BRAZZAVILLE, 31 juill. (IPS) – Plusieurs mois après le lancement
de
l'opération de ramassage des armes de guerre détenues par les
diverses
factions miliciennes, les autorités politiques et militaires du
Congo
dénombrent encore plus de 15.000 armes en circulation illégale
dans ce pays
d'Afrique centrale.
"Depuis la signature des accords de cessez-le-feu le 16 novembre
et le 29
décembre 1999, seulement 3.000 armes ont été ramassées", a déclar
é le
Général Gilbert Mokoki, président du comité de suivi des accords
de
cessez-le-feu et de cessation des hostilités, dans une déclaration
diffusée
à la radio nationale.
Le ramassage des armes constitue l'une des clauses de ces accords
de paix
conclus l'année dernière par les troupes gouvernementales et les
factions
armées sous l'égide du Président gabonais Omar Bongo, médiateur
dans la
crise congolaise. Les accords demandent que toutes les armes
soient
ramassées sur l'ensemble du territoire national, notamment dans
les
anciennes zones de conflit.
Le Président gabonais en a fait une condition de l'organisation
prochaine du
'dialogue national sans exclusive' prévu par les mêmes accords de
cessez-le-feu. Toute la classe politique, y compris l'opposition
en exil,
ainsi que les religieux et la société civile prendront part à ce
dialogue
destiné à régler le conflit congolais de manière pacifique.
La détention illégale des armes de guerre constitue une menace
pour la
sécurité des personnes, comme en témoignent les assassinats
crapuleux
survenus récemment à Talangaï, quartier Nord de Brazzaville la
capitale,
fief des anciens miliciens cobras de l'actuel Président Denis
Sassou
Nguesso. Aucune opération de grande envergure n'a été menée par la
force
publique dans ce quartier pour récupérer les armes qui y ont été
distribuées
durant la guerre de 1997. A ce jour, seulement 150 armes y ont été
ramassées.
Selon le colonel Pascal Abia, officier de gendarmerie et président
du comité
de suivi des accords de paix, le district d'Owando, dans le Nord,
a battu
tous les records pour avoir restitué à la force publique près de
800 armes
de guerre.
"Il faut que le Gouvernement procède au ramassage des armes. Il y
en a
encore beaucoup dans le quartier de Talangaï", précise Armand
Fidèle
Ekoueth. Comme lui, certains habitants de Talangaï, excédés par
l'horreur,
demandent au Gouvernement d'y reprendre l'opération de ramassage
des armes.
"Le Gouvernement doit donner à la police des moyens suffisants
pour lui
permettre d'organiser des patrouilles dans cet arrondissement",
estime Ekoueth.
Les habitants de Brazzaville pensent que le retour de la sécurité,
notamment
à Talangaï, un quartier jugé dangereux, passe par le ramassage
systématique
des armes de guerre qui y circulent encore. "Je souhaite que le
Gouvernement, avec le concours de la force publique, reprenne
l'opération de
ramassage des armes sans plus tarder", affirme Armel Emiou,
étudiant.
"Pour que l'opération réussisse, il faut associer les chefs des
blocs et
des quartiers. Certains hommes politiques, qui avaient les armes
pendant la
guerre de 1997, sont encore en vie et savent à qui ils les avaient
remises", estime Emiou.
A la fin de cette guerre, la force publique avait mené une
opération de
ramassage des armes dans ce quartier Nord de la capitale
congolaise. Elle
avait consisté en la remise des armes aux autorités compétentes en
échange
d'une prime. Mais cette méthode n'avait pas permis de récupérer
toutes les
armes. "Le relâchement des patrouilles de la force publique dans
les
quartiers Nord a favorisé la reprise des activités des braqueurs
et autres
assassins", explique Ekoueth.
Lors de la guerre de décembre 1998 dans les quartiers Sud de
Brazzaville, la
plupart des bandits qui y sévissaient avaient trouvé refuge dans
les
quartiers Nord, principalement Talangaï, qui ont été relativement
épargnés
par les affrontements.
"A mon avis, le Gouvernement devra occuper les jeunes en les
réinsérant
dans la vie sociale. Les autorités nationales doivent avoir une
réelle
politique de réinsertion des jeunes. Le désuvrement amène les
jeunes à se
servir des armes", s'inquiète Elodie Obié, une enseignante.
A plusieurs reprises, les autorités militaires ont reconnu que
certaines
nouvelles recrues brillent par des comportements inciviques.
"Quelques-unes
des nouvelles recrues étaient précédemment des bandits à mains
armées qui
n'ont pas abandonné leurs mauvaises habitudes, même après leur
intégration
dans l'armée nationale", souligne Obié.
En avril dernier, le maire de Talangaï, Aimé Bokino, s'inquiétait
de la
situation d'insécurité dans son arrondissement, tout en
reconnaissant une
légère amélioration. Dans un rapport, Bokino indiquait que "les
problèmes
d'insécurité à Talangaï se résument au banditisme dans les école s
publiques,
aux vols simples et qualifiés, aux assassinats, aux viols et aux
braquages".
Bokino a suggéré la poursuite de l'opération de ramassage des
armes détenues
illégalement par les tiers et les jeunes recrues, ainsi que la
création
d'emplois nouveaux pour lutter contre le désuvrement des jeunes.
Il
préconise également la nomination d'officiers compétents et
responsables à
la tête des postes de police nationale. Tout ceci, conclut-il,
devrait aller
de pair avec la fourniture par l'Etat de moyens de transport et de
communication adéquats, et la réhabilitation des locaux des postes
de
police.

