POLITIQUE-CONGO: Les Miliciens Bénéficient De La Complicité Des Forces Publiques.

BRAZZAVILLE, 18 mai (IPS) – Les autorités congolaises ont révélé
lundi que
l'attaque par les miliciens de deux camps militaires, la semaine
dernière, a
bénéficié de la complicité de certains éléments de l'armée
régulière.

Le 9 mai dernier, plusieurs dizaines de miliciens Ninjas de
l'ancien Premier
ministre Bernard Kolélas ont attaqué le centre d'instruction
militaire des
forces armées congolaises (FAC) de Bilolo à 25 kilomètres au
nord-ouest de
Brazzaville et l'Académie militaire Marien Ngouabi située au
nord de
Brazzaville.
Selon François Ibovi, ministre de la Communication et porte-
parole du
gouvernement, au cours de l'attaque, les Ninjas auraient
massacré près de
100 civils et brûlé 50 maisons dans la capitale. Plusieurs
dizaines de
Ninjas auraient été tués par les forces gouvernementales qui
n'auraient
enregistré que 20 blessés dans leurs rangs.
Les Ninjas ont brûlé partiellement à l'essence et à la grenade
des bâtiments
abritant des dortoirs, les bureaux et les maisons d'armes des
deux centres
militaires
De nombreux observateurs se sont demandé comment, les Ninjas,
retranchés
dans la région du Pool, au sud du pays, d'où ils organisent des
attaques
sporadiques dans les quartiers sud de Brazzaville, se sont
retrouvés au nord
de la capitale.
Le porte-parole du gouvernement a clarifié la situation en
dénonçant, au
cours d'une conférence de presse tenue lundi à Brazzaville, les
complicités
dont ont bénéficié les Ninjas lors des attaques des centres
militaires et
des quartiers Nord.
"Il y a eu un arrangement préalable entre les terroristes et
des militaires
qui étaient présents à l'Académie militaire", a dit François
Ibovi.
Ibovi ajoute que le matériel militaire de l'académie a été
saboté avant
l'attaque. Selon lui, les percuteurs des blindés, qui permettent
le
lancement des obus, ont été "soigneusement enlevés" avant
l'attaque par
les Ninjas.
Cela n'a pas empêché l'armée de stopper la progression des
Ninjas qui ont
été repoussés au-delà des collines surplombant le centre de
Bilolo.
La semaine dernière, des jeunes recrues de l'armée ont exhibé
dans les rues
de Brazzaville, des têtes décapitées, des organes génitaux et
des bras
coupés sur les corps des Ninjas tombés lors de l'attaque.
Selon certains observateurs, en attaquant les quartiers Nord,
les Ninjas ont
voulu montrer leur capacité à s'en prendre aux fiefs du pouvoir
dans la
capitale.
"Une telle opération ne pouvait être possible s'il n'y a pas de
complicité
interne", affirme Abel Mbongo, un habitant du quartier Kombo,
de
Brazzaville Nord.
Les forces démocratiques unies (FDU), un groupe de partis
politiques
favorables au Président Denis Sassou Nguesso, exigent
l'ouverture d'une
enquête militaire pour déterminer les complicités dont
bénéficient les
miliciens Ninjas dans les récentes attaques contre des quartiers
Nord de
Brazzaville.
Dans une déclaration publiée vendredi dernier à l'issue d'une
réunion
extraordinaire, les FDU demandent au gouvernement de
"diligenter
l'ouverture d'une enquête militaire afin de situer les
responsabilités dans
les failles, les dysfonctionnements et les complicités observés
dans le
dispositif défensif".
Jeudi dernier, le ministre congolais de la Défense, monsieur
Itihi
Ossetoumba Lekoundzou, avait reconnu que la rébellion
"bénéficiait de
complicités diverses" pour déstabiliser les institutions en
place.
De source militaire, ces attaques ont eu lieu au moment où les
nouvelles
recrues en formation à Bilolo et les jeunes officiers en
formation à
l'Académie militaire, bénéficiaient d'une permission et se
trouvaient pour
la plupart à Brazzaville.
L'attaque a eu également lieu au moment où le Président de la
République
effectuait une mission privée dans son village natal.
Pour Claude Ernest Ndalla, ancien ministre de la Jeunesse et des
Sports, il
y a une réelle infiltration de l'appareil de décision par des
éléments
véreux décidés "à rendre le Congo ingouvernable".
"Il est inconcevable qu'au même moment où l'on distribue de
nouveaux
uniformes aux nouvelles recrues des forces armées congolaises,
le lendemain
qu'on retrouve les mêmes chez les Ninjas avec tous les mots de
code",
note-t-il.
"Et puis, on nous disait qu'ils n'étaient pas nombreux et peu
armés,
aujourd'hui, on apprend qu'ils sont plus de 100, bien organisés,
avec un
matériel militaire comparable à celui des FAC", ajoute-t-il.
Paul Nzété, universitaire, situe la complicité dans l'entourage
du Président
de la République.
"Il s'agit d'une réelle opposition, voire même une division
entre l'aile
dure des FDU qui récusent la négociation avec ceux qui sont
actuellement en
exil et l'aile dite "souple" qui pense que pour faire taire
les armes, il
faut aller à la négociation. Il y a un autre groupe qui profite
de cette
division pour tirer les ficelles", dit Nzété.
Depuis la fin de la guerre civile de 1997 qui a contraint
l'ancien président
Pascal Lissouba et ses dignitaires à s'exiler, des miliciens
loyaux aux
anciens dirigeants sont entrés en rébellion contre le nouveau
pouvoir
incarné par Denis Sassou Nguesso. La vie des populations
congolaises est
rythmée par des attaques sporadiques menées par ces miliciens
dans les
régions sud du pays.