NAIROBI, 18 mai (IPS) – Plus de 250 hauts responsables du
commerce de 21
pays d'Afrique de l'Est et d'Afrique australe souhaitent que
leur région
soit transformée en une zone de libre-échange d'ici à l'an 2000.
Les responsables du Marché Commun des Pays d'Afrique de l'Est et
d'Afrique
australe (COMESA) assistent à une conférence du 16 au 24 mai à
Nairobi, la
capitale kenyane.
Les responsables, parmi lesquels figurent des ministres,
signalent qu'avec
une population de 380 millions d'habitants, les pays du COMESA
ont très peu
de chances de faire face à la concurrence mondiale car leurs
petites
économies individuelles sont confrontées à de petits marchés
nationaux, des
bases de production non diversifiées, des infrastructures sous
développées
et un capital humain sous qualifié.
Ils estiment que le marché commun donnera aux pays du COMESA la
chance
d'avoir un grand marché capable de rivaliser avec les marchés
étrangers, et
leur accordera les potentialités nécessaires pour construire
leurs propres
infrastructures sans trop dépendre des donateurs.
"La création d'un grand marché est plus urgent dans le contexte
économique
actuel caractérisé par la mondialisation", a déclaré le
ministre kenyan de
la Coopération régionale, Nicholas Biwott, à l'ouverture de la
conférence
dimanche.
Le Secrétariat du COMESA dont le siège est en Zambie prévoit
qu'en octobre
2000 les tarifs douaniers seront éliminés entre les pays
membres. Il
projette aussi la création d'une union douanière et tarifaire
d'ici l'an
2004. L'union monétaire et la libre circulation des personnes
deviendront
une réalité en 2025.
"Accomplissons la tâche que nous nous sommes assignée, afin que
le reste du
monde sache que l'Afrique est capable de s'aider", a affirmé le
Secrétaire
général du COMESA, Justus Mwencha.
Malgré leurs abondantes ressources naturelles, les pays de la
région sont
toujours classés parmi les plus pauvres du monde.
Avec près de 380 millions d'habitants et un produit intérieur
brut (PIB)
combiné de 170 milliards de dollars, le COMESA comprend 15 des
20 pays moins
avancés où sévissent une grande pauvreté, des maladies dues au
conflit et
l'analphabétisme.
"Les pays de la région n'ont pas les moyens d'exploiter tout
seuls et
entièrement le riche héritage culturel, la terre, les gisements
miniers,
l'eau, les réserves pétrolières et le gaz pour consolider la
base de leur
développement économique", a commenté Biwott.
Selon lui, seules 10 pour cent des terres arables de la région
ont, par
exemple, été utilisées à des fins économiques, alors que des
milliards de
tonnes de minerais de fer et de phosphate riches en acier, en
métal et en
engrais ne sont pas encore exploités.
De la même façon, seuls quatre pour cent du potentiel
énergétique des
nombreux lacs et rivières de la région sont encore sous-
exploités. Les
rivières de la région comprennent le Nil au Nord et le Zambèze
au Sud.
Austing Sichinga, le chef de la délégation zambienne, a signalé
que malgré
les décisions prises et l'étape avancée du processus de
transformation du
COMESA en une zone de libre-échange, la région est encore loin
de réaliser
les infrastructures nécessaires à un marché commun.
"Du point de vue de la politique générale, tout est apparemment
prêt, mais
la question de savoir si nous sommes prêts à démarrer réellement
est un
autre problème", souligne-t-il.
D. Chantaram, un haut fonctionnaire du ministère du
Développement économique
et de la Coopération régionale de l'Ile Maurice, déclare que
"bien que les
pays du COMESA aient des objectifs douaniers, culturels et
économiques
différents, leur intégration finira par être effective".
Créé en 1994 pour remplacer la Zone d'Echange Préférentiel (PTA)
qui s'est
révélée incapable de réaliser l'intégration économique et
sociale de la
région, le commerce entre les pays du COMESA a augmenté de 500
pour cent et
la valeur des échanges est passée de 834 millions de dollars US
en 1985 à
4,2 milliards de dollars US l'année dernière.
Le COMESA possède un projet d'amélioration du réseau des
transports et de
communication de la région. A cet effet, les Etats membres ont
donné six
milliards de dollars US.
La banque PTA qui est encore en activité, annonce aussi qu'elle
accordera
685 millions de dollars US pour aider le secteur privé dans des
domaines-clés comme le tourisme, le commerce, l'industrie et le
transport.
A 18 mois de l'ouverture des zones de libre-échange, deux pays
membres,
l'Egypte et Madagascar, ont déjà réduit leurs tarifs de 90 pour
cent. Huit
pays membres ont signalé une réduction de 80 pour cent, un pays
a annoncé
une réduction de 70 pour cent et trois pays ont signalé une
réduction de 60
pour cent.
"Au niveau du Secrétariat, nous pensons qu'il s'agit d'un
développement
passionnant. Nous avons dit pendant longtemps que nous avons
besoin de
présenter la région du COMESA comme une région unifiée plutôt
que comme une
série d'Etats individuels", conclut Mwencha.

