DEVELOPPEMENT: La sécheresse se répand à travers les nations les plus pauvres

GENEVE, 14 août (IPS) – Les souffrances humaines causées par les
sécheresses
ont beaucoup augmenté pendant les dix dernières années, et
affectent
principalement les secteurs les plus pauvres de pays déjà
appauvris, a
rapporté le mardi le Programme Alimentaire Mondial(PAM).

L'agence de front des Nations Unies dans la lutte contre la faim
apporte de
l'aide cette année à 16 millions de personnes, des chiffres qui
ont monté en
flèche, et sont passés de trois millions seulement il y a quatre
ans à ce
chiffre aujourd'hui.
Mais on estime à 100 millions le nombre de personnes originaires
de 20 pays
qui sentent actuellement les effets de la sécheresse, un phénomène
continuel
qui n'est pas nécessairement cyclique.
Les zones les plus ravagées par l'absence des pluies sont le
Sahara
Occidental – de la Mauritanie jusqu'au Soudan, la Corne de
l'Afrique, une
grande partie de l'Afrique Australe, et certaines zones d'Asie
Centrale,
d'Amérique Centrale et des Caraïbes.
Aujourd'hui, le PAM "travaille littéralement dans chaque partie
du monde
pour apporter de l'aide alimentaire d'urgence aux populations qui
ont perdu
leurs cultures ou leurs moyens de subsistance à cause de la
sécheresse" , a
déclaré Francesco Strippoli, un conseiller principal du PAM en
matière
humanitaire.
Tout au long des années 90, les opérations d'urgence liées à la
sécheresse
ont représenté 52 pour cent des 194 réponses du PAM au désastre
naturel.
La sécheresse a requis 102 interventions, tandis que l'inondation
a
nécessité 50 opérations, les ouragans, les typhons et les cyclones
ont
représenté 21 opérations, les dégâts des insectes 10, les
tremblements de
terre 7, et le reste des interventions était dû aux éruptions
volcaniques,
aux avalanches, et aux vagues de froid.
"Les différents types de sécheresse ont changé de manière
significative
dans plusieurs parties du monde à cause de l'emploi excessif des
ressources
naturelles. Ces ressources sont parfois surexploitées parce que la
pauvreté
amène les gens et les communautés à dégrader leur base productrice
simplement pour survivre", a déclaré Strippoli.
Dans de pareilles conditions, les gens cultivent de plus en plus
les sols
pauvres, réduisent les périodes de régénération, abattent les
arbres des
forêts pour créer les terres arables et pour s'en servir comme
combustible
ou mettent trop de bétail dans les prairies fragiles, a-t-il
indiqué.
L'instabilité politique et les conflits armés affectent également
la
capacité des gens à faire face aux situations de sécheresse.
Strippoli a
cité les cas de la Corne de l'Afrique, du Burundi, du Soudan et de
l'Afghanistan, où les secteurs de la population qui étaient les
plus pauvres
sont devenus de plus en plus vulnérables.
Pendant que les gens rivalisent entre eux pour des ressources
rares, leurs
problèmes socio-politiques et culturels pourraient être exacerbés
par des
pluies réduites ou des récoltes insuffisantes.
Les sécheresses produisent d'autres effets préjudiciables au
niveau
macro-économique. Elles réduisent la production agricole, font
monter les
prix, réduisent le marché de l'emploi et les opportunités
d'emploi,
entraînent une baisse de revenu et le besoin d'importer des
vivres.
Parmi les plus vulnérables aux effets de l'insécurité alimentaire
causée par
la sécheresse, il y a les populations qui ont tout juste de quoi
vivre,
telles que les paysans- fermiers et éleveurs, aussi bien que les
villageois
qui ne possèdent pas de terres ou qui ont de très petits lopins de
terres,
et dépendent ainsi du travail saisonnier dans le secteur agricole.
Il est courant de voir les adultes (hommes) quitter les zones
affectées par
la sécheresse pour aller chercher de la nourriture, tandis que les
femmes et
les enfants tendent à rester derrière, en luttant contre le manque
de
vivres, vivant parfois dans des camps d'aide. Dans la Corne de
l'Afrique,
près de 70 pour cent de la population victime des effets de la
famine est
constituée de femmes et d'enfants.
Dans cette région, – Djibouti, Erythrée, Ethiopie et Somalie -,
qui est
actuellement au moment le plus critique d'une sécheresse sévère,
plus de 16
millions de personnes sont confrontées à des manques drastiques de
vivres.
Le Kenya est actuellement confronté à l'une des plus graves
sécheresse s dans
l'histoire de la nation. Avec sa demande annuelle en maïs de 3,21
millions
de tonnes, il devra importer 1,4 millions de tonnes l'année
prochaine, a
indiqué le conseiller du PAM.
La sécheresse qui a dévasté les pays d'Afrique Centrale tels que
l'Afghanistan et le Tadjikistan s'étend maintenant au Caucase. Là,
les
régions montagneuses Arméniennes risquent de perdre 55 ou 60 pour
cent de
leurs cultures.
L'Amérique centrale et les Caraïbes ont également été durement
frappés par
la sécheresse. Le Honduras peut s'attendre à des pertes de 80 ou
90 pour
cent pour de son maïs et ces cultures de haricot. Un tiers de la
récolte
actuelle de Haïti a déjà été détruit par la sécheresse.
La même menace s'étend actuellement aux pays du Moyen Orient, y
compris la
Jordanie, la Syrie et l'Iran.
Dans ses trois plus vastes opérations – en Ethiopie, au Kenya et
en
Afghanistan-, le PAM fournit actuellement des vivres à 12 millions
de
personnes à un coût total de plus de 352 millions de dollars.