LIBREVILLE, 14 mai (IPS) – Après plusieurs tentatives
infructueuses pour
dynamiser le tourisme et des promesses non tenues, le Gabon qui
n'est pas un
pays de tradition touristique, a du mal à valoriser ses atouts
touristiques.
Bien que possédant une infrastructure hôtelière conséquente, la
tradition
touristique n'est pas encore ancrée dans les murs au Gabon.
De plus, le tourisme au Gabon coûte très cher et il n'est pas à
la portée de
tous, se plaignent les touristes. Il est développé au Gabon par
une
poignée d'opérateurs français, propriétaires de certains sites.
Selon des sources officielles, le Gabon a enregistré en 1998 une
baisse de
l'activité hôtelière et le taux de remplissage moyen pour les
établissements, a été évalué entre 55,2 et 61%.
Les tarifs aériens et des hôtels très élevés, les nombreuses
contraintes
policières et douanières à l'aéroport international Léon Mba de
Libreville,
sont cités parmi les principaux éléments qui bloquent le
décollage du
tourisme au Gabon.
"Plusieurs freins expliquent cette situation. Sans doute le
prix du vol
y est pour quelque chose mais de plus, les visas sont chers et
les
démarches pour les obtenir sont fastidieuses. La fiabilité des
produits
touristiques est loin d'être garantie et leur coût est élevé ",
explique
Joseph Adjebimandé, directeur général du Centre national de
promotion
touristique.
Adjebimandé ajoute que l'accessibilité aux zones d'intérêt
touristique n'est
pas facile et elle n'est possible qu'à de très petits groupes.
Malgré l'intérêt des autorités et des multiples campagnes de
presse
développées par le gouvernement pour vendre la destination
Gabon, le flux
touristique vers le Gabon, représente moins d'un pour cent du
trafic jusqu'à
ce jour.
Gaston Fidèle Magnaga, ministre de la Planification, de
l'Environnement et du
Tourisme, indique que le Gabon recèle certes de potentialités
touristiques
riches et variées, notamment sa faune, sa flore, ses sites et sa
culture,
mais beaucoup d'efforts restent à déployer pour leur
valorisation.
Il affirme qu'il faut en priorité " veiller tout
particulièrement
à la modernisation du secteur des agences de voyages et du
tourisme et à la
mise en place d'un cadre réglementaire pour encourager et
accompagner la
profession ".
Les responsables hôteliers, les agences de voyages, les sociétés
de
transport, les banques etc. essayent eux aussi de jeter les
bases d'un
nouveau tourisme au Gabon.
" Le coût du transport aérien et la préservation des plages
sont des
priorités et toutes ces réalisations ne peuvent se faire qu'avec
la volonté
politique ", a annoncé Céleste Mvouri, responsable de la
communication dans
une agence de voyages.
Un autre frein au développement touristique du Gabon est le
manque de
législation adaptée.
"Le tourisme pourrait connaître une expansion rapide si l'Etat
mettait
en uvre un cadre juridique approprié ", indique Isidore
Tcheka, conseiller
auprès du ministre du Tourisme.
Magnaga reconnaît que le Gabon doit, dans un premier temps,
adapter son
cadre institutionnel et former des cadres et le personne
l'administration du tourisme.
La volonté politique se manifeste aussi depuis peu par un
accroissement du
nombre d'hôtels et du nombre des Gabonais impliqués dans le
secteur.
Une association de professionnels, dénommée" Destination Gabon
", a été
créée depuis 1994 pour essayer d'améliorer la situation et de
promouvoir
les produits
touristiques existants.
Le président de Destination Gabon, Michel Pasquier, encourage
les
agences de voyages à participer chaque année à des campagnes
publicitaires
sur le Gabon par l'impression et la diffusion de cartes
touristiques, de
dépliants et de prospectus ou par tout autre moyen susceptible
de faire
connaître le Gabon
" Il s'agit pour l'association d'être présente sur les salons
internationaux du tourisme, en organisant des voyages de
présentation et
d'inciter les tours opérateurs à programmer le Gabon, a précisé
Pasquier.
Les activités de l'association Destination Gabon sont financées
par la
Mission française de Coopération, l'Union européenne et quelques
sociétés
privées.
Récemment, des hommes d'affaires sud-africains qui ont séjourné
au Gabon
dans le cadre d'un vaste projet de construction d'une plate-
forme
touristique, ont convenu d'un accord avec le gouvernement
gabonais pour
obtenir la concession d'une des réserves les plus importantes du
pays.
La première phase du projet de plate-forme touristique de
Libreville a été
évaluée à 500 millions de dollars qui seront investis
immédiatement et 1
milliard de dollars à investir pour la phase 2 dont la date de
démarrage n'a
pas été indiquée.
La plate-forme touristique de Libreville va intégrer le
réaménagement et la
protection de la forêt de la Mondah, une zone protégée située au
nord de
Libreville. Selon les experts, cette forêt est un patrimoine non
exploité et
peut être aménagée afin que plusieurs millions de personnes
puissent s'y
rendre.
"Le Gabon a pris du retard sur la politique touristique et
porte un
handicap pour son développement. C'est peut-être un avantage de
développer
le tourisme au moment où l'on maîtrise son impact sur
l'environnement et on
peut choisir quel type de tourisme développer", a confié Idd
Soleman,
l'un des promoteurs du projet.
"Les opérateurs sud-africains veulent offrir à leurs clients
deux
destinations, l'Afrique du Sud et le Gabon, ce qui permettrait
au Gabon
d'entrer dans le club avec 500 000 touristes par an. Le chiffre
d'affaires à
pu être évalué à 2,5 milliards de dollars et va créer 50 000
emplois", a
précisé Idd Soleman.
Le groupe sud-africain Victoria Alfred Water Front, promoteur
principal de
ce projet, gère 2 millions de touristes étrangers par an dans
son site de
Cape Town (Afrique du sud). Près de 1,7 millions de ces
personnes viennent
d'Europe. Le groupe arrive à convaincre 30% des touristes qui
survolent le
Gabon à y faire une escale de 3 à 5 jours.

