DROITS-CONGO: L'armée Libère Des Civils Pris En Otage Par Les Miliciens

BRAZZAVILLE, 17 mai (IPS) – L'armée congolaise a évacué
récemment à
Brazzaville près de 13.000 civils pris en otage par les
miliciens
retranchés dans la région du Pool, au sud-ouest de Brazzaville.

Ces civils ont servi de boucliers humains aux miliciens Ninjas
de l'ancien
Premier ministre Bernard Kolélas, qui combattent contre les
forces armées
congolaises depuis la fin de la guerre civile de 1997.
L'opération de libération des civils a débuté il y a deux
semaines, après
que l'armée congolaise a repris la localité de Bandza-Dounga,
la principale
base des miliciens Ninjas, à 80 km au Sud-Ouest de la capitale
congolaise.
A la fin du mois d'avril, les forces gouvernementales
congolaises ont
pilonné, à l'aide d'un hélicoptère de combat M1-24, les
localités de
Kinkala, Mbanga-Ndounga et Mayama, considérées comme bases des
rebelles Ninjas.
Au total, plus de 13.000 civils pour la plupart des femmes, des
enfants et
des personnes âgées ont été transportés dans des camions loués
par le
gouvernement et convoyés par les troupes gouvernementales avec
l'assistance
des organisations humanitaires, selon la police congolaise qui
enregistre
les déplacés à leur arrivée à Brazzaville.
Les témoignages de ces otages sont émouvants.
"Nous étions harcelés par les Ninjas qui exécutent froidement
toute
personne suspecte d'entretenir des contacts avec la force
publique ou les
autorités de Brazzaville. Certaines personnes suspectées de
sorcellerie ont
été enterrées vivantes, la tête dehors. Ce sont des souvenirs
atroces que je
ne suis pas prêt à oublier", note Grégoire Biyoko, journaliste
à l'agence
congolaise de l'Information (ACI).
Biyoko a erré pendant plusieurs mois dans les forêts et savanes.
Il souligne
que les ressortissants Ouest-africains qui se sont retranchés
dans le Pool
et qui n'ont pas pu traverser en RDC dès le premier jour de la
crise ont été
presque tous massacrés et les Ninjas enrôlent les jeunes par la
force et
ceux qui refusent d'aller aux combats sont abattus".
"Les Ninjas empêchent les personnes de regagner la capitale ou
de passer en
République Démocratique du Congo(RDC), parce qu'ils se servent
des gens
comme boucliers. Ils essaient de nous convaincre que dès le
retour sur
Brazzaville, les gens seront tués si bien que pour sortir de là,
il faut le
faire en cachette", raconte Mâ Mbemba, un jeune garagiste de 35
ans.
La plupart de ces civils font partie de près de 200.000
personnes qui ont
fui Bacongo et Makélékélé, quartiers sud de Brazzaville, à la
suite des
affrontements en décembre dernier entre les forces
gouvernementales et les
ex-miliciens Ninjas à Brazzaville. Certains d'entre eux avaient
trouvé
refuge au Bas-Congo en République démocratique du Congo (RDC),
d'autres
avaient pu atteindre les quartiers Nord de Brazzaville.
Dans le Pool, la plupart des civils étaient retranchés près des
districts de
Boko, Louingui ou Loumou à la frontière avec la RDC.
La Localité de Bandza-Ndounga a été transformée en un lieu de
rassemblement
de tous les déplacés qui sonuite embarqués dans des camions à
destination de Brazzaville. Ces personnes arrivent affaiblis,
amaigris par
la faim et les maladies, en particulier les diarrhées.
" Quatre mois durant, nous sommes restés privés de soins, d'eau
potable et
de nourriture. Nos repas quotidiens étaient des racines de
manioc. Nous
avons appris à domestiquer nos estomacs", déclare Grégoire
Biyoko.
Les enfants présentent des signes de malnutrition avec des
pieds gonflés,
des visages boursouflés et des cheveux rougeâtres.
Selon Ernest Stéphane Mouaitaya, directeur général du centre
humanitaire au
ministère congolais de la Santé et de l'Action humanitaire, la
situation
est préoccupante avec plusieurs cas de malnutrition. Médecins
Sans
Frontière (MSF) a dénombré plus de 100 cas de malnutris
sévères.
" Ces personnes sont actuellement soignées dans un pavillon
réhabilité du
centre hospitalier et universitaire (CHU) de Brazzaville",
mentionne
Mouaitaya tout en précisant que les autres déplacés ont été
accueillis dans
les sites aménagés par le gouvernement.
L'ambassadeur de France au Congo, M. Hervé Bolet, a remis au
Gouvernement
congolais un don de deux tonnes de médicaments d'une valeur de
20 millions
de FCA pour soigner les malades. Ces médicaments composés
d'antibiotiques,
de seringues, de vitamines, de perfusions, de pansements etc.
sont destinés
à soutenir toutes les structures de santé qui accueillent en ce
moment les
nombreux malades parmi les personnes déplacées qui regagnent la
capitale.
Dans le même cadre, l'Union européenne a fait un don non
remboursable de
583 millions de F.CFA
Le retour des personnes déplacées a été précédé d'une opération
spéciale
d'assainissement des quartiers sud désertés en décembre dernier.
"Une fois réinstallées, les populations vont recevoir une
assistance
humanitaire alimentaire", a promis François Ibovi.
En janvier dernier, le gouvernement avait organisé le retour des
déplacés
dans leurs quartiers, mais l'opération avait été interrompue
suite à la
reprise des combats entre les troupes gouvernementales et les
Ninjas.
Le retour des déplacés fait partie d'un plan de 400 millions de
F. CFA,
élaboré par le gouvernement avec l'appui des agences
humanitaires, pour
reloger, nourrir et soigner les personnes déplacées par les
affrontements
sporadiques qui secouent le Congo.