FINANCE: Le Nigeria renoue avec les argentiers internationaux

WASHINGTON, 15 août (IPS) – Une décision prise par le Fonds
Monétaire
International (FMI) d'accorder un crédit stand by au Nigeria,
pourrait
permettre à la nation la plus peuplée d'Afrique de normaliser ses
relations
avec ses créanciers internationaux.

Le FMI a récemment félicité le Nigeria, et lui a accordé une
facilité de
crédit stand by d'un milliard de dollars sur une période de 12
mois, crédit
que les autorités d'Abuja ont passé plus d'un an à négocier.
"La décision du FMI et le prochain voyage du Président des Etats
Unis Bill
Clinton au Nigeria, montrent que certaines sections de la
communauté
internationale placent actuellement une grande confiance dans le
nouveau
Gouvernement nigérian", déclare Bill Minter du Centre
d'Information sur la
Politique Africaine.
Le Gouvernement du Président Olusegun Obasanjo est le premier
gouvernement
démocratiquement élu au Nigeria après 15 années de régime
militaire, et il
se bat pour normaliser ses relations avec les créanciers
internationaux.
Le Président Clinton effectuera une visite au Nigeria du 25 au 27
août. Ce
sera sa première visite dans l'un des premiers pays producteurs
mondiaux de
pétrole. L'aide américaine au Nigeria s'élève actuellement à 108
millions de
dollars, y compris 10 millions dans la vente d'équipement
militaire.
"Les institutions internationales et le gouvernement américain
pensent que
ceci est la meilleure opportunité pour permettre au Nigeria de
redorer son
image ternie", affirme Daniel Bradlow, professeur d'études
légales
internationales à l'Université Américaine.
"Le Nigeria a traversé une période traumatisante, et maintenant
il a un
gouvernement légitime. C'est l'une des plus importantes économies
en Afrique".
Le taux annuel d'inflation, qui a atteint 77 pour cent en 1994, se
situe
actuellement à environ zéro pour cent et le nouveau gouvernement
nigérian a
réussi à stabiliser le taux de change.
Toutefois, selon le FMI, la mise en uvre des réformes
structurelles s'est
révélée difficile, surtout à cause de la capacité limitée dans
tous les
domaines du secteur public et d'une coordination politique
insuffisante.
"Ainsi, tandis que la plus grande discipline financière a été
appliquée, un
avancement tangible dans la réforme de l'économie et une solution
à la
détérioration de l'infrastructure sont encore attendus. Il en de
même pour
ce qui concerne les attentes non satisfaites des populations",
fait
remarquer le FMI dans une déclaration.
"Une reprise de l'investissement, de l'emploi et de l'activité
économiq ue
ne s'est pas encore matérialisée".
En 1997, le revenu par tête d'habitant était seulement de 240
dollars –
largement en dessous du revenu par tête au moment de
l'indépendance (1960)
en termes réels.
Les indicateurs sociaux du Nigeria ont également chuté bien en
deçà de la
moyenne pour les pays en voie de développement – la moitié de la
population
vit dans la pauvreté absolue, l'espérance de vie est seulement de
52 ans, et
le taux de mortalité infantile atteint parfois 84 pour cent pour
1000
enfants vivants.
"La mauvaise gestion de nos ressources, la régulation excessive
de notre
économie, et, jusqu'à récemment, les dysfonctionnements causés par
les prix
et les taux de change, ont été à la base du malaise économique du
Nigeria",
lit-on dans une demande de prêt au FMI soumise par le Nigeria.
Selon le FMI, pour que le Nigeria retourne sur le chemin d'un
développemen t
durable, il a instamment besoin d'accélérer la mise en uvre des
réformes
structurelles.
Il doit également résorber les graves insuffisances notées dans
la
fourniture du courant, des télécommunications et du pétrole,
considérées
comme des obstacles à la croissance.
"Bien que la privatisation doit être précédée par l'installation
de
structures de régulation et de procédures transparentes et justes,
il ne
devrait avoir aucun délai dans cette tâche urgente", affirme
Horst Kohler,
Directeur Général du FMI.
"De même, alors que des progrès ont été faits dans l'éradication
de la
corruption, beaucoup reste à faire pour établir une bonne
gouvernance et la
règle du droit, particulièrement en ce qui concerne la mise en
uvre de la
Loi Anti-Corruption et le renforcement d'un système judiciaire
indépendant", ajoute Kohler.
Les observateurs pensent que Kohler a mis sa réputation en jeu,
étant donné
les graves problèmes politiques et sociaux toujours présents au
Nigeria, la
tension ethnique, le conflit entre le Gouvernement d'Obasanjo et
l'Assembl ée
Nationale et une fonction publique anémiée.
Selon Minter, les recettes standard de l'ajustement structurel
n'aideront
pas beaucoup dans la suppression du mécontentement actuel des sans-
emploi.
Le Nigeria doit également résoudre des problèmes plus sérieux tels
que la
redistribution des fruits de ses richesses pétrolières.
Les Etats du Sud se plaignent du fait que les ressources sont
convoyées vers
le Nord et le Centre, alors que ce sont eux qui produisent tout
le pétrol e.
Les soulèvements ethniques ont été réprimés d'une manière
implacable, et
Minter indique que si les causes fondamentales d'un tel
mécontentement ne
sont pas traitées, la prise des travailleurs du pétrole en otage
et la
violence ne seront pas contenues.
L'accord du FMI, toutefois, ouvre la voie au rééchelonnement de la
dette
commerciale et de la dette de gouvernement à gouvernement. Le feu
vert du
FMI est une condition préalable pour l'ouverture des négociations
avec la
plupart des bailleurs tels que le Club de Paris des créanciers
officiels.
Une fois qu'il aura fait ses preuves, le Nigeria pourrait négocier
l'allégement d'une dette paralysante. La dette étrangère nigériane
est
diversement estimée – entre 27 milliards et 34 milliards de
dollars. Le pays
a limité les paiements de sa dette à moins de la moitié des 4,5
milliards de
dollars qu'il doit chaque année.
"Au regard des défis auxquels est confronté le Nigeria, on a
besoin d'une
exécution ferme du programme du FMI avant de commencer à poser les
jalons
d'une croissance durable", indique Kohler.
"Une mise en uvre soutenue du programme appuyé par un
arrangement stand
by, nécessitera une diligence et des efforts résolus par les
autorités à
pour surmonter les faiblesses évidentes dans la capacité
institutionnelle.
Ces faiblesses constituent le résultat de plusieurs dizaines
d'années de
mauvaise gestion économique".
L'accord du FMI doit encore être avalisé par l'Assemblée Nationale
du
Nigeria qui a souvent fait à sa tête. L'accord pourrait signifier
la
poursuite de programmes politiques impopulaires, et Obasanjo
devrait alors
persuader un parlement sceptique à l'accepter.
Le programme exige un accroissement dans la croissance du PIB réel
à 3,4
pour cent en 2000, – il était de 1 pour cent en 1999 – estimant
le taux
annuel moyen d'inflation à 5 pour cent, et une accumulation de
réserves de
devises étrangères de 2,6 milliards de dollars à environ 7,8
milliards de
dollars – l'équivalent de 5 mois et demi d'importations de
marchandises et
de services.