COTONOU, 22 juill. (IPS) – L'allégement de moitié de la dette
extérieu re du
Bénin par la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International
(FMI),
donne un nouvel élan dans l'exécution des projets sociaux dans ce
pays
pauvre d'Afrique de l'Ouest.
Les institutions de Breton Woods ont annoncé cette semaine
l'allégement de
la dette extérieure du Bénin pour un montant de 460 millions de
dollars US,
soit environ 322 milliards de francs Cfa.
Ce chiffre représente environ la moitié de la dette extérieure du
Bénin,
pays classé dans la catégorie des Pays Pauvres Très Endettés
(PPTE).
Les ressources ainsi libérées au profit du Bénin serviront à
financer des
projets sociaux pouvant contribuer à la réduction de la pauvreté.
Il s'agit
de la construction de nouvelles écoles, de centres de santé, de
pistes de
desserte rurale.
Un communiqué rendu public à ce sujet par le ministère des
finances du Bénin
précise que cet allégement vient récompenser le Bénin pour ses
résultats
appréciables obtenus sur le plan de la stabilité macro-économique
et de
l'assainissement des finances publiques.
Les administrateurs des deux institutions financières mondiales
ont ainsi
voulu marquer leur appréciation des efforts entrepris par le Bénin
en
matière de gestion de son économie, de lutte contre la corruption
et
d'instauration de la bonne gouvernance.
Au titre de l'année 2000, le Bénin bénéficie déjà de la part du
FMI et de la
Banque Mondiale d'un allégement de l'ordre de 3,5 milliards de
francs Cfa.
Le gouvernement prévoit utiliser une partie de cette somme pour
recruter
des enseignants contractuels dans l'enseignement public et
accorder une
subvention de fonctionnement aux établissements scolaires publics
primaires.
De plus, cet allégement permet à ce pays pauvre d'Afrique de
l'Ouest,
d'accéder également à un nouveau Programme triennal d'Ajustement
Structurel
(2000-2002).
La signature de ce nouveau programme permet au Bénin de bénéficier
d'une
aide budgétaire de 27 millions de Droits de Tirages Spéciaux
(DTS), soit une
somme d'environ 24,1 milliards de francs Cfa, de la part du Fonds
Monétair e
International.
Cette somme, accordée sous forme de prêt, sera décaissée en trois
tranches
annuelles à raison de 9,7 milliards de francs Cfa en 2000, 7,2
milliards en
2001 et 7,2 milliards en 2002.
Les projets financés par ce prêt porteront spécifiquement sur la
réduction
du taux de la mortalité infantile, l'augmentation de l'espérance
de vie des
Béninois, l'augmentation du taux d'alphabétisation des adultes et
du taux de
scolarisation des filles et des garçons. Il servira aussi à
financer la
construction de centres de santé dans les villages du Bénin qui en
sont
encore démunis.
Les projets d'adduction d'eau potable dans les nombreuses
localités du Bénin
qui en sont encore dépourvues et les projets destinés à la
protection et à
l'assainissement de l'environnement seront également réalisés
grâce à ce prêt.
Les décaissements progressifs des fonds promis seront toutefois
soumis à la
poursuite des réformes structurelles entreprises par le Bénin en
vue
d'aboutir à un assainissement total de ses finances publiques.
Les réformes exigées concernent par exemple la libéralisation
totale de
l'activité de production et le désengagement de l'Etat des
secteurs
concurrentiels.
Les bailleurs de fonds exigent entre autres mesures que
transparence et
concurrence soient instaurées dans le secteur des
télécommunications, de
l'énergie et des transports.
A terme, le gouvernement de la République du Bénin affirme vouloir
"atteindre un taux de croissance économique réelle d'au moins 5%,
le
maintien de l'inflation en deçà de 3%, et la réduction progressive
du
déficit courant des paiements extérieurs".
Pour y parvenir, le gouvernement devra faire l'effort, pendant les
trois
prochaines années, de maintenir son déficit budgétaire à 3% du
Produit
Intérieur Brut (PIB).
Une revue à mi-parcours du nouveau Programme d'Ajustement
Structurel aura
lieu en novembre 2000.
Annoncée à coups de communiqués dans toute la presse béninoise par
le
ministère des Finances, cette remise de dette, accompagnée d'un
nouveau
Programme d'Ajustement Structurel (PAS), suscite à la fois joie et
inquiétude chez le Béninois moyen.
Si l'ensemble des personnes interrogées s'accordent à reconnaître
que
l'allégement de la dette est une bonne nouvelle pour le pays,
elles émettent
aussi de sérieuses réserves sur le nouveau Programme d'Ajustement
structurel.
Naïma Bello, enseignante à Cotonou et mère de famille, se réjouit
au premier
abord de la "bonne nouvelle" parce que, dit-elle, "cela va
permettre au
Bénin d'avoir une masse d'argent frais pour construire des
infrastructures
de développement dont il a beaucoup besoin".
Mais après quelques instants de réflexion, elle se rebiffe
immédiateme nt
expliquant qu'au cours des précédents Programmes d'ajustement
structurel, le
pays avait dû prendre des mesures difficiles qui ont conduit au
gel des
recrutements dans la Fonction publique et à la vague de chômages
auquel la
jeunesse est aujourd'hui confrontée.
"Nous voulons bien l'argent du FMI et de la Banque Mondiale, mais
nous ne
voulons plus voir nos enfants errer à la maison dans la souffrance
alors
qu'ils ont terminé leurs études et n'attendent qu'un travail",
martèle-t-elle.
Yvon Dotou, cadre de l'administration béninoise, pense que toutes
les aides
venant du FMI et de la Banque Mondiale ne sont jamais gratuites.
"Elles
sont toujours accompagnées de lourds sacrifices que seuls les
jeunes et les
pauvres payent plus tard".
Pour les quelques personnes sans emplois interrogées, les jeunes
surtout,
cet argent est plutôt le bienvenu car il servira à créer des
emplois.
C'est ce qu'espère Joachim Hounsa, économiste de formation. Il se
réjouit de
la nouvelle qui, espère-t-il, lui permettra de quitter sa baraque
de
photocopies et de saisies informatiques pour enfin exercer le
métier pour
lequel il a été formé.

