ECONOMIE-CONGO: Les Privatisations Se Font Attendre.

POINTE-NOIRE, 13 mai (IPS) – Les autorités congolaises n'ont pas
pu achever
les privatisations de grosses entreprises publiques comme
initialement
prévu, au grand désespoir des travailleurs.

L'une des causes de ce retard est la reprise des hostilités dans
les régions
du Sud où se concentre la plupart des activités économiques.
Les autorités congolaises font face, depuis de nombreux mois, à
une
rébellion animée par les miliciens Ninjas et Cocoyes
respectivement proches
de l'ancien Président déchu, Pascal Lissouba, et son ex- Premier
ministre
Bernard Kolélas.
Si l'insécurité causée par les combats sporadiques entre l'armée
régulière
et les miliciens est un handicap pour le processus de
privatisation, les
travailleurs des entreprises concernées pensent, cependant, que
la
multiplication des reports témoigne de la mauvaise foi du
Gouvernement et
des bailleurs de fonds internationaux.
Au nombre de ces entreprises dont la privatisation aurait dû
intervenir le
31 décembre 1998, figurent notamment l'Office des Postes et
Télécommunications (ONPT), la Société des Hydrocarbures (Hydro
Congo), la
Congolaise de Raffinage (Coraf), l'Agence Transcongolaise de
Télécommunication (ATC), les Sociétés de Distribution d'Eau et
d'Electricité
(SNDE et SNE).
"On parle de privatisation depuis 1990. A l'époque, la Banque
Mondiale nous
avait assigné un effectif de 5000 agents pour l'ATC. Depuis,
nous sommes en
dessous de cet objectif, mais rien de sérieux n'a été fait",
indique G.
Poaty, Ingénieur informaticien à l'ATC.
Amer, Poaty ajoute : "Paradoxalement, l'ATC a été dissoute en
trois
entreprises autonomes (Port de Pointe Noire, Chemin de Fer et
Voies
Navigables), alors que nous avons de nombreuses dettes communes.
Il y des
gens qui ont trouvé un moyen de se faire des sous et qui nous
mettent devant
le fait accompli. Je pense qu'il faut que la chaîne se ressoude.
Il faut
reconsidérer le statut de l'ATC qui peut demeurer un service
public".
Jean Mbemba, cadre d'une banque locale, est beaucoup plus précis
: "Toute
privatisation vise à ressourcer les finances publiques et à
créer une
dynamique des investissements. A ce jour, il y a plus de
liquidations que de
privatisations au Congo. De plus, les maigres ressources
recueillies ne
bénéficient même pas aux salariés privilégiés dans ce type
d'opérations".
"C'est dire qu'elles (les privatisations) sont menées dans la
plus complète
opacité et remises en cause par les Gouvernements successifs.
Conséquence:
les repreneurs potentiels échaudés se mettent dans une position
attentiste,
parce que les interlocuteurs sont peu crédibles", ajoute
Mbemba.
L'agent de banque affirme que les institutions internationales
qui
accompagnent le Congo dans ce programme sont moins à blâmer que
les
autorités locales. Ces institutions incluent la Banque Mondiale
et la Caisse
Française de Développement.
Néanmoins, force est d'admettre que la dégradation du tissu
socio-économique
ne saurait être écartée des causes qui sont à l'origine de cette
stagnation,
comme l'explique Enzonga, économiste en herbe.
"Le tissu social, politique et économique est délabré. Or, la
conception
capitaliste tend à remettre en cause les effectifs pléthoriques
des sociétés
étatiques existantes. Cela entraîne des tensions sociales", dit-
il.
Sur le terrain, le constat n'est guère brillant, dans la mesure
où les
repreneurs désertent le Congo-Brazzaville au profit de pays
moins instables.
"Personne ne peut investir quand il sait que ce qu'il va donner
ne va pas
produire. La première chose, c'est sécuriser", indique Mapakou,
ingénieur
sans emploi.
Après la guerre civile de 1997, le gouvernement congolais a
procédé à une
modification de certains schémas de privatisation. A titre
d'illustration,
avant la guerre, l'option retenue pour les secteurs de l'eau et
de
l'électricité était la gérance libre. Considérant les dégâts
causés sur les
ouvrages des services publics d'eau et d'électricité, les
différents
partenaires ont convenu d'une période transitoire qui devrait
permettre la
réhabilitation des infrastructures.
P. Taty, mécanicien à la raffinerie, comprend parfaitement ce
réajustement
dû au contexte : "Il faut remettre les outils en marche avant
de les
présenter aux acheteurs pour vendre plus cher".
En général, les Congolais sont sceptiques quant à la
privatisation effective
des entreprises d'Etat qualifiées de coquilles vides.
Constantine Thécle, assistante de direction d'une entreprise
privée affirme
que les privatisations n'auront pas lieu, puisque les
entreprises vendent
déjà une bonne partie de leur patrimoine.
D'après certains observateurs proches des éventuels repreneurs,
ceux-ci sont
essentiellement intéressés par les outils de production au
détriment du
mobilier et de l'immobilier. C'est la raison pour laquelle, des
ventes de
meubles et d'immeubles de sociétés à privatiser ont lieu
actuellement.
Le gouvernement congolais a nommé en mars 1999 un Comité de
Privatisation,
un organe technique qui assiste le Gouvernement dans
l'élaboration, la mise
en uvre et le suivi de la politique de privatisation totale ou
partielle
des entreprises publiques.
En 1998, le comité de privatisation a multiplié les visites
d'entreprises
dans le but de fournir des explications aux travailleurs. Cette
année
encore, cette démarche s'impose, afin de lever toute équivoque.