le harcèlement sexuel, les sévices sexuels sur
les
filles, la violence liée à la dot, la prostitution forcée, et le
soi-disant
"meurtres pour l'honneur" où les victimes sont surtout des
femmes.
"Il y a un besoin manifeste et grandissant d'un financement plus
substantiel dans le domaine de la prévention de la violence",
indique
Heyzer. "Mais notre plus grand obstacle n'est pas le manque
d'idées. C'est
le manque de ressources".
Au cours de ces quatre dernières années, le Fonds Spécial de
l'UNIFEM a
accordé plus de 4 millions de dollars à divers projets dans 56
pays. le
Fonds recherche plus spécifiquement des "projets innovateurs"
qui peuvent
plus tard servir d'exemples pouvant être reproduits dans d'autres
pays.
Cette année, le Fonds accorde à peu près 100.000 dollars au Centre
d'Aide
Légale et de Conseil aux Femmes en Jordanie, pour un projet qui
aidera à
instaurer un environnement sain pour les filles ayant subi des
sévices
sexuels et également pour promouvoir un dialogue parmi les juges
sur des
questions telles que la sexualité des femmes, la honte, l'honneur,
la
chasteté et les crimes contre les femmes.
En se fondant sur des indications provenant d'un ancien projet du
Fonds
Spécial, l'UNIFEM affirme que le nombre de filles ayant subi des
sévices
sexuels, qui sont potentiellement victimes de fémicide, est plus
élevé qu'on
ne le pense généralement. Ces filles hésitent souvent à révéler
ces sévices
sexuels, et en conséquence, ne demandent ni protection ni conseil.
Grâce aux informations rassemblées lors d'une série d'ateliers
dans les
lycées, le projet identifiera des facteurs qui empêchent les
filles de
divulguer leurs expériences de sévices sexuels, et développera des
méthodes
"saines" pour aider les filles à se confier et à obtenir de
l'aide.
Au même moment, le projet sensibilisera les juges sur les
souffrances et les
besoins des victimes ainsi que les faiblesses dans le système
légal pour
juger des cas de fémicide. Le projet doit être exécuté en
Cisjordanie et en
Jordanie puisque ces Etats ont des codes juridiques similaires et
sont
également proches sur le plan culturel et social.
Le Fonds contribue pour plus de 129.000 dollars à l'Association
International Mixte des Femmes Juristes, qui couvre le Kenya,
l'Ouganda, la
Tanzanie et le Zimbabwe, pour aider à créer un vivier d'environ
300
officiers judiciaires et d'experts universitaires pour diriger des
sessions
de formation interactives pour les juges. La finalité de cette
formation est
de leur permettre de prendre des décisions en connaissance de
cause sur la
violence contre les femmes et la discrimination.
Le premier objectif du projet est de permettre aux juges africains
et aux
magistrats de servir de catalyseurs pour le changement social dans
la
réparation des violations des droits de l'Homme défavorables aux
femmes
africaines.
Le projet aidera également à développer une jurisprudence d'égalit
é en
créant une plus grande compréhension et la sympathie des juges et
autres
officiers dans le système judiciaire légal, pour les femmes
victimes.
Le Fonds a également accordé une subvention d'environ 28.000
dollars au
Centre d'Etudes sur les Femmes à Zaghreb pour un projet dont
l'objectif est
d'exposer les violations non reconnues des droits de l'homme dans
le systè me
universitaire.
Le projet suscitera également la prise de conscience sur la
question du
harcèlement sexuel, et suggérera des moyens pour encourager les
élèv es
filles et les professeurs à dénoncer les incidents de harcèlement
et de
violence de nature sexuelle.
L'UNIFEM, en partenariat avec plusieurs agences onusiennes, des
gouvernements et des milliers de médias et d'ONG, a dirigé des
séries de
campagnes contre la violence exercée sur les femmes en Afrique, en
Asie et
dans le Pacifique, ainsi qu'en Amérique latine et dans les
Caraïbes.
Alarmées par la hausse considérable de la violence basée sur le
genre, les
Nations Unies ont choisi le 25 novembre comme la Journée
Internationale pour
l'Elimination de la Violence contre les Femmes.
Selon l'UNIFEM, un quart de toutes les femmes dans le monde entier
sont
violées durant leur vie. Le viol a également dévasté des femmes,
des filles
et des familles dans des conflits récents au Rwanda, au Cambodge,
au
Liberia, au Pérou, en Somalie, en Ouganda et dans l'ex-
Yougoslavie.
Et selon le pays, indique l'UNIFEM, entre 25 et 75 pour cent des
femmes sont
régulièrement battues à la maison, tandis que plus de 120 millions
de femmes
ont subi la mutilation génitale.
"Nous devons dire: "Plus ça, plus jamais cela" ajoute Heyzer.
"Si nous
nous engageons à créer un monde débarrassé de la violence contre
les femmes
et les filles, nos enfants diront que nous avons mis fin au crime
le plus
universel et le plus impuni de tous les temps contre la moitié des
êtres de
la terre".

