LOME, 5 août (IPS) – La ligue Togolaise des Droits de l'Homme
(LTDH) dresse
un bilan sombre de la situation des droits de l'Homme au Togo au
cours des
six premiers mois de l'année 2000, confirmant ainsi de récents
rapports
internationaux qui placent ce pays d'Afrique de l'ouest parmi les
grands
violateurs des droits et des libertés des individus sur le
continent.
Selon le rapport de la LTDH publié récemment, il y a un décalage
entre les
droits et libertés proclamés dans la Constitution togolaise, et la
réalité
observée quotidiennement.
"Les paisibles citoyens de nos villes et campagnes sont en
permanence
inquiétés soit à cause de leurs opinions, soit à cause de leurs
biens",
écrit la Ligue, qui illustre ses affirmations par des exemples
précis.
La Ligue exprime "ses vives préoccupations relativement aux
multiples
violations de la liberté de la Presse". Elle dénonce les
persécutions
dirigées contre les responsables de publications indépendantes, et
les
procès intentés à certains journaux.
"Aujourd'hui, malgré les efforts de la société civile pour
améliore r la
liberté de la Presse, le Gouvernement cherche plutôt les moyens
pour
intimider et réduire au silence la Presse", écrit la LTDH, qui
relève le
caractère répressif du code de la Presse en vigueur au Togo. "Une
loi
scélérate que nous considérons comme une régression en matière de
liberté de
Presse", ajoute-t-elle.
La Ligue exige du pouvoir une gestion rationnelle et équitable des
média s
d'Etat. "Les organes de presse privée ne doivent plus faire
l'objet de
menaces incessantes, mais ils doivent plutôt participer à la
formation du
public", conclut le rapport.
Le rapport évoque aussi la vie en milieu carcéral. Il s'insurge
contre la
surpopulation des prisons, les mauvaises conditions d'hygiène et
la
détérioration des conditions de santé des détenus. Cette
situation, indique
la Ligue, est doublée de la lenteur dans les traitements des
dossiers de
justice. Les arrestations arbitraires font aussi l'objet de
dénonciation
dans le document.
"Les conditions se dégradent de jour en jour, et les autorités
semblent ne
pas en faire une priorité", écrit Maître Kofimessa Dovotsu,
Préside nt de la
Ligue.
La LTDH, qui rapporte plusieurs dizaine de cas d'arrestations
arbitraires et
de mauvais traitements, ajoute dans son rapport être en train de
mener des
actions avec d'autres organisations nationales et internationales
de défen se
des droits de l'Homme, pour obtenir l'amélioration des conditions
de
détention des
prisonniers et l'accélération de leur jugement.
Le texte épingle aussi les autorités togolaises sur les
difficultés que les
citoyens continuent de rencontrer pour obtenir le passeport.
"L'obtention de ce titre de voyage demeure un parcours de
combattant pour
les citoyens", précise le texte, qui ajoute que cela est
contraire au
principe de
la libre circulation des citoyens exprimé dans la Constitution
togolaise et
dans les instruments internationaux relatifs aux droits de
l'homme.
Le rapport fait aussi remarquer l'absence de liberté de réunion et
de
manifestation pacifique au Togo.
"Depuis décembre 1999, les manifestations pacifiques organisées
par les
paisibles citoyens pour revendiquer leurs droits légitimes se sont
toujours
soldées par des arrestations ou elles ont été bloquées par des
interdictions
que les autorités brandissent quelque fois", note le rapport. La
LTDH
appelle le Gouvernement à consentir un effort particulier pour
"aménage r et
respecter efficacement des espaces de liberté au Togo" au cours
de cette
année 2000, proclamée Année Internationale de la Culture de la
Paix des
Nations Unies.
Le rapport recommande aux autorités de s'attaquer aux actes
criminels de
grand banditisme, de mettre un terme aux violations de domicile et
aux
arrestations arbitraires. La LTDH demande aussi que la lumière
soit faite
sur les cas de disparition inexpliqués des citoyens.
Le ministre de l'Intérieur et de la Sécurité, le Général Sizing
Walla, a
qualifié le rapport de 'compilation de faits divers qui relèvent
du droit
commun'.
Il a notamment déclaré : "La publication de ce rapport avec les
allégations
qu'il contient, constitue un délit de diffamation grave à
l'endroit des
autorités togolaises. C'est pourquoi nous avons décidé la saisie
administrative conformément au code de la Presse".
La police togolaise a procédé à la saisie de deux hebdomadaires de
Lomé qui
ont publié le rapport de la LTDH dans leurs parutions du 31
juillet 2000.
Lucien Messan et Basile Agboh, respectivement Directeurs de
Publication de
'Combat du Peuple' et de 'Scorpion', ont été interpellés par la
police et
interrogés par le Général Sizing Walla. Maître Kofimessa Dovotsu,
Président
de la Ligue, a subi les mêmes tracasseries.
Pour Holonou Hounkpati, Président de l'Association des Editeurs de
la Presse
Privée du Togo, la saisie des journaux qui ont publié ce rapport
est la
preuve que le pouvoir togolais a quelque chose à se reprocher.
"L'acte que
les autorités togolaises viennent de poser est une fois de plus
une
violation des droits humains", déclare-t-il.
L'association de défense de la liberté de la presse 'Reporters
Sans
Frontières' (RSF) a vivement réagi.
Dans une lettre adressée au ministre de l'Intérieur et de la
Sécurit é, RSF a
protesté contre la saisie des deux hebdomadaires d'opposition 'Le
Combat du
Peuple' et 'Le Scorpion'. RSF a demandé que "les copies des
journaux saisis
soient restituées à leurs propriétaires", et que "les directeurs
de
publication de ces journaux ne soient plus inquiétés par les
autorités".
Robert Ménard, le Secrétaire Général de RSF, a demandé au ministre
de
"faire cesser ce harcèlement dont est victime la Presse écrite
d'opposition, notamment quand elle publie des articles sur la
situation des
droits de l'Homme au Togo".
Ce n'est pas la première fois que les autorités togolaises sont
accusé es
d'abus et de violations graves des droits de l'Homme. Amnesty
International
avait déjà, suite à des investigations menées sur place, accusé
les
autorités d'avoir fait tuer des centaines d'opposants et
militaires dont les
corps auraient été jetés dans la mer.
Plusieurs cadavres rejetés par la mer auraient été découverts par
les
populations riveraines au Togo et au Bénin. Mais le pouvoir, qui a
intent é
une action en justice contre Amnesty International, réfute
toujours ces
accusations.

