VALDIVIA, Chili, 22 juin (IPS) – La Banque mondiale a affirmé
lundi que la
mondialisation condamne certains pays à une pauvreté totale, ce
qui fait que
ces pays ne sont plus des "pays en développement", mais des
"économies
perpétuellement faibles".
Shaid Javed Burki, le vice-président de la Banque pour
l'Amérique latine et
les Caraïbes, a déclaré dans son discours d'ouverture de la
conférence
annuelle sur la Décentralisation et la Comptabilité du Secteur
public que la
région doit "rapprocher ses gouvernements du peuple" dans un
nouveau cadre
de changement.
La conférence de Valdivia, une ville portuaire située à 810
kilomètres au
Sud de Santiago, réunit les représentants des gouvernements de
la région,
les délégués des organisations internationales et des experts du
développement local et de la décentralisation.
Eduardo Aninat, le ministre chilien des Finances, a affirmé
pendant la
séance d'ouverture que les ressources humaines forment la base
de tout
processus de décentralisation ; il a en outre exhorté les
participants à
traiter cette question dans une perspective large et
humanitaire.
La contradiction entre le processus de mondialisation et les
efforts de
décentralisation des processus de développement et des
politiques
gouvernementales, comme l'ont suggéré Javed Burki et Aninat, est
le thème
principal de cette conférence de deux jours.
Javed Burki pense que le rapprochement des gouvernements et des
peuples
rehausserait le niveau de vie en augmentant les opportunités
d'emploi et en
améliorant les problèmes démographiques.
Le fonctionnaire de la Banque mondiale déclare que les gens
pensent en
général que la mondialisation concentre le pouvoir économique
entre les
mains d'un petit nombre de grandes multinationales, telles que
les banques
et les compagnies pétrolières.
Cette très grande puissance économique, couplée avec la rapidité
des flux
financiers et la distribution des moyens de production,
contribue à
l'appauvrissement des tout petits pays et à la perte de
l'autorité de
l'Etat, explique Javed Burki.
Dans ce nouveau contexte, la catégorie des "pays en
développement" perd
son sens, car ces petits pays deviennent en réalité des
"économies
perpétuellement faibles".
Javed Burki estime que les dirigeants doivent comprendre la
vraie
signification de la mondialisation et ses effets sur les
différents pays.
Ils doivent aussi entreprendre la décentralisation des
gouvernements pour
améliorer la distribution des bénéfices au peuple.
Les changements démographiques posent des défis inévitables aux
pays
industrialisés du Nord, poursuit-il. Le Japon compte, par
exemple 120
millions d'habitants aujourd'hui, mais d'après les prévisions,
ce nombre
passera à 60 millions dans les 60 prochaines années.
Les pays du Nord ne seront pas capables de maintenir les
infrastructures
industrielles nécessaires sur leurs territoires, ils ne peuvent
pas non plus
espérer sélectionner certaines personnes et promouvoir leur
migration. En
réalité, ils devront transférer leurs industries vers les pays
en
développement pour y chercher de la m'uvre.
Ils iront dans les pays dont les populations sont mieux formées
et
instruites, ce qui veut dire que ce genre d'investissements
devrait aller
vers les pays faibles, explique le vice-président de la Banque
mondiale.
Burki souligne également que le processus d'investissement
repose de plus en
plus sur les ressources fournies par les habitants des pays
industrialisés
du Nord. Les fonds privés investis par ces habitants réduisent,
compte tenu
des tendances néo-libérales, les risques que prennent ces pays.
Le vice-président de la Banque affirme qu'aux Etats-Unis les
fonds de
pension représentent près du tiers des fonds investis outre-mer,
mais moins
de la moitié de cette somme est investie dans les pays du Sud.
La Banque mondiale propose de corriger cette situation en
renforçant les
capacités des petits pays. Elle jouera un rôle déterminant dans
le processus
de décentralisation et de développement local.
"Dans la mondialisation se trouvent les germes du changement
qui doit
s'enraciner dans le monde en développement", affirme Javed
Burki qui prône
la "conversion de la mondialisation en un processus actif et
non passif"
pour la région.
La Banque mondiale a tenu sa première conférence annuelle pour
l'Amérique
latine et les Caraïbes en 1995 à Rio de Janeiro. La réunion de
Rio s'était
focalisée sur les réformes économiques.
Les conférences subséquentes ont inclus d'autres thèmes comme la
pauvreté
(Bogota, 1996), le commerce international (Montevideo, 1997),
les banques et

