ECONOMIE-ZIMBABWE: Les donateurs ne sont pas apaisés par les élections

HARARE, 21 juill. (IPS) – Le Zimbabwe a certes organisé le mois
dernier des
élections législatives fort attendues, mais il faudra quelque
temps avant
que les bailleurs de fonds soient remis en confiance et reprennent
leur
aide, une aide dont le pays a cruellement besoin.

Selon la Standard Chartered Bank, il y a très peu de chances que
le
financement des bailleurs de fonds reprenne cette année, puisque
les
principaux donateurs attendent de voir comment les allégations de
violence
au cours de la campagne électorale et les accusations de fraudes
seront
résolues, a indiqué une banque locale.
Certaines sources gouvernementales et certains hommes d'affaires
pensent que
maintenant que les élections sont terminées, le financement des
donateurs
reprendra.
Mais dans sa dernière Revue Economique, la Standard Chartered Bank
du
Zimbabwe a indiqué que la conclusion de l'Union Européenne selon
laquelle
les élections n'étaient pas justes et équitables exercera
probablement une
influence défavorable sur les décisions des donateurs.
Les élections législatives Zimbabwéennes tenues le mois dernier,
ont été
condamnées par les observateurs internationaux et les
organisations des
droits de l'homme qui pensent qu'elles ont été sérieusement
truquées ..
Les agressions perpétrées contre des membres de l'opposition ont
fait 32
morts et des centaines de blessés. Le ZANU-PF, qui est au pouvoir
depuis
l'indépendance du pays en 1980, a remporté de justesse des
élections
âprement disputées.
Les analystes politiques disent que sans la violence et
l'intimidation dont
il a fait l'objet, le parti de l'opposition, le MDC aurait gagné
les
élections. Le parti au pouvoir, le ZANU-PF a obtenu 62 sièges sur
les 120
députés élus. Le MDC a obtenu 57 sièges et un autre petit parti a
obtenu 1
siège.
Le premier Président noir de la Cour Suprême, Enoch Dumbutshena, a
également
déclaré que les élections législatives du mois dernier n'étaient
pas libres
et équitables.
L'ancien Président de la Cour Suprême à la retraite, Dumbutshena a
indiqué
que les populations dans les zones rurales ont voté pour le parti
au pouvoir
parce qu'elles craignaient pour leurs vies si le parti au pouvoir
perdait le
vote dans ces circonscriptions électorales.
"Je crois que les élections ne sont pas libres et équitables dans
leur
totalité", déclare Dumbutshena. "Pour déterminer si une élection
est libre
et équitable ou non, il faut inclure la période de campagne, est-
ce que les
campagnes ont été menées dans une atmosphère équitable ? Si non,
alors le
résultat final ne peut pas être des élections libres et
équitables" ..
"Au cours des dernières élections, je n'ai jamais vu un parti qui
a eu une
conduite aussi brutale contre ses propres populations, tuant des
gens
simplement parce qu'ils appartiennent à l'opposition et non
seulement cela,
molestant les enseignants et fermant les écoles, ainsi de suite"
affirme le
respectable juge.
"Cela a eu un impact énorme sur le moral des populations
particulièreme nt
dans les zones rurales. Les gens ont cédé à la violence",
reconnaît
Dumbutshena.
Un autre obstacle principal au retour rapide des donateurs,
indique la
banque, réside dans la question de redistribution des terres qui
n'a pas été
réglée.
"La communauté des donateurs veut qu'on mette fin aux occupations
et
souhaite qu'on supprime la clause de la Constitution qui donne le
pouvoir au
Gouvernement de saisir les fermes commerciales sans
compensation", a
déclaré la banque.
Il y a environ trois mois, le Président Robert Mugabé a publié
dans le
journal officiel l'Acte d'Acquisition des terres, qui permet au
gouvernement
d'acquérir les terres d'office pour y reloger des noirs qui ne
possèdent pas
de terres, et ceci sans payer des compensations.
"Cette clause est une violation flagrante des droits de
propriété, et aussi
longtemps qu'elle sera dans le code de loi, il sera très difficile
au Fonds
Monétaire International et à la Banque Mondiale de reprendre leur
assistance
– en dehors des programmes humanitaires", a indiqué la Standard
Chartered Bank.
Le Gouvernement a ciblé 804 fermes devant être acquises, et a
annoncé son
intention de poursuivre l'acquisition des fermes commerciales
appartenant
aux blancs. Ces fermes ont été répertoriées l'année dernière.
Quelque 300
ordres d'expulsion des fermes n'ont pas été contestés, mais il y a
eu des
objections dans 500 affaires.
Les espoirs d'un retour à la normale sur les fermes qui ont été
envahies par
les vétérans de la guerre de libération de 1970, n'ont toujours
pas été
réalisés.
De nouvelles invasions ont lieu actuellement. Plus de 1.700 fermes
ont ét é
occupées.
"En supposant que le transfert de 804 fermes continuera comme
prévu, il est
probable que la production commerciale diminue d'au moins 10 à 15
pour cent
en 2001, ce qui indique une baisse future du PIB l'année
prochaine", selon
Standard Chartered.
La banque a également indiqué que le financement du FMI et de la
Banque
Mondiale dépend du fait que le Gouvernement impose un certain
nombre de
mesures économiques extrêmement difficiles, portant sur
l'accroissement
chronique du déficit budgétaire, le taux de change et l'inflation.
"Aucun de ces problèmes ne sera probablement pas résolu dans un
bref délai,
ce qui suggère que le soutien du FMI et de la Banque Mondiale ne
va pas
reprendre en 2000", a indiqué Chartered.
L'assistance bilatérale des donateurs sera probablement limitée
aux
programmes sociaux et humanitaires, canalisée à travers les ONG,
plutô t que
la balance des paiements et le soutien budgétaire dont le Zimbabwe
a
désespérément besoin à l'heure actuelle.
En attendant, la banque dépeint une image sombre, avertissant que
la
poursuite des incertitudes va gravement affecter les performances
économiques au cours du second semestre de l'année en cours.
Le retour à une bonne situation économique dépendra de trois
facteurs reliés
que sont : la résolution rapide et pacifique de la crise née de la
redistribution des terres, la mise en uvre de mesures politiques
appropriées pour stabiliser l'économie, et la réponse des
donateurs aux
politiques gouvernementales par rapport à la terre et à
l'économie.
La Confédération des Employeurs du Zimbabwe déclare que 50.000
emplois –
environ 3,5 pour cent du secteur formel de l'emploi – ont été
perdus au
cours du premier semestre de 2000. Il s'attend à ce que les
chiffres
atteignent 100.000 d'ici à la fin de l'année.
Etant donné les niveaux élevés d'incertitude et le manque de
données
actualisées sur la performance économique, les prévisions sur le
taux de
diminution du PIB cette année varient entre 5 pour cent dans le
meilleur des
cas, et 10 pour cent dans le pire des cas.
L'inflation a atteint 58,7 pour cent en mai, et son taux est
évalué à plus
de 60 pour cent en juin. On prévoit qu'il atteindra 75 pour cent
d'ici à
septembre/octobre, bien que cela pourrait être évité si le
gouvernement
réimposait des contrôles de prix comme il l'a promis durant la
campagne
électorale.
Le marché attend une dévaluation de 1 point du dollar Zimbabwéen –
qui sera
probablement de 45 dollars Zimbabwéens pour 1 dollar US – suivi
par une
certaine forme de fixation d'un taux de change-plancher.
Les exportations ont chuté de 40 pour cent depuis 1996, et les
importations
ont diminué de moitié depuis 1997. Les rentrées prévues de devises
étrangères sont actuellement estimées autour de 600 millions de
dollars US.
"Au niveau actuel, il y a un risque réel de sérieuses faillites
dans le
secteur agricole, particulièrement le tabac, avec des fermetures
de
certaines mines, en particulier les mines d'or. Pour cette raison,
il est
fort probable qu'une dévaluation ait lieu au cours des prochaines
semaines,
bien que les autorités ne soient pas susceptibles d'aller assez
loin pour
satisfaire les fermiers ou les mineurs qui s'attendent à un taux
d'au moins
50 dollars".
"Tous les indicateurs – à l'exception de l'agriculture à petite
échelle-
montrent un déclin brutal et accéléré de l'économie au cours du
dernier
semestre de l'année 2000 et jusqu'en 2001. Certains analystes
prévoient une
chute encore plus brutale – 10 pour cent – du PIB l'année
prochaine,
quoique nous pensions que c'est trop tôt de faire de telles
prévisions" ..