HARARE, 14 août (IPS) – Pour le bien du pays, Pius Wakatama, un
chroniqueur
de presse, veut que le Président Robert Mugabe cède sa place à un
autre
dirigeant.
"Si Mugabe reste au pouvoir, alors le Zimbabwe est condamné.
Notre beau
pays a assez souffert. Sa beauté intérieure est maintenant ternie
et les
gémissements de ses enfants peuvent être entendus de loin. Il ne
faut pas
exagérer", écrit Wakatama.
Presque tous les produits sont devenus rares au Zimbabwe. Il y
a un
manque cruel de carburant, les réserves en devises étrangères ont
chuté et
pourraient s'épuiser dans quelques jours, et il pourrait bientôt
avoir des
pénuries de vivres. Il y a également un manque imminent de
produits
pharmaceutiques. L'inflation tourne autour de 60 pour cent, et les
taux
d'intérêt sont passés à plus de 50 pour cent.
Au pouvoir depuis l'accession du Zimbabwe à l'indépendance en
1980,
Mugabe (76 ans – qui est l'un des présidents africains à être
restés le plus
longtemps au pouvoir-) est confronté actuellement à une intense
pression
pour annoncer sa retraite politique.
Les élections présidentielles seront organisées en 2002 et à la
date
d'aujourd'hui, personne ne sait si Mugabe se représentera ou pas.
En privé, certains hauts dignitaires du parti au pouvoir
espèrent qu'il
ne se représentera pas. Lors des élections parlementaires du mois
dernier,
le parti au pouvoir a presque perdu les élections parce que les
électeur s
voulaient faire savoir à Mugabe, que le temps était venu de céder
la place à
un autre dirigeant.
Mugabe a déclaré qu'il appartenait à son parti, la ZANU-PF, de
décider s'il
se représenterait aux élections ou pas.
Les analystes politiques affirment qu'en laissant la décision à
son parti,
Mugabe pourrait s'offrir encore le plus haut poste du parti au
pouvoir. Il
semble qu'il y ait une loi écrite dans le parti qui interdit à
d'autres
membres de nourrir publiquement des ambitions présidentielles.
Il est très courant d'entendre des ministres du gouvernement
critiquer
les journaux pour avoir écrit qu'ils nourrissent des ambitions
présidentielles.
John Makumbe, économiste, est un autre analyste politique qui
prie pour
que le président âgé de 76 ans annonce bientôt sa retraite.
"C'est une mauvaise nouvelle pour le Zimbabwe d'avoir Mugabe
comme
Président. Mais les problèmes du Zimbabwe ne seront pas résolus
par son seul
remplacement. Tout le système doit changer", indique Makumbe.
"Le problème est beaucoup plus compliqué que le simple
remplacement de
Mugabe au pouvoir. Il y a le système autoritaire qu'il a mis en
place, et
qui ne tolère pas des points de vue différents", ajoute Makumbe.
En plus du départ souhaité de Mugabe, Makumbe pense qu'aussi
longtemps que
les troupes zimbabweennes resteront en République Démocratique du
Congo
(RDC), aucun investisseur ne viendra investir dans le pays.
Le Zimbabwe a envoyé plus de 10.000 soldats en RDC, pour aider
l'armé e
nationale à mater l'insurrection des soldats rebelles soutenus par
le Rwanda
et l'Ouganda.
Ces décisions politiques impopulaires prises par le Président
Mugabe, ont
englouti des ressources dont avaient tant besoin des domaines
prioritaires
tels que les dépenses sociales.
Selon certaines sources, l'implication des troupes zimbabweennes
en RDC
coûterait actuellement au gouvernement de Robert Mugabe plus d'un
million de
dollars par mois.
De plus, le Zimbabwe a été pris dans le cercle vicieux de la
dette. Le
gouvernement doit maintenant emprunter de l'argent pour financer
de nouveaux
projets et même pour payer les salaires.
"Le gouvernement devra également mettre un terme aux
violations de la
loi et éradiquer la corruption qui a fait perdre au pays 40
milliards de
dollars zimbabwéens jusqu'ici", indique Makumbe.
(un dollar US équivaut à 50 dollars zimbabweens)
Les investissements locaux et étrangers au Zimbabwe ont baissé
de manière
drastique. Le Centre d'Investissement du Zimbabwe (ZIC) a approuvé
de
nouveaux projets d'une valeur de 39 millions de dollars US
seulement de
janvier à mai, contre 200 millions de dollars durant la même
période l'année
dernière.
Même un nouveau cabinet élargi annoncé par Mugabe le mois
dernier
pourrait ne pas réussir à sauver le pays sous la présidence de
Mugabe,
indique Wakatama.
"Mugabe est résolu à garder son poste quelles que soient les
conséquences. Je ne vois pas comment les membres du cabinet actuel
peuvent
honnêtement penser qu'ils peuvent mettre fin à l'anarchie et
réhabilit er
l'économie avec l'assistance internationale aussi longtemps que
Mugabe sera
Président", a écrit Wakatama.
"Les députés de la ZANU-PF feraient une faveur à leur parti en
démettant
Mugabe, il est le plus grand handicap de ce parti", affirme
Wakatama.
Brian Kagoro, un juge, déclare que "le problème avec Mugabe est
qu'il
n'est pas capable de faire la distinction entre les intérêts du
Zimbabwe et
ses propres intérêts personnels".
"Ses positions personnelles et provinciales ont été si fortes
et
enracinées que les intérêts du Zimbabwe ne sont simplement qu'un
détail de
nos politiques intérieures et étrangères", indique Kagoro.
"Mais les problèmes du Zimbabwe sont bien plus graves que le
simple fait
d'enlever Mugabe du pouvoir. Il y a eu une faillite
institutionnelle. Les
forces de police ne fonctionnent pas comme elles sont supposer
travailler.
C'est ainsi qu'est l'armée", a-t-il ajouté.
La police et l'armée n'ont rien fait pour arrêter les vétérans
de la
guerre d'indépendance du Zimbabwe, qui occupent illégalement
environ 1000
fermes commerciales appartenant aux Blancs, où ils ont été accusés
de
viols, de bastonnades et d'assassinats des ouvriers des fermes.
Le gouvernement dans sa tentative d'arrêter la violence post-
électorale
dans 'des lieux sensibles' a déployé des soldats dans les
townships de
Harare où ils molestent les habitants sans être provoqués.
La police a indiqué qu'on a fait appel à l'armée pour aider à
supprimer
l'anarchie après les élections du mois dernier. Les habitants
vivent
maintenant dans la peur d'être battus.
"On a besoin de mettre en place un cadre d'action légale qui
facilite
la transparence et crée un environnement convivial pour que les
affaires
prospèrent. On doit également garantir l'équité et, ce faisant, on
aura
résolu la moitié des problèmes des Zimbabweens", indique Kagoro.

