INDONESIE: Chaque Jour A Sa Dose De Violence

JAKARTA, 19 mai (IPS) – 'Les milices ont tué 25 personnes au
Timor
oriental', 'le nombre de morts augmente à Aceh', 'les
affrontements
ethniques ont fait 43 morts en Indonésie', 'la violence
religieuse complique
le conflit social en Indonésie', 'des troupes ouvrent le feu sur
des
protestataires', 'le Président réclame la paix'.

Ces gros titres apparus dans les journaux nationaux reflètent la
constante
instabilité et la violence prévalant dans certaines parties de
l'Indonésie,
un an après qu'elle a été plongée dans le chaos.
En effet, il y a un an, des étudiants réclamant des réformes,
des chefs de
l'opposition et plusieurs groupes politiques se sont soulevés
contre Suharto
qui a dû démissionner après 32 ans de règne.
Sa chute a entraîné une série de réformes politiques, mais aussi
une vague
de violence déclenchée par des foules irritées contre des
Indonésiens
d'origine chinoise accusés de s'être enrichis aux dépens des
Indonésiens de
naissance.
Des émeutes, des pillages, l'incendie des boutiques et maisons
des Chinois,
les agressions physiques et le viol des femmes chinoises, ont
entraîné le
départ massif des Indonésiens d'origine chinoise du pays.
Plus de 1000 personnes seraient mortes lors des scènes de
violence à Jakarta
et dans d'autres régions pendant les émeutes sanglantes, selon
les médias.
Comme conséquence de la psychose, plus de 25.000 entrepreneurs
auraient
quitté le pays, emportant au moins 500 millions de dollars.
Bon nombre de grands hommes d'affaires et de commerçants sont
retournés en
Indonésie, mais ils sont prêts à quitter le pays si la situation
s'empire
lorsque l'Indonésie organisera sa première élection démocratique
depuis
quatre décennies, le 7 juin.
Soucieux de leur sécurité, plusieurs Indonésiens d'origine
chinoise envoient
leurs familles à Singapour ou à Hong Kong, bien que le Président
Bacharuddin
Jusuf Habibie leur demande de rester en Indonésie pour exercer
leurs droits
de vote.
Les compagnies aériennes internationales et les agences de
voyages signalent
que ce mois-ci le nombre de réservations sur les vols
internationaux a
augmenté. Plusieurs pays ont aussi déconseillé à leurs
ressortissants de
visiter l'Indonésie, en raison des troubles pouvant prévaloir
pendant et
après les élections législatives.
Un an après la démission de Suharto et l'application des
réformes
politiques, la violence est presque devenue un fait quotidien en
Indonésie.
Les forces de sécurité sont toujours déployées à Maluku, à l'Est
de
l'Indonésie, pour empêcher de nouveaux combats entre les
chrétiens et les
musulmans. De nombreuses personnes sont mortes depuis que la
violence
sectaire a éclaté dans cette province au début de l'année.
Entre-temps, les forces de sécurité ont reçu l'ordre de tirer
sur les civils
armés de fusils dans Aceh, une région qui lutte pour son
autonomie.
La violence quotidienne au Timor oriental est un autre grand mal
de tête
pour Jakarta. L'Indonésie et le Portugal ont récemment signé un
accord-cadre
sur l'avenir de cette ancienne colonie portugaise, mais la
situation empire
du fait des affrontements armés entre les groupes favorables et
les groupes
hostiles à l'autonomie.
Après avoir connu tout comme le reste de l'Asie la plus grave
crise depuis
trois décennies, l'économie montre des signes d'amélioration et
les
Indonésiens sont à deux doigts de tester leur maturité politique
pendant
l'élection du mois prochain, mais l'incertitude est toujours
très palpable.
Même le président de la Commission des Elections Générales,
Rudini,
reconnaît que la commission prépare des stratégies à mettre en
application
en cas d'échec de l'élection. Cette mesure reflète la nervosité
du prochain
scrutin.
Toutefois, pendant que la nation est inquiète, Suharto, qui
avait dirigé le
pays d'une main de fer, continue de vivre dans le confort dans
sa maison de
Jakarta. Il n'est apparemment pas affecté par les récentes
allégations d'un
magazine américain selon lequel sa famille et lui ont amassé une
fortune de
15 milliards de dollars américains pendant les années qu'il a
passé aux
pouvoir.
Il a nié ces accusations d'enrichissement au pouvoir.
Le gouvernement a ouvert une enquête sur ses biens mal acquis,
mais compte
tenu des liens étroits entre lui (Suharto) et son ancien
protégé, le
Président Bacharuddin Jusuf Habibie, le public n'attend rien de
l'enquête.
Ses amis sont naturellement là pour l'aider.
"S'il a commis des malversations relatives à l'accumulation de
richesses et
aux autres excès que les médias publient largement maintenant,
c'est parce
qu'il est resté trop longtemps au pouvoir", explique Frits
Kakiailatu, un
docteur qui faisait partie de l'équipe des médecins soignants de
Suharto.
"Mais je crois que n'importe qui agirait comme lui, s'il
restait trop
longtemps au pouvoir", poursuit-il.
Kakiailatu révèle que Suharto, 77 ans, avait, comme beaucoup
d'hommes de son
âge, de nombreux problèmes de santé, notamment le diabète, une
forte
pression sanguine et un mal de cur. "Cependant, il prend grand
soin de sa
santé".
Les amis de l'ancien homme fort racontent qu'il passe le clair
de son temps
à lire des journaux, à suivre les informations à la télévision
et à déplorer
le fait que la plupart des nouvelles le présentent comme un
paria.
Le général retraité fait des rituels religieux à la maison. Il
jeûne et
reçoit souvent des prédicateurs musulmans venant des diverses
provinces. Il
quitte rarement son domicile, sauf lorsqu'il doit aller jouer au
golf avec
ses enfants.