BUENOS AIRES, 29 juin (IPS) – Le Conseil de l'International
Socialiste (IS)
a clôturé ses délibérations samedi dernier en plaidant pour que
"les
progrès matériels de la mondialisation soient associés au
progrès social".
"Il est urgent de profiter des occasions offertes par la
mondialisation
pour éliminer le chômage, la faim et l'indigence une fois pour
toute",
annonce le communiqué final de la réunion intitulée le
"Consensus de Buenos
Aires" et signé par plus de cent partis politiques.
Le titre de la déclaration n'a pas été choisi par hasard, car
cela traduit
une prise de position contre le "Consensus de Washington",
déclare Raimon
Obiols, le secrétaire des Relations internationales du Parti
espagnol des
travailleurs socialistes.
Le Consensus de Washington regroupe les organisations de crédit
multilatéral
installées dans la capitale américaine. Ces organisations ont
conçu ces 20
dernières années, à l'intention des pays en développement, des
programmes
d'ajustement structurel sur la base des principes néo-libéraux.
La réunion tenue dans cette capitale de l'Amérique du sud a
rassemblé des
délégués de plus de 130 partis socialistes, sociaux démocrates,
travaillistes et du centre gauche. Ces délégués ont débattu des
idées à
inscrire à l'ordre du jour du vingtième Congrès de
l'International
Socialiste qui aura lieu à Paris en novembre prochain.
Le nombre des membres de l'IS a doublé au cours des 15 dernières
années et
l'influence du mouvement a dépassé les frontières des pays
européens. Depuis
la chute du mur de Berlin et la dislocation de l'Union
soviétique, le
discours progressiste de l'IS a également séduit des personnes
qui
n'appartiennent à aucun parti.
Le président de l'IS, l'ancien Premier ministre français Pierre
Mauroy, a
souligné à la clôture de la réunion qu'en plus de la déclaration
de samedi
dernier, le rapport de la Commission du Progrès Mondial dirigé
par Felipe
Gonzalez, l'ancien Président espagnol, est très attendu.
La Commission a débuté ses travaux après le dix neuvième
Congrès, pour
créer une plate-forme socialiste pour le prochain siècle, mais
plusieurs
délégués présents à Buenos Aires ont émis des doutes, sous
prétexte que le
document ne sera qu'un de plus.
Porfirio Munoz Ledo, délégué du parti démocratique
révolutionnaire mexicain
et l'un des farouches critiques du Conseil, a affirmé "qu'il
n'y a pas de
projet commun" au sein de l'IS. Il a alors convenu avec le
candidat
présidentiel socialiste chilien, Ricardo Lagos, qu'il est
nécessaire de
définir un programme.
"Plusieurs partis du Sud considèrent que les Européens
représentent la
haute classe", déclare Munoz Ledo, "mais les Européens n'ont
rien défini
parce que bon nombre d'entre eux ne sont pas convaincus que le
néolibéralisme est vraiment une mauvaise chose, alors que ce
système a été
fatal pour nous".
Munoz a aussi critiqué plusieurs dirigeants socialistes qui,
après avoir été
élus, "oublient de mettre en application les idées qu'ils
soutenaient
lorsqu'ils étaient dans l'opposition". Il a également constaté
que "l'IS a
beaucoup de 'clubs' et peu d'engagement".
L'organisation de la réunion dans une capitale latino-américaine
montre non
seulement que l'IS est ouvert aux partis non européens, mais
cela montre
aussi qu'il soutien les trois candidats présidentiels du cône du
Sud : Lagos
au Chili, Fernando de la Rua en Argentine et Tabare Vazquez en
Uruguay.
Dans la déclaration de Buenos Aires, les socialistes sont encore
parvenus à
l'idée selon laquelle la politique devrait primer sur l'économie –
comme ils
l'avaient affirmé lors de leur dernière réunion en novembre. Ils
ont répété
que l'IS "approuve l'économie de marché, mais rejette une
société de marché".
Le rapport reconnaît les divers effets que le néolibéralisme a
eus sur
l'Amérique latine où ces réformes ont souvent entraîné le report
de la
modernisation "vitale" des domaines tels les services de santé
et
l'éducation.
"Nous avons besoin d'un nouveau consensus international qui
transcende le
Consensus de Washington qui ne met que l'accent sur les réformes
du
marché", relève le communiqué final de l'IS.
La mondialisation et ses conséquences essentiellement négatives
dans les
pays en développement a été un thème récurrent pendant la
réunion. Les
débats ont aussi porté sur la soi-disant "troisième voie",
c'est-à-dire
une voie politique différente du communisme et du
néolibéralisme.
Le Premier ministre britannique, Tony Blair, et le chancelier
allemand,
Gerhard Schroeder, soutiennent la "troisième voie", mais aucun
des deux
n'a pu assister à la réunion du Conseil à Buenos Aires.
Les personnalités ayant assisté à la réunion comprennent le
Premier ministre
italien, Massimo D'Alema, le Président du Parlement autrichien,
Hens
Sischer, et le Premier ministre albanais, Pandelli Mayko.

