POLITIQUE: Les Nations Unies pourraient suspendre les opérations de maintien de la paix au Congo

NATIONS UNIES, 8 août (IPS) – Pour la première fois peut-être, les
Nations
Unies sont sur le point d'abandonner une opération projetée de
maintien de
la paix en Afrique, avant même qu'elle ne commence.

Le Secrétaire Général de l'ONU, Kofi Annan, pourrait recommander
au Conseil
de Sécurité la semaine prochaine, que la Mission de l'ONU (MONUC)
prév ue en
République Démocratique du Congo soit tout simplement annulée.
A moins qu'il n'y ait de nouveaux développements majeurs dans les
efforts de
paix actuels de l'ONU, le Conseil de Sécurité suivra
vraisemblablement les
recommandations de Annan.
Fred Eckhard, porte-parole de l'ONU, a déclaré que la mission
onusienne a
rencontré des "obstacles répétés " dans ses tentatives de
déploiement sur
le terrain depuis le début.
"Il y a eu des plaintes sur la neutralité de notre rôle de
facilitateur, le
dialogue inter-congolais a échoué, et maintenant ils refusent le
déploiement
des forces armées de maintien de la paix", a-t-il indiqué.
"Donc c'est une mission qui semble être bloquée sur presque tous
les
fronts", a ajouté Eckhard.
Actuellement, il y a environ 228 observateurs militaires et des
officiers
militaires de liaison déployés à l'intérieur et autour de la RDC.
Mais
l'élément clé dans l'effort de paix de l'ONU, notamment le
déploieme nt d'une
force de maintien de la paix, forte de 5.500 hommes, est au point
mort.
La semaine dernière, les Nations Unies ont annoncé qu'elles
suspendaient le
déploiement des troupes marocaines et tunisiennes qui font partie
des
premières unités arrivées en RDC. Le Sénégal et le Pakistan font
partie des
autres pays pourvoyeurs de troupes volontaires pour la MONUC.
La nouvelle crise est due à l'intransigeance du gouvernement du
Présiden t
Laurent Kabila, qui a également fixé de nouveaux termes et
conditions qui ne
sont pas acceptables à l'institution mondiale.
Eckhard a indiqué que la décision de suspendre le déploiement des
troupes a
été prise suite à l'annonce faite par le gouvernement de ne pas
permettre le
déploiement de troupes armées de l'ONU à l'intérieur de Kinshasa,
la
capitale, ou dans toute autre ville congolaise. Kabila a insisté
sur le
fait que les troupes de l'ONU devraient être déployées seulement
dans les
territoires occupés par les rebelles et non dans les zones
contrôlées par
les forces gouvernementales. Mais cela n'est pas acceptable aux
Nations Unies.
Les troupes onusiennes étaient supposées superviser un cessez-le-
feu et le
retrait des forces étrangères, conformément à l'accord de paix
sign é à
Lusaka l'année dernière. Cet accord confie à l'ONU la
responsabilité de
déployer des troupes sur tout le territoire de ce pays dévasté par
la guerre.
La semaine dernière, le Conseil de Sécurité a publié une déclarati
on qui
demandait aux signataires de "se conformer aux engagements pris"
dans
l'Accord de Lusaka.
Kabila est soutenu militairement par le Zimbabwé, l'Angola et la
Namibie,
tandis que les différentes factions rebelles reçoivent l'appui de
l'Ouganda
et du Rwanda.
Mais l'Ouganda et le Rwanda se sont mis à se battre entre eux,
créant ainsi
une crise totalement nouvelle en RDC.
"La reprise des combats à Kisangani entre les forces rwandaises
et
ougandaises est source de grande inquiétude", a indiqué Annan
dans un
rapport au Conseil de Sécurité en juin. "La population civile de
Kisangani
a déjà souffert gravement des feux-croisés entre les deux forces
étrangères
qui se battent actuellement sur le territoire congolais", a-t-il
ajouté.
Le rapport a également averti que le déploiement des troupes en
RDC
présentait un problème de logistique particulièrement aigu.
"L'état de dégradation des infrastructures dans le pays, le
blocage
effectif de ses voies navigables en raison du conflit, et
l'absence de
routes font qu'il est nécessaire d'effectuer dans un premier temps
tous les
déploiements et les opérations d'aide par voie aérienne", lit-on
dans le
rapport.
Cette situation, indique le rapport, a obligé à mettre en place
des unités
spécialisées pour préparer et assurer la sécurité et la protection
des
pistes d'atterrissage à l'intérieur du pays, pistes sans
lesquelles le
déploiement ne peut avoir lieu.
Hedi Annabi, Sécretaire Général Adjoint pour les Opérations de
Maintien de
Paix, a indiqué la semaine dernière devant le Conseil de Sécurité,
que les
combats entre forces gouvernementales et groupes rebelles ont
également
causé "un sérieux problème humanitaire" à la frontière entre la
RDC et la
République du Congo (Congo-Brazzaville).
Le Bureau du Haut Conseil des Nations Unies pour les Réfugiés
(HCR) essaie
actuellement d'avoir accès à environ 45.000 réfugiés déplacés par
les
combats dans cette seule zone.
La semaine dernière, le représentant spécial du Secretaire Général
en RDC,
Kamel Morjane, en compagnie de Mountaga Diallo, Commandant des
troupes de la
Mission, se sont envolés pour Lusaka pour assister à une réunion
du comité
politique de l'accord de paix de Lusaka.
Pendant ce temps, Kabila a formulé des critiques sur la neutralité
du
facilitateur, Sire Ketumile Masire, déclarant qu'il ne lui fait
nullement
confiance. Le président congolais a demandé à l'Organisation de
l'Unité
Africaine (OUA) de proposer un nouveau facilitateur neutre.