FINANCE: Des médicaments anti-SIDA moins chers pour l'Afrique?

WASHINGTON, 24 juil. (IPS) – La Banque Américaine d'Import-Export
a annoncé
un programme d'un milliard de dollars pour financer l'achat de
médicaments
devant servir au traitement du SIDA dans un certain nombre de
nations
d'Afrique sub-saharienne ravagées par le VIH.

Sous ce programme, les grandes compagnies pharmaceutiques
américaines
cèderont leurs produits à des prix réduits, et la Banque d'Import-
Export
financera leurs exportations grâce à des prêts de cinq ans, dans
le but de
réduire le coût des médicaments anti-SIDA en Afrique sub-
saharienne.
La décision, qui a été rendue publique à Washington la semaine
dernière,
fait suite à la décision prise par les nations africaines à la
Conférence
Mondiale contre le SIDA à Durban (Afrique du Sud), de rechercher
des moyens
moins coûteux pour l'acquisition de produits anti-SIDA. Ces moyens
sont,
entre autres, le recours à l'importation des médicaments sous nom
générique
en provenance d'autres pays en voie de développement.
L'initiative de la Banque Américaine d'Import-Export ne les aidera
pas sur
ce point. "L'autorité de la Banque est limitée à l'octroi de
prêts pour
l'achat des produits américains, dont la plupart sont utilisés
dans le
traitement du VIH/SIDA", affirme le Directeur de la Banque, James
Harmon.
Le programme bénéficiera à 24 nations situées au Sud du Sahara. Au
nombre de
celles-ci figurent le Bénin, le Botswana, le Burkina Faso, le
Cameroun, le
Cap Vert, la Côte d'Ivoire, le Gabon, la Gambie, le Ghana, le
Niger, le
Nigeria, le Sénégal, les Seychelles, l'Afrique du Sud, le
Swaziland, la
Tanzanie, l'Ouganda et le Zimbabwe.
Toutefois, il y a des doutes sur la manière dont les prêts de la
Banque, qui
pratique des taux commerciaux, permettront l'approvisionnement en
produits
pharmaceutiques à des coûts moins élevés.
Dans quelques semaines, cinq compagnies pharmaceutiques impliquées
dans le
projet, commenceront une évaluation pays par pays pour déterminer
l'étendue
des réductions qu'elles peuvent concéder. Ce sont Merck & Co.,
Glaxo
Wellcome, Boehringer Ingelheim, Bristol-Myers Squibb et F. Hoffman-
La Roche.
En mai, les compagnies avaient convenu de casser les prix de leurs
médicaments en dessous de ceux qui sont normalement appliqués
ailleurs dans
le monde, et ceci au profit de l'Afrique au Sud du Sahara.
L'approvisionnement annuel dans les trois médicaments anti-SIDA
côute à
chaque malade plus de 12.000 dollars. Les prêts de la Banque
d'Import-Export
seront concédés à des taux commerciaux, dont la moyenne est de 7
pour cent
aux Etats Unis, un chiffre que plusieurs des pays pauvres très
endettés
d'Afrique ne pourraient pas trouver particulièrement attrayant.
Même avec des réductions allant jusqu'à 90 pour cent, les
médicament s
coûteraient encore environ 2.000 dollars par an, ce qui est
largement
supérieur au revenu moyen par tête d'habitant (500 dollars) dans
plusieurs
des pays les plus touchés.
L'année dernière, les ventes pharmaceutiques mondiales étaient
estimées à
200 milliards de dollars.
Tout en louant les efforts de la Banque d'Import-Export,
l'ambassadeur
ougandais aux Etats Unis, Koby Koomson, a déclaré que les
compagnies
pharmaceutiques doivent encore "étudier les voies et moyens pour
rendre ces
produits plus abordables aux populations africaines".
Il a affirmé que les pays développés doivent consacrer davantage
de
ressources financières à l'Afrique. Koomson souhaite également des
partenariats avec des pays africains visant à apporter un "soin
complet aux
malades, et des programmes éducatifs pour aider à prévenir la
propagation de
la maladie".
Il y a actuellement un débat sur la meilleure approche de
traitement du
VIH/SIDA dans les pays en voie de développement, en particulier en
Afrique
au Sud du Sahara, où on estime à quelque 24 millions le nombre de
personnes
infectées.
Après la Conférence sur le SIDA qui s'est tenue à Durban, quelques
pays au
Sud du Sahara ont annoncé qu'ils étudieraient la possibilité
d'utiliser les
médicaments sous nom générique, ce qui, selon Médecins Sans
Frontière (MSF),
pourrait ramener le coût du traitement à 200 dollars par personne
par an.
Le Brésil et la Thaïlande ont eu des résultats satisfaisants à cet
égard. Au
Brésil, 80.000 personnes ont été traitées grâce à l'utilisation
de
médicaments sous nom générique vendus à des prix abordables, ce
qui a ramené
les médicaments de tri-thérapie à un coût qui est
approximativement de 1.000
dollars par an. Toutefois, en Ouganda, où le Gouvernement utilise
des
médicaments d'officine dans l'initiative de l'ONUSIDA, moins de
1.000
personnes ont été traitées au cours de la même période.
Les compagnies pharmaceutiques américaines se sont fortement
opposé à toutes
les tentatives des gouvernements africains de réduire le prix des
médicaments anti-SIDA. A un certain moment, l'Association des
Fabricants et
des Chercheurs en Produits Pharmaceutiques basée aux Etats Unis, a
menac é
d'intenter un procès à l'Afrique du Sud si elle votait des lois en
faveur de
la licence obligatoire.
La licence obligatoire est un arrêté du tribunal ou de tout organe
gouvernemental permettant à tout individu ou gouvernement
d'utiliser un
brevet sans la permission de celui qui détient le monopole du
brevet, dans
l'intérêt public.
Mais puisque l'épidémie fait des ravages, 95 pour cent des 34,3
millions des
personnes vivant avec le VIH/SIDA dans le monde entier n'ont pas
accès au
traitement, et la propagation de l'épidémie a été exacerbée par ce
manque
d'accès aux médicaments.
"Plusieurs facteurs contribuent au problème d'accès limité aux
médicaments
essentiels : le système émergeant du commerce mondial, qui dicte
les règles
devant régir la manière dont les produits doivent être vendus
aussi bien à
l'intérieur des Etats qu'entre les Etats. Ce système traite les
médicaments
comme les autres produits non essentiels", indique l'organisation
médical e
humanitaire, Medecin Sans Frontière (MSF).
Un tiers de la population mondiale n'a pas accès aux médicaments
essentiels.
Dans les pays les plus pauvres d'Afrique et d'Asie, ce nombre est
de plus de
50 pour cent.
Dans l'un des pays les plus touchés, l'Afrique du Sud, il y a plus
de 3,5
millions de personnes infectées par le VIH, sur 43 millions que
compte le
pays. La Campagne d'Action pour le Traitement, qui fait
actuellement
pression en faveur de médicaments de substitution moins chers,
estime qu'il
est impossible à la grande majorité de la population de faire face
aux coûts
du traitement.
La grande majorité des gens en Afrique du Sud vivant avec le VIH
sont
pauvres et sont Noirs, et les jeunes femmes sont celles qui sont
les plus
exposées au risque d'infection dans un pays où plus de 60 pour
cent des
personnes employées gagnent moins de 250 dollars par mois.
TRAC déclare que le problème est plus sérieux. Il ne se limite pas
seulement
à l'acquisition des produits facilement accessibles contre le
SIDA, puisque
même l'accès aux médicaments pour les infections opportunistes est
de plus
en plus limité. "Ceci inclut le manque de traitement pour la
retinitis, la
méningite, ou même de sérieux cas de candidose", indique TRAC.
Selon l'ONUSIDA, en vue d'aider à résoudre les problèmes du
VIH/SIDA en
Afrique, les nations riches doivent prendre des engagements fermes
pour
appuyer les programmes nationaux à concurrence de 3 milliards de
dollars par
an, ce qui fait environ 10 fois le montant qui est actuellement
dépensé.
"Nous sommes une agence commerciale, et non une agence d'aide",
dit
Harmon. Le premier rôle d'une Banque d'Import-Export est de
fournir des
financements approuvés par le Congrès pour des exportations
américaine s
susceptibles de bénéficier de crédits, et de créer des emplois au
profit des
Américains.
Wendy Roseberry, une experte technique principale pour la région
Afrique de
l'Est et l'Afrique australe à la Banque Mondiale, affirme que
l'initiative
est la bienvenue parce qu'elle donne aux Gouvernements africains
une option
supplémentaire dans leur choix de résolution des crises.
Toutefois, elle estime qu'on ne fait toujours pas assez pour
traiter le SIDA
sur le plan international, alors que la Conférence de Durban s'est
focalisée
sur la meilleure manière d'apporter le traitement. Elle se demande
également
si les nations pauvres peuvent bénéficier de plus de prêts pour
faire face
au VIH/SIDA.
"Alors que nous semblons mettre l'accent sur l'allègement de la
dette d'une
part, nous parlons d'autre part de contracter des emprunts pour
faire face
au SIDA", observe-t-elle. "Ce sont des choix politiques
difficiles pour
les pays d'Afrique au Sud du Sahara".
Roseberry pense que certains pays n'ont d'autre choix que
d'emprunter pour
atténuer les nouvelles infections qui pourraient coûter plus cher
à long terme.
La voie de financement de la Banque d'Import-Export ne coûtera pas
moins
cher que l'importation de médicaments sous nom générique. Cette
voie
alourdira certainement le poids de la dette des pays pauvres
d'Afrique, dont
29 cherchent un allègement de leur dette à travers l'Initiative
'Pays
Pauvres Très Endettés' (PPTE).