EDUCATION-BURKINA FASO: Le Gouvernement Ordonne La Fermeture Des Etablissements Scolaires

OUAGADOUGOU, 17 mai (IPS) – Le Gouvernement burkinabé a ordonné
la semaine
dernière la fermeture des classes, jusqu'à nouvel ordre, suite
aux récentes
émeutes qui ont suivi la publication d'un rapport d'enquête sur
la mort d'un
journaliste.

Dans un communiqué rendu public vendredi dernier, le
gouvernement explique
que suite aux perturbations des cours constatés dans certaines
écoles ayant
engendré des destructions d'équipements scolaire et urbain,
ainsi que des
atteintes à la sécurité des élèves et citoyens…les
établissements
d'enseignement primaire secondaire et supérieur de Ouagadougou
et
Bobo-Dioulasso sont temporairement fermés.
Le 10 mai, les élèves et étudiants sont sortis dans les rues des
grandes
villes du pays pour exiger "l'arrestation des suspects" dans
l'assassinat
de Norbert Zongo, un journaliste retrouvé mort carbonisé avec
ses trois
compagnons le 13 décembre dernier, près du village de Sapouy, à
100 km au
sud de Ouagadougou.
Ces manifestations des étudiants et élèves ont débuté quelques
72 heures
après la publication du rapport de la commission indépendante
d'investigation qui a mis en cause des éléments de la garde
présidentielle
dans l'assassinat de Norbert Zongo.
La commission, mise en place par le gouvernement en janvier
dernier, sous
la pression des organisations de la société civile, a conclu
dans son
rapport à "l'assassinat politique ".
Selon ce rapport de 35 pages, Norbert Zongo et ses compagnons
ont été
criblés de balles avant d'être aspergés par "un produit à base
d'alcool".
Les étudiants qui ne comprennent pas pourquoi les "suspects"
restent
libres, ont organisé des manifestations à travers le pays pour
exiger leur
jugement.
Les manifestations ont été violentes à Ouagadougou et Bobo-
Dioulasso, la
deuxième ville du pays, située à 360 km à l'Ouest du Burkina.
Plusieurs
véhicules appartenant à l'Etat ont été incendiés.
Vendredi dernier, les élèves du plus grand Lycée de Ouagadougou,
le lycée
Philipe Zinda Kabore, ont affronté violemment les forces de
l'ordre, armées
de grenades lacrymogènes. A l'aide de pierres, les élèves ont
bravé les
policiers, détruisant les feux de signalisation et plaçant sur
la voie des
barricades.
Dans le quartier Zogona, de Ouagadougou, qui abrite
l'université, les élèves
ont détruit les feux de signalisation, et allumé plusieurs feux
sur la voie
publique. La maison du ministre des Enseignements secondaires,
supérieur et
de la Recherche Scientifique, Christophe Dabiré, a été
endommagée pendant
que sa voiture était incendiée par des élèves.
L'université de Ouagadougou qui est occupée par des gendarmes et
des
militaires est restée fermée, malgré la fin des 72 heures de
grève
déclenchée par les étudiants lundi.
A Bobo-dioulasso, les classes sont restées fermées malgré le
retour au
calme. Le gouvernement "invite les parents d'élèves, les
élèves, les
étudiants et enseignants à dépasser les passions du moment pour
ensemble
sauver l'année scolaire".
Lundi, le ministre délégué à la sécurité, Djibril Bassolet,
quelque peu
surpris par l'ampleur des dégâts, parlait de "manifestation
sauvage et
inopinée".
Il lance un "appel au bon sens de tous pour préserver la paix,
la
tranquillité dans les établissements".
André Tibiri, secrétaire général de l'Union Générale des Elèves
et Etudiants
du Burkina (UGEB) pense que ces manifestations traduisent le
manque de
confiance entre le peuple et le pouvoir.
Tibiri accuse par ailleurs le pouvoir d'avoir ourdi " ces
manifestations
voulues pacifiques au début, en introduisant ses éléments pour
semer la
confusion. Il signale qu'une centaine d'étudiants ont été
enlevés ou
portés disparus depuis le 10 mai dernier. Quatre autres
étudiants sont
hospitalisés pour des blessures graves.
" Nous exigeons la réouverture du campus, des restaurants de
Ouagadougou et
Bobo Dioulasso, car beaucoup de nos camarades se retrouvent sans
nourriture
et sans domicile ", déclare Tibiri.
La décision du gouvernement de confier l'affaire Zongo à la
justice n'a pas
fait baisser la tension.
"Conformément à la volonté de transparence du gouvernement,
volonté qui
l'a conduit à créer une commission d'enquête indépendante,
première du
genre en Afrique… le gouvernement a décidé de transmettre sans
délai le
rapport de la commission d'enquête indépendante à la justice
pour les
suites judiciaires à lui donner conformément aux règles de
droit".
Le ministre de la Justice, Paul Kiemdé, a mis de l'huile sur le
feu en
affirmant qu'il ne faut pas s'attendre à des arrestations sur
la base du
rapport du 10 mai dernier.
"C'est le juge qui devra apprécier, sur la base d'enquêtes
approfondies", a
précisé lundi au cours d'une conférence de presse.
Samedi dernier, le collectif démocratique de masse et de partis
politiques
(CODEMPO), a emboîté le pas des étudiants en organisant un
meeting pour
réclamer également le jugement des responsables présumés de
l'assassinat de
Zongo.
"Le gouvernement aurait pu prendre des mesures conservatrices
et
politiques en ordonnant la détention préventive de ces éléments
en guise de
geste de bonne volonté", a déclaré Halidou Ouédraogo, le
président du CODEMPO.
Halidou, qui est également président du mouvement Burkinabé des
droits de
l'homme et des peuples (MBDHP) demande aux jeunes d'arrêter avec
les violences.
" Nous comprenons la colère des jeunes mais nous les invitons à
se joindre
à nous ", dit Halidou Ouedraogo.