DROITS-NIGERIA: Le projet de loi sur les enfants moisit dans les tiroirs

LAGOS, 28 juill. (IPS) – Le projet de loi, qui a été rédigé sous
le
gouvernement militaire du Président Ibrahim Babangida (1985-1993),
pour
protéger les droits des enfants nigérians, reste toujours un
brouillon, sept
années après la disparition du régime.

Ce document de 183 pages intitulé 'Droit des enfants et des jeunes
gens',
dont IPS a obtenu copie, énumère clairement les droits de l'enfant
nigérian.
Parmi ces droits à protéger figurent le rôle des organisations non
gouvernementales et l'administration de la justice en faveur de
l'enfant.
'Chaque enfant a le droit à la vie et à un développement durable',
indique
le document dans sa section sur les droits et les responsabilités
d'un enfant.
La section comporte une sous-section entière consacrée au droit
aux soins de
santé pour chaque enfant, en prescrivant par exemple à 'chaque
gouvernement
au Nigeria de s'efforcer de réduire les taux de mortalité
infantile'.
'Chaque gouvernement devra assurer la fourniture de l'assistance
médicale et
des soins de santé nécessaires à tous les enfants en mettant
l'accent sur le
développement des soins de santé primaire', indique l'avant-projet
de loi.
L'avant-projet a également prévu des lois pour lutter contre 'la
maladie et
la malnutrition dans le cadre des soins de santé primaires à
travers
l'application d'une technologie appropriée'.
Bien que l'avant-projet prévoie des peines pour tout parent,
tuteur ou toute
personne, qui refuse de donner une couverture immunitaire complète
pour tout
enfant âgé de moins de deux ans, aucune pénalité ni compensation
n'est
prescrite pour le non-respect de cette disposition par le tiers du
gouvernement ou des autorités.
Tout parent ou tuteur défaillant sera puni d'une amende de 5.000
nairas
(environ 50 dollars US) ou d'un mois d'emprisonnement ferme.
Ashake Adio, une infirmière dans une clinique du gouvernement
local de
Lagos, affirme que l'absence d'une loi pour appliquer
l'immunisation
pourrait être responsable du taux de mortalité élevé dans le pays.
'Malgré les campagnes mobiles, la radio et la télévision,
plusieurs parents
ne voient toujours pas la nécessité d'immuniser leurs enfants
contre les
maladies', a déclaré Adio à IPS à Yaba, un quartier populeux de la
ville.
Les statistiques contenues dans une publication récente de
l'UNICEF,
"Progrès des nations, 2000", confirment la mauvaise assistance
au
bien-être des enfants de la nation la plus peuplée d'Afrique.
Avec un taux de couverture de 21 pour cent, le Nigeria se place
bien en
dessous de la moyenne de 48 pour cent en Afrique sub-saharienne
pour la
couverture complète contre les trois maladies – diphtérie, la
coqueluche et
le tétanos.
Ces chiffres sont de loin inférieurs aux chiffres obtenus dans
trois autres
nations d'Afrique de l'Ouest- la Gambie avec 96 pour cent, le
Bénin avec 81
pour cent, et le Ghana avec 68 pour cent.
'Une action urgente est requise pour soustraire le Nigeria de ce
bas niveau
de couverture vaccinale et pour assurer des services
d'immunisation plus
acceptables et plus consistants pour tous ses enfants', indique
Christian
Voumard, représentant de l'UNICEF au Nigeria.
Le rapport de l'UNICEF peint également un tableau sombre du taux
de
croissance des enfants dans le monde, en particulier dans les
nations en
voie de développement.
Sur les 39 pour cent d'enfants âgés de moins de 5 ans ou les 209
millions
d'enfants dans les pays en voie de développement dont la
croissance a ét é
arrêtée, le Nigeria représente un énorme taux de 20 millions ou
environ 10
pour cent.
Bien que le Nigeria soit l'un des 13 pays en Afrique sub-
saharienne dont les
enfants de moins de 5 ans sont au-dessus de la moyenne régionale
de 40 pour
cent, le pays a toujours un taux global de couverture vaccinale
qui est de
43 pour cent.
Selon le rapport de l'UNICEF, "une alimentation inadéquate et des
maladies
à répétition sont les causes immédiates de cet arrêt de croissance
chez le
jeune enfant. Le cercle vicieux est, lui-même, un résultat de la
pauvreté et
l'incapacité conséquente des familles à prendre convenablement
soin de leurs
enfants".
"Les enfants petits de taille pourraient ne jamais retrouver la
taille
perdue et la plupart ne reprendront jamais le poids correspondant.
Et
lorsque l'étape de la tendre enfance se referme, les dégâts sur la
connaissance qui y sont liés sont souvent irréversibles", indique
le rapport.
La troisième partie de cet avant-projet de lois traite de la
protection du
droit de l'enfant.
"Tout enfant qui n'a pas atteint l'âge de maturité ne pourra pas
contracter
un mariage valable", indique la section 15 de l'avant-projet de
lois qui
proscrit également les fiançailles d'un tel enfant par un parent
ou un tuteur.
L'âge de maturité selon l'avant-projet de loi est 14 ans.
Toute personne déclarée coupable d'avoir marié ou d'avoir
encouragé les
fiançailles d'un enfant âgé de moins de 14 ans est, si la loi
entre en
vigueur, reconnue coupable de violation passible d'une amende de
50.000
Naira (500 dollars US) ou d'un emprisonnement n'excédant pas cinq
ans ou les
deux.
Les enfants sont également protégés, conformément à la loi
proposée, contre
les tatouages ou toutes cicatrices corporelles, qui dans le passé,
étaie nt
utilisés par les tribus pour différencier les indigènes d'un
groupe ethnique
d'un autre.
L'emprisonnement pour une période allant jusqu'à trois ans et/ou
une amende
de 30.000 nairas est prescrit pour tout individu déclaré coupable
de
tatouage sur un enfant âgé de moins de 18 ans.
Les fillettes sont également protégées contre les mutilations
génitales, une
pratique culturelle.