POPULATION: L'ONUSIDA Cherche Des Moyens Pour Protéger Les Femmes Contre Le VIH

NATIONS UNIES, 25 juin (IPS) – Les femmes sont de plus en plus
exposées au
virus du SIDA, et de nouvelles méthodes doivent être élaborées
pour faire
face à leurs besoins, annonce un nouveau rapport rendu public
par la
principale agence onusienne impliquée dans la lutte contre le
SIDA.

Dans le rapport publié à Genève cette semaine, Peter Piot, le
directeur
exécutif d'ONUSIDA, signale "qu'il est extrêmement urgent de
trouver
d'autres méthodes pour prévenir l'infection du virus
d'immunodéficience
humaine (VIH), et protéger les femmes".
Les agences des Nations Unies sont particulièrement alarmées par
la
propagation de l'infection chez les femmes. En 1992, seules 25
pour cent des
personnes infectées par le VIH dans le monde étaient des femmes,
selon les
statistiques des Nations Unies. Aujourd'hui, plus de 40 pour
cent des
personnes infectées par le VIH sont des femmes, dont la plupart
vivent dans
les pays en développement.
Selon le rapport du Fonds des Nations Unies pour la Population
(FNUAP) sur
la situation du SIDA en 1998, 50 pour cent des personnes
infectées en
Afrique subsaharienne et en Asie du Sud-est sont des femmes
hétérosexuelles.
Face à cette situation, les responsables de l'ONUSIDA ont
discuté cette
semaine des plus importantes stratégies de lutte contre ce qui
est convenu
d'appeler la "féminisation" du SIDA.
"L'idéal serait un microbicide sûr et efficace contre le VIH et
d'autres
maladies sexuellement transmissibles (MST)", suggère le docteur
Awa
Coll-Seck, directrice des politiques, des stratégies et de la
recherche à
l'ONUSIDA.
La technologie idéale devrait aussi permettre aux femmes de
tomber enceintes
si elles le veulent ; cette technologie devrait être incolore,
inodore, sans
goût, moins chère et facile à conserver.
Bien que les recherches soient en cours pour élaborer un tel
microbicide,
certains experts croient qu'il peut poser autant de défis que la
recherche
du remède du SIDA.
Actuellement, 23 produits sont cliniquement testés, selon
l'ONUSIDA.
Cependant, seuls deux ont été testés en phases finales ; en
outre, seul le
monoxynol-9 a été administré aux populations des pays en
développement.
La commission de contrôle et de préservation des données de
l'ONUSIDA (DSMB)
a tenu une réunion cette semaine pour examiner le processus.
Elle a ensuite
proposé que les tests du monoxynol-9 se poursuivent jusqu'à la
découverte
d'un remède définitif.
Certaines technologies – notamment le préservatif des femmes –
ont déjà du
succès, car elles sont utilisées dans le monde entier. Le
préservatif des
femmes permet à celles-ci de se protéger contre les MST sans le
consentement
de leurs partenaires.
Plusieurs tests révèlent que le taux d'acceptabilité du
préservatif des
femmes est très élevé. Lors d'une enquête réalisée auprès des
populations
rurales et urbaines en Afrique du sud, la plupart des hommes ont
avoué
qu'ils ne savaient pas quand les femmes utilisaient des
préservatifs. 84
pour cent des femmes sondées ont promis d'utiliser le
préservatif à l'avenir.
Cependant, les préservatifs des femmes ne sont produits que par
une seule
société dans le monde – la Female Health Company de Chicago. Ce
préservatif
coûte très cher parce qu'il est rare. Parfois, il coûte trois
fois plus cher
qu'un préservatif pour homme.
L'ONUSIDA a créé un programme avec la Female Health Company pour
fabriquer
et promouvoir les préservatifs des femmes. L'ONUSIDA envisage
également
d'acheter 400.000 préservatifs pour femmes qui seront distribués
dans 14
pays du monde. En 1998, seuls quelques préservatifs pour femmes
étaient
distribués dans cinq pays.
Malgré toutes ces dispositions, les préservatifs pour homme sont
souvent le
meilleur moyen de protection pour beaucoup de femmes
aujourd'hui. Mais
certains experts de l'ONU pensent que la dépendance vis-à-vis
des
préservatifs pour homme peut poser un problème aux femmes dont
les
partenaires résistent aux préservatifs.
Selon le FNUAP, en Haïti, "les jeunes femmes disent qu'elles
aimeraient
utiliser les préservatifs, mais elles ont des difficultés à
convaincre leurs
partenaires habituels. Elles affirment que le préservatif est un
objet tabou
pour les femmes, et si elles insistent sur son utilisation,
elles
passeraient pour des femmes 'faciles'.
Au Chili, le taux d'infection homme/femme est passé de 31,5
contre 1 à 10
contre 1, au cours de la décennie écoulée. Cependant, les
recherches du
Centre new-yorkais chargé des lois et des politiques
reproductives (CRLP)
montrent que les préservatifs sont la forme la moins courante de
contraception.
"Cela est dû à la croyance populaire selon laquelle le contrôle
des
naissances est l'affaire des femmes et non celle des hommes",
explique
Luisa du CRLP.
En Afrique subsaharienne, 50 pour cent des victimes du VIH/SIDA
sont des
femmes infectées par leurs maris. Conscientes de leur
séropositivité, elles
ne cherchent plus à insister sur les méthodes de contraception
ou d'autres
formes de protection contre les MST.
Le rapport 1998 du FNUAP conclut que "le statut des femmes, les
pratiques
traditionnelles nuisibles et les formes de mariage, telles que
la polygamie,
doivent être reconnues comme les causes sous-jacentes de
transmission du