SANTE-AFRIQUE: L'OMS cherche la réduction de la dette pour s'attaquer à la pauvreté

HARARE, 26 juill. (IPS) – Le Directeur Régional de l'Organisation
Mondiale
de la Santé (OMS), Ebrahim Samba, a un autre mandat : utiliser les
différents fora internationaux pour obtenir 'l'annulation totale
de la
dette', afin d'appuyer les efforts de réduction de la pauvreté
dans les pays
de la Région Afrique.

En clôturant la semaine dernière à Harare, capitale du Zimbabwe,
leur
réunion de trois jours sur la pauvreté et la santé, les délégués
ont
également demandé au Docteur Samba d'utiliser les mêmes fora pour
rechercher
des fonds supplémentaires qui seront utilisés pour traiter la plus
grande
maladie de l'Afrique : la pauvreté.
Samba a indiqué que même s'il accueillait avec plaisir l'annonce
de
l'allégement de la dette pour les pays de la Région Afrique, une
telle
mesure constituait seulement une étape vers la réduction de la
pauvret é, et
non une panacée pour la réalisation de cet objectif.
Il a averti que les fonds provenant de la remise de la dette
doivent être
investis de manière judicieuse pour avoir l'effet escompté, et
garder la
confiance des partenaires extérieurs.
"Nous devons être dynamiques et prendre notre destinée dans nos
mains.
C'est seulement à ce moment-là que les partenaires nous prendront
au sérieux
et nous apporteront l'assistance que nous leur demandons", a
déclaré le
Directeur Régional de l'OMS.
"La transparence dans la gestion est le mot d'ordre de nos
donateurs. Nous
ne pouvons pas espérer un appui soutenu venant d'eux si les
ressources
qu'ils nous octroient sont mal affectées ou mal gérées", a
avertit Samba.
Environ 40 pour cent du budget annuel de l'Afrique est utilisé
pour honorer
le service de la dette extérieure estimée en 1998 à 350 milliards
de dollars
US. En Tanzanie, en Zambie, au Niger, au Mozambique et en Ouganda,
les
dépenses publiques consacrées au remboursement de la dette sont
supérieures
aux ressources allouées à la santé et à l'éducation réunies.
Selon l'OMS, les dettes restent un obstacle à l'accélération de la
croissance et à l'amélioration de la distribution des fruits de la
croissance.
Bien que l'allégement de la dette ne soit pas une panacée dans les
efforts
de réduction de la pauvreté dans beaucoup de pays en
développement, il peut
être lié à l'appui et au renforcement des programmes de réduction
de la
pauvreté.
Pour atteindre cet objectif, indique l'Organisation Mondiale de la
Santé, on
devrait faire de la santé une composante importante des
politiques,
stratégies et plans d'action nationaux de réduction de la
pauvreté.
Selon les experts de la santé, les stratégies de réduction de la
pauvreté
développées n'ont pas été complètes et n'ont pas un caractère
participatif
comme on l'espérait.
Les ministères clés du gouvernement, y compris celui de la Santé,
parmi les
grands acteurs importants, n'ont pas été étroitement impliqués
dans
l'évaluation de la pauvreté, la conception et la mise en uvre des
stratégies de sa réduction.
"Si on veut briser le cercle de la pauvreté et de la maladie,
alors le
ministère de la Santé ne peut et ne devrait plus être laissé à la
touche",
indique l'OMS dans une note circulaire à la première Consultation
Régionale
sur la Pauvreté et la Santé, qui s'est achevée en fin de semaine à
Harare.
Plus de 120 délégués ont pris part à cette réunion de trois jours,
dont
l'objectif était de créer un consensus entre les parties prenantes
pour
faire de la santé une composante importante des politiques,
stratégies et
plans d'action nationaux de réduction de la pauvreté.
Selon le Directeur Régional de la Santé, la pauvreté, en tant
qu'obstacle au
développement, "est la plus grave maladie qui menace actuellement
le
continent".
Samba a demandé qu'on établisse des liens forts entre la pauvreté
et la
maladie, déclarant que 'la santé fragile retient les pauvres
prisonniers de
la pauvreté, et la pauvreté les maintient dans une santé
fragile".
Bien que la Région Afrique soit l'une des régions les plus riches
en termes
de ressources naturelles, elle abrite les populations les plus
pauvres du monde.
L'OMS estime que le pauvre supporte un poids inégal de la maladie.
Vingt
pour cent des personnes les plus pauvres de la planète meurent
d'environ
deux tiers des maladies contagieuses au monde. Le paludisme, la
mortalité
périnatale et les carences nutritionnelles occupent une place
essentielle.
"La pauvreté a été identifiée comme une cause, un facteur associé
, un
catalyseur et une conséquence de la maladie", indique l'OMS.
"La relation entre la pauvreté et la maladie a deux volets : la
santé
fragile retient les pauvres dans la pauvreté, et la pauvreté les
maintient
dans une santé fragile ou cette santé fragile est une cause et une
conséquence de la pauvreté".
"Une implication de cette relation (c'est-à-dire que la pauvreté
est un
grand facteur de risque pour la maladie et l'invalidité) a depuis
longtemps
été reconnue par les décideurs politiques dans le domaine de la
sant é, mais
l'autre revers de la médaille (selon laquelle une santé améliorée
peut
empêcher la pauvreté et offrir une voie de sortie de la pauvreté)
n'a pas
été bien mis en exergue".
A la réunion de Harare, on a appris que l'absence d'une attention
égale aux
"deux facettes de la médaille" a, à une grande échelle, réduit
l'efficacité des efforts destinés à briser le cercle vicieux de la
pauvreté
et de la maladie.
La pauvreté reste l'un des plus grands défis en Afrique au Sud du
Sahara. De
plus en plus de gens dans la région sont confrontés à la maladie,
à
l'analphabétisme, au chômage, à un logement indécent, au manque de
terre, à
la discrimination et à d'autres formes de privations.
Entre 45 et 50 pour cent des populations d'Afrique au sud du
Sahara vivent
en dessous du seuil de pauvreté. Le taux de disponibilité des
services
sociaux dans la plupart des pays d'Afrique sub-saharienne est l'un
des plus
bas au monde.
A la fin de la consultation régionale sur la pauvreté et la santé,
les
délégués ont recommandé à l'OMS de documenter et de disséminer
les
meilleures pratiques sur les interventions dans le domaine de la
santé pour
la réduction de la pauvreté.
La réunion a également recommandé que les stratégies de réduction
de la
pauvreté adoptées par les pays soient sensibles au genre, et
contiennent des
éléments qui fassent la promotion des opportunités économiques,
améliorent
les capacités et l'habilitation des populations.
Samba a attribué la pauvreté alarmante en Afrique à un certain
nombre de
facteurs internes et externes. Mais il note que les Africains ont
la
responsabilité de s'attaquer au problème en résolvant correctement
les
questions de gouvernance, de mauvaise gestion et de corruption
entre autres.
(END/IPS/lm/sm/mt/ko/nrn/00)
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